SANTE-AFRIQUE: La crise financière mondiale entraîne des réductions du budget pour le VIH

LE CAP, 4 juin (IPS) – Des bailleurs internationaux et des gouvernements africains réduiront probablement les budgets de la santé du fait de la crise financière mondiale. Des experts de la santé craignent que le chômage croissant et la pauvreté conduisent à la baisse de la sécurité alimentaire et de la qualité de la nutrition, qui vont à leur tour exercer plus de pression sur des systèmes de santé déjà faibles.

Les implications, prévient un rapport nouvellement publié par la Banque mondiale, pourraient être graves.

“Nous devons veiller à ce que des vies africaines ne deviennent pas une victime muette de la récession financière mondiale”, a exigé Paula Akugizibwe, coordinatrice régionale de l’alphabétisation et la sensibilisation pour un traitement de l’Alliance pour les droits et la lutte contre le SIDA (ARASA) pour l’Afrique australe, basée à Windhoek en Namibie. “Nos vies ne coûtent pas cher ou extensibles. Nous nous attendons à ce que la santé soit priorisée par rapport aux armes, aux sports et à la politique somptueuse”, a-t-elle ajouté. La Tanzanie était le premier pays subsaharien à annoncer une réduction de 25 pour cent de son budget annuel pour le VIH/SIDA.

“Cela aura un impact considérable sur les ressources humaines dans le secteur et sur la fourniture des services de santé”, a expliqué Akugizibwe. “La planification de la santé à long terme deviendra complètement imprévisible”. La situation n’est guère meilleure dans les pays voisins. Le gouvernement sud-africain a indiqué qu’il était probable que de grandes sociétés privées, notamment des entreprises d’exploitation minière, réduisent leurs programmes de prévention du VIH concernant des milliers d’employés et leurs familles. Pis encore, le porte-parole de la présidence du Botswana, Jeff Ramsay, a récemment annoncé que le gouvernement ne pourra pas inclure de nouveaux malades dans son programme de traitement anti-rétroviral (ARV) gratuit à partir de 2016, parce qu’il ne dispose pas de fonds suffisants pour élargir le programme.

Des budgets plus petits Tout ceci est en contradiction directe avec un engagement pris par les chefs d’Etat africains au cours d’une rencontre à Abuja, au Nigeria, en 2001, de mettre de côté 15 pour cent de leurs dépenses nationales pour la santé. “Très peu de pays ont atteint cet objectif. L’argent est là. C’est une question de comment prioriser les ressources”, a indiqué Akugizibwe à IPS. “La situation est très effrayante, parce que des gouvernements diminuent les programmes de traitement du VIH et de soins déjà insuffisants”, a-t-elle prévenu. Même des organisations donatrices internationales ont commencé par sentir la crise financière. Le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose (TB) et le paludisme a récemment annoncé qu’il manquera au moins 4 milliards de dollars dans l’argent dont il aura besoin pour continuer par financer les services essentiels pour le traitement du VIH, de la TB et du paludisme en 2010. La coalition croit qu’il y a un déficit de financement de 10,7 milliards de dollars pour la mise en œuvre régionale du Plan mondial pour éradiquer la TB seule. Pour atténuer l’impact de la crise financière sur la fourniture du service de santé pour le VIH, un nombre d’activistes de lutte contre le SIDA et la TB, venus de toute l’Afrique subsaharienne – y compris l’ARASA, la Campagne de l’action pour un traitement (TAC) d’Afrique du Sud et le Fonds commun kenyan pour la préparation au traitement du VIH – se sont maintenant réunis pour faire pression en faveur d’un financement continu de la santé. Le droit à la santé et au traitement est non négociable, disent les activistes. Ils veulent maintenant que les chefs d’Etat et les organisations internationales respectent leurs engagements pris pour accroître et améliorer le traitement du VIH et les soins. “Des promesses manquées et des priorités de travers des gouvernements et bailleurs ont réduit le droit à la santé et à l’accès au traitement à une rhétorique inaccessible”, se lamentait Nonkosi Khumalo, coordinateur du programme de la TAC pour la santé de la femme. Cette coalition des activistes exige que les gouvernements africains et les bailleurs internationaux comblent le déficit sur le financement de la santé et avertissent que les vies de millions de personnes en Afrique subsaharienne sont en danger à cause du manque de volonté politique et d’investissement pour réaliser le droit de l’accès à un traitement visant à sauver des vies. “Dans les quelques derniers mois, nous avons vu des trillions de dollars dépensés sur des sauvetages financiers pour stimuler la reprise économique. Une toute petite portion de cette somme aurait pu acheter des soins de santé de qualité durables pour des millions de personnes”, a en outre expliqué Khumalo.

Des promesses manquées Selon le rapport 2009 de la Banque mondiale, intitulé “Eviter une crise humaine pendant la récession mondiale”, les pays d’Afrique orientale et australe sont les plus vulnérables. Des chercheurs estiment que l’impact négatif de cette crise affectera 70 pour cent des personnes sous traitement ARV en Afrique dans les 12 prochains mois. Avec quelques exceptions, telles que le Botswana et l’Afrique du Sud, la plupart des pays ont réduit l’espace fiscal qu’ils peuvent utiliser pour atténuer l’impact d’une baisse de l’aide internationale, affirme la Banque mondiale. Déjà, d’énormes pourcentages de ménages en Afrique subsaharienne sont pauvres, et le grand nombre de personnes sous traitement signifie des coûts toujours croissants du programme de traitement. Pourtant, l’Afrique subsaharienne seule représente un pour cent des dépenses mondiales sur la santé et deux pour cent du personnel de santé dans le monde. Actuellement, seul un tiers des Africains séropositifs dans le besoin de traitement ARV peut y avoir accès, selon la TAC. Ne pas respecter l’engagement à amener l’accès universel au traitement pour les personnes séropositives qui en ont besoin, indique le rapport de la Banque mondiale, remettra en question la légitimité de l’aide au développement pour la santé, menacera les progrès dans la capacité du système de santé fournie à travers les programmes de traitement du VIH. Cela entraînera, en fin de compte, des coûts plus importants à long terme à cause des taux de transmission plus élevés, de plus de cas de TB et des nombres plus grands nécessitant des médicaments de deuxième ligne pour le VIH et la TB. Dr Bactrin Killingo, président du Fonds commun pour la préparation au traitement du VIH, basé à Nairobi, approuve cela. “Si les contraintes de coût actuelles auxquelles sont confrontés les programmes de traitement du VIH ne sont pas réglées, alors que la demande pour le traitement de deuxième ligne, cher, augmente, nous nous retrouverons bientôt dans une situation similaire aux années 1990, lorsque des millions de vies ont été perdues inutilement parce que les gens ne pouvaient pas s’offrir le traitement dont ils avaient besoin pour rester en vie”, dit-il.