AFRIQUE: Le savoir est un pouvoir pour des agriculteurs

NAIROBI, 20 mai (IPS) – Suite à une formation offerte par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, une centaine de paysans au centre du Kenya, imprégnés d’une compréhension améliorée de leur marchés locaux, sont en train d’imposer des prix plus élevés pour leurs bananes.

“Ces agriculteurs avaient l’habitude de vendre les bananas en regardant simplement le régime. Le commerçant venait dicter son prix. Avant, ils vendaient le kilo à trois shillings (0,04 cent US), maintenant ils vendent dix fois plus”, a déclaré à IPS, Anne Mbaabu, directrice du Programme de l’accès au marché de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). L’AGRA, une organisation qui réunit des paysans, des scientifiques chercheurs, des entreprises et des gouvernements pour accroître la productivité et les revenus, travaille avec le Groupe des agriculteurs de Kamahuha, mettant en liaison les paysans avec des acheteurs avec qui ils communiquent directement utilisant des téléphones portables. “L’acheteur peut dire : 'Je veux des bananes qui ne sont pas avariées, je veux qu’elles soient de cette maturité et de cette quantité'. Le paysans négociera ensuite le prix, puisque précédemment refusé, lorsqu’il estimerait simplement ce prix”, a affirmé Mbaabu.

Améliorer l’accès aux informations du marché et renforcer la capacité des fermiers africains à comprendre les tendances et les besoins du marché étaient le point central d’une rencontre des experts agricoles tenue du 13 au 15 mai à Nairobi, au Kenya. Le thème de cet évènement étant le rôle des marchés dans l’accélération de la croissance économique de l’Afrique tout en améliorant les revenus des agriculteurs pauvres, il a été souligné que pour que les paysans gagnent, ils doivent non seulement produire, mais également avoir un accès effectif aux marchés afin de vendre leurs récoltes à des prix justes.

Penser local Les marchés en Afrique, a-t-on constaté, sont mal organisés et instables. Les paysans manquent d’informations sur les prix en gros ou au détail actuels au point qu’ils ils ont besoin de négocier de bons prix pour leurs produits. “Vous devez connaître d’abord là où se trouve le marché. Si vous n’avez pas accès aux informations, les agriculteurs ne peuvent même pas accéder aux marchés ou y participer. Alors, la grande question est de fournir des informations adéquates pour que les paysans soient non seulement conscients des marchés, mais pour qu’ils soient également conscients des besoins des marchés parce que les besoins changent beaucoup”, a indiqué Akinwumi Adesina, vice-présidente de l’AGRA pour la politique et les partenariats.

Des experts comme Ade Freeman de l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) estiment que les marchés locaux et régionaux fournissent la plus grande opportunité aux fermiers africains, au lieu des marchés favorisant un domaine. La population de la Communauté d’Afrique de l’est – le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi – s’élève à environ 100 millions d’habitants; plus de 389 millions de personnes vivent dans les pays qui constituent les Marchés communs pour l’Afrique orientale et australe. “Nous parlons des grands marchés, en termes de nombres de personnes qui sont impliquées. Et les gens auront toujours besoin d’acheter des aliments. Certains de ces pays connaissent une croissance économique d’environ cinq à six pour cent par an. Donc, tous les facteurs qui favorisent une demande croissante de l’agriculture dans ces marchés évoluent dans la bonne direction, offrant une opportunité pour que les marchés locaux et régionaux soient exploités”, a affirmé Freeman.

Il existe plusieurs obstacles qui ont étouffé le commerce régional, y compris des tarifs douaniers élevés. “Les structures tarifaires en Afrique sont en réalité beaucoup plus élevées entre les pays qu’elles ne le sont entre l’Europe et l’Afrique. Alors, cela fait qu’il nous est difficile de faire du commerce entre nous-mêmes”, a souligné Adesina. Il y a eu également des appels pour que les normes de la réglementation douanière (des exigences auxquelles une personne exportant ou important des biens ou des services devrait adhérer, et elles varient d’un pays à un autre) soient harmonisées afin de que les gens puissent transporter facilement les biens à travers les frontières. L’accès seul ne suffit pas Mais pour que les agriculteurs pauvres augmentent la productivité et entrent dans ces marchés, ils ont besoin d’être appuyés par des semences, des engrais, l’irrigation et des technologies de gestion des insectes nuisibles. Et l’intervention du gouvernement pour fournir cet appui constitue des subventions, une question épineuse dans les négociations internationales sur le commerce.

Le point de vue de Mbaabu est différent. “Ces subventions, comme on les appelle, sont ciblées. Ce ne sont pas simplement des subventions de massives; elles ciblent ceux qui n’ont pas la capacité d’en acheter, et une fois qu’ils sont en mesure d’obtenir ces intrants, ils deviennent autosuffisants dans la production de leurs aliments et ensuite, vous finissez par réduire la pauvreté. Alors, ne criminalisons pas les subventions; c’est un soutien, un appui orienté vers nos agriculteurs”.

Au Kenya, le gouvernement a, au cours de l’année dernière, baissé les prix de l’engrais, de 79 dollars aux 33 dollars actuels. Cela est encore trop cher pour beaucoup de fermiers, selon Peter Njoroge, président de la Ligue des petits producteurs de café. Il a dit à IPS qu’un bon nombre d’agriculteurs sont en train d’abandonner l’agriculture du fait des coûts élevés des intrants, et il veut que les autorités réduisent davantage les prix des engrais ou même les distribuent gratuitement aux petits agriculteurs. Le gouvernement du Malawi a été félicité pour avoir accepté de fournir à ses paysans des graines de maïs hybride et des engrais subventionnés, commençant il y a trois ans. Depuis, il est passé d’un grave déficit alimentaire pour devenir un exportateur net de maïs. Et les résultats des fermiers utilisant des intrants à rendement élevé sont tangibles. “Le point important est l’augmentation de la productivité dans les zones où les paysans utilisent des intrants améliorés”, a déclaré à IPS, Joseph Mwangangi, le directeur régional des Programmes de renforcement de l’agro-alimentaire au CNFC Inc, une organisation destinée à accroître et soutenir les revenus ruraux à travers l’autonomisation des agriculteurs dans les pays en développement. Mwangangi, dont l’organisation travaille avec la Bourse des produits agricoles au Malawi, a indiqué une récente étude faite par l’Institut agronomique de Bunda, à l’Université du Malawi, qui a constaté que jusqu’à 86 pour cent des fermiers utilisent des intrants améliorés. Cela, souligne l’étude, a conduit à la sécurité alimentaire accrue ou améliorée des ménages. Même avec ces progrès, ce n’est pas tout le monde qui est favorable aux subventions aux paysans pauvres. Hansá Binswanger, un consultant privé en agriculture et en développement rural d’Afrique du Sud, a prévenu contre de potentiels risques associés aux programmes de subvention. “S’ils ne sont pas convenablement élaborés et mis en œuvre, ils peuvent provoquer des perturbations dans les marchés, entraînant des prix élevés qui sont complètement inutiles, et qui sont coûteux pour le gouvernement, coûteux pour son peuple. Cela sape les avantages escomptés du programme de subvention des engrais et des semences”, a-t-il affirmé.