Q&R: 'Nous avons dépassé l’histoire de l’acrimonie et de la polarisation'

JOHANNESBURG, 17 mai (IPS) – Le Premier ministre zimbabwéen s’est adressé au parlement le 13 mai, mettant en lumière à la fois les trois mois de progrès et de frustration à la tête du gouvernement de partage du pouvoir du pays.

Avant cela, Tsvangirai avait accordé un entretien à IPS à Johannesburg le 8 mai dont voici quelques extraits. IPS: Quels sont les progrès que le gouvernement d’union a-t-il faits jusque-là? Morgan Tsvangirai: Notre évaluation des progrès du gouvernement d’union est que c’est un développement positif. Nous sommes très satisfaits de la performance de ce gouvernement.

Il y a eu quelques progrès supplémentaires que nous avons enregistrés. Nous avons ouvert des écoles, nous avons ouvert des hôpitaux. Nous avons réduit l’inflation de presque trois pour cent. Nous avons approvisionné les boutiques en plusieurs vivres et de produits qui y sont disponibles.

Alors, les Zimbabwéens voient cela comme un pas positif et ils sont d’un optimisme prudent.

IPS: Quels sont les défis qui sont là maintenant en plus de ce que vous avez réalisé? MT: Ces défis sont nombreux. Essentiellement économiques, mais il y a également des défis politiques. Vous savez que nous avons encore des questions irrésolues dont nous discutons, et par rapport auxquelles nous sommes en train de faire des progrès lents mais [qui] servent parfois d’une douche froide à la confiance du peuple parce qu’il voit cela comme une réticence de certains des co-signataires à mettre en œuvre l’Accord politique global. Et cela affecte la confiance du peuple.

Mais je pense que par rapport à l’économie, c’est un grand défi d’obtenir la liquidité nécessaire, l’appui dans la balance des paiements, du soutien dans les lignes de crédit pour que nos entreprises commencent par fonctionner à nouveau.

IPS: Parlant de la constitution, nous disposons encore de lois très mauvaises comme la Loi sur l’ordre public et la sécurité (POSA) et la Loi relative à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée (AIPPA) qui empêche les journalistes d’opérer sans demander au préalable une accréditation auprès de la Commission des médias et de l’information (MIC). Est-il probable que nous voyions très bientôt des réformes à cet égard? MT: Absolument. Le week-end dernier [le 8 mai], il a été organisé une conférence de tous les acteurs sur les réformes des médias dans le pays et je suis sûr que l’une des réformes législatives [attendues], par rapport à la liberté de la presse, est l’AIPPA, afin de s’assurer que nous créons l’environnement des médias, qui leur permettra d’opérer sans aucune restriction. Elle fait partie de l’Accord politique global. Dès que cette conférence a pris fin, une commission a été installée cette semaine ou sera installée la semaine prochaine pour examiner la façon d’ouvrir les stations radio et d’autres voix au sein des médias afin qu’elles soient entendues. Et je pense que cela est un pas très positif.

IPS: Actuellement, il existe quelques différences de point de vue entre votre gouvernement et certaines ONG comme l’Assemblée nationale constitutionnelle, sur la façon dont le processus constitutionnel devrait avancer. Quelle est votre opinion? MT: Il n’existe aucun désaccord au sujet de la nécessité d’un processus conduit par le peuple. Mais vous devez comprendre que ce processus constitutionnel est né de l’accord entre les partis politiques. L’une des questions qui a fait l’objet de contestation est que la commission parlementaire, qui sera chargée de diriger le processus constitutionnel, est un instrument inadéquat pour assurer une participation plus large.

Mais nous ne nous sommes jamais disputés au sujet d’une participation plus large de la société civile et de personne. Nous ne voulons exclure personne. Donc, il n’existe aucune raison pour que le processus dans lequel nous sommes en train de nous lancer, en vue des réformes constitutionnelles, soit quelque chose d’autre qu’un processus conduit par le peuple. Personne, autre que le peuple du Zimbabwe, n’imposera un point de vue par rapport à la constitution qui sera établie au Zimbabwe. IPS: Premier ministre, vous avez demandé que les saisies des fermes soient immédiatement arrêtées et vous avez instruit la police à agir contre toute personne qui continuerait ces saisies. Mais il semble que votre directive est en train de tomber dans les oreilles d’un sourd; pourquoi? MT: Oui, je suis sûr que vous devez comprendre que nous avons toujours prévu quelques résistances et celles-ci sont des signaux des forces qui ne veulent pas voir ce gouvernement d’union évoluer. Et, par conséquent, c’est quelque chose que nous allons gérer. C’est une question de gérer ces forces, de gérer ces éléments – en nombre réduit. Mais ils ne peuvent pas arrêter le processus du gouvernement d’union. Il est irreversible. IPS: Qui selon vous est derrière ces saisies des terres? MT: Bien, ils ne sont pas nombreux. Je veux dire que nous avons demandé au ministre des Affaires foncières de faire une évaluation nationale. Vous constaterez que ces incidents se seraient produits ici et là, mais ce n’est pas une chose nationale. Donc, nous avons demandé une évaluation nationale. Une fois cette évaluation nationale faite, nous ferons un audit foncier. Et une fois cet audit foncier en place, nous constituerons une commission des affaires foncières, qui sera ensuite responsable de la rationalisation du programme de la réforme agraire. Mais nous ferons des progrès par rapport à la réforme agraire.

IPS: Nous apprenons également que les chefs des services armés continuent d’être réticents à vous saluer. MT: Pour moi, cela n’est pas un problème. Je ne peux pas passer mon temps à me préoccuper des saluts alors que les gens n’ont pas de nourriture et que les hôpitaux ne fonctionnent pas, que les écoles ne fonctionnent pas. Je pense qu’il y a des questions beaucoup plus grandes en jeu maintenant pour que je sois préoccupé de savoir si un individu m’aime ou pas. Mais institutionnellement, je dois souligner le fait que ce que je sais est que, faisant parti de l’exécutif, les forces armées sont fidèles à la constitution et à l’autorité civile. Voilà ce que je sais. IPS: Votre parti a nommé Roy Bennett au poste de vice-ministre de l’Agriculture, mais il a été arrêté pour trahison peu avant qu’il ne prête serment. Cette situation a traîné en longueur. Quand lui fera-t-on prêter serment? MT: Bien, il prêtera serment très bientôt. Il y a un accord selon lequel ce n’est pas une affaire personnelle. Il est confronté à des chefs d’accusation, mais comme le dit l’adage, on n’accuse pas un homme tant qu’il n’est pas reconnu coupable.

Donc, nous ne voulons pas inculper Roy Bennett simplement parce que des charges ont été déposées contre lui. Il n’a pas été reconnu coupable et par conséquent, il doit être nommé. Et personne ne nomme Roy Bennett à part moi-même, parce que j’ai la seule responsabilité de nommer ceux qui doivent servir au sein du gouvernement, de notre côté. Alors, il ne peut être un refus de personne pour mettre une restriction ou un veto sur la nomination de Roy Bennett. IPS: Tout le monde attendait que les questions autour de la désignation des gouverneurs des provinces, des ambassadeurs soient réglées très rapidement, mais vous continuez de traîner. Avons-nous des chances de voir ces nominations bientôt? MT: Voici est un mariage, mon cher. C’est un mariage. En mariage, il y les hauts et les bas et cela dépend de la façon dont vous gérez vos conflits, de la manière dont vous gérez vos désaccords. Je peux vous assurer que très bientôt, nous serons en train de passer un communiqué, parce que nous sommes en train de parler de comment terminer ces soi-disant questions non résolues et très bientôt, nous passerons un communiqué sur les progrès que nous avons faits – ou pas – par rapport à ces questions en attente. Et vous attendez jusqu’à ce que ce communiqué soit fait.

IPS: Finalement, quelle description feriez-vous de la relation entre vous, le président Robert Mugabe et le vice-Premier ministre Mutambara? MT: Bien, notre relation est viable. Nous avons des entretiens très productifs. Si nous avons des problèmes, nous nous asseyons et nous essayons de les régler. Il se pourrait que nous ne nous accordions pas nécessairement, mais il y a certes une ouverture pour l’engagement, la discussion, et le dialogue. Pour moi, c’est la relation la plus productive en termes d’assurer que cette coalition marche et marche pour le peuple du Zimbabwe. Vous connaissez l’histoire de l’acrimonie et de la polarisation : nous avons dépassé cela.