ACCRA, 14 mai (IPS) – Il semble que par rapport à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sur la fourniture de l’eau potable, personne ne raconte les choses telles qu’elles sont.
Pendant que des responsables de la Plateforme du suivi de l’eau et de l’assainissement (WSMP) affirment que le Ghana est sur la bonne voie, le ministre en charge des ressources en eau, du travail et de l’urbanisme, Albert Abongo, pense le contraire. Les chiffres du moniteur des OMD des Nations Unies sont assez encourageants, indiquant que le nombre de Ghanéens utilisant des sources d’eau améliorées est passé de 56 pour cent en 1990 à 80 pour cent en 2006. Richard Adjei de la WSMP a déclaré aux participants à l’Exposition de l’eau en Afrique en 2009, à Accra, au début d’avril que “à l’allure actuelle de l’augmentation, la tendance prévue indique que le Ghana pourrait atteindre 84 pour cent de l’eau buvable améliorée d’ici à 2015 et réduire la population qui n’utilisera pas de l’eau buvable améliorée à environ 4,3 millions”. Mais le ministre de l’Eau n’a pas mâché les mots lorsqu’il s’est adressé au même auditoire composé de fabricants et de spécialistes du secteur de l’eau venus du monde entier. “Pour que le Ghana atteigne l’objectif des 78 pour cent de la couverture de la population, pour l’OMD relatif à l’eau potable d’ici à 2015”, a indiqué Abongo, “le gouvernement aura besoin de pas moins de 1,6 milliard de dollars pour réhabiliter et élargir ses installations de traitement de l’eau existantes pour l’approvisionnement en eau des zones urbaines, et fournir également des calibres en vue des systèmes d’eau des communautés et des petites villes”. C’est de l’argent qui ne peut être obtenu facilement. Kobbie Kessie, directeur général de la Société d’eau du Ghana (GWC), qui est responsable de l’approvisionnement en eau des zones urbaines, a affirmé que le Fonds de développement nordique, la Banque mondiale et le gouvernement du Ghana ont jusqu’à présent dépensé 87 millions de dollars pour développer la fourniture d’eau en milieu urbain. “Toutefois, il faut 850 millions de dollars supplémentaires pour les cinq prochaines années”, a souligné Kessie. Les chiffres produits par les organes en charge de l’infrastructure de l’eau du Ghana contredisent complètement le tableau rose peint par la WSMP. Selon l’Agence de l’eau et de l’assainissement communautaires (CWSA), à la fin de l’année 2008, seulement 8,4 millions de la population rurale du Ghana, sur les 14,8 millions au total, étaient convenablement approvisionnées en eau potable – juste plus de 57 pour cent de ces communautés. La GWC affirme qu’elle couvre seulement 58 pour cent de la population urbaine.
“La production actuelle de la GWC est de 570.000 mètres cubes par jour contrairement au volume de 988.900 mètres cubes exigé”, a ajouté Kessie.
Jointe par courrier électronique pour expliquer la contradiction entre les chiffres nationaux et ceux de l’ONU, Sara Duerto Valero, du Service des statistiques du ministère de l’Economie et des Affaires sociales, a déclaré à IPS : “Les contradictions entre nos données et les données fournies par des organisations nationales sont possibles à cause des ajustements menés par des agences internationales pour s’assurer de la comparabilité et de la fiabilité des données”. La perception populaire dans les milieux urbains et ruraux du pays suggère qu’il reste beaucoup de travail à faire. Comme le montre l’expérience vécue par beaucoup de Ghanéens : dans la semaine avant l’exposition, des milliers de personnes vivant dans les communautés satellites, qui sont nées autour d’Accra, ont été privées d’eau pendant des jours. Joanna Lamptey, qui vit à Teshie, une banlieue de la capitale, n’a pas pu cacher sa frustration lorsque le troisième jour, l’eau ne coulait toujours pas à travers les tuyaux dans sa maison. “Nous ne sommes pas des animaux pour boire simplement de n’importe quel point d’eau”, a-t-elle déclaré à IPS.
Le secrétaire exécutif de la Coalition des ONG dans le secteur de l’eau et de l’assainissement (CONIWAS) au Ghana, Patrick Apoya, rejette catégoriquement les déclarations d’Adjei faisant état de ce qu’un progrès a été fait. Apoya a dit à IPS que “le problème de l’eau du pays a été une accumulation de plusieurs années de négligence générale au cours desquelles la population a dépassé l’infrastructure disponible pour fournir de l’eau potable”. Il rejette la responsabilité de cette longue négligence sur la période du règne militaire au Ghana, de 1981 à 1992. “Les militaires ne s’en souciaient pas puisqu’ils ont laissé les citoyens à eux-mêmes et à la merci des bailleurs”. “Plus important, personne n’a reconnu l’eau comme étant un droit humain”. Selon Apoya, ce secteur nécessite environ 100 millions de dollars par an. Il recevait seulement trois millions de dollars chaque année et cela a fait que très peu est en train d’être fait. Nombre des collègues d’Apoya au sein de la société civile partagent son point de vue selon lequel les gouvernements passés n’ont pas fait beaucoup pour améliorer la situation. Ils disent que l’urbanisation effrénée, qui s’est produite dans le pays au cours des deux dernières décennies, est en train d’exacerber le problème.
“Les communautés satellites de Nima et de Namprobi, à Accra, par exemple, n’ont pas été correctement programmées. Alors, même si le gouvernement fournit les fonds, il ne sera pas facile de poser les tuyaux jusqu’aux maisons”, a ajouté Apoya. Pendant que la question de l’infrastructure est en train d’être débattue, la question de la gestion et la protection des ressources en eau s’est également présentée. Le lac Weija, l’une des principales sources d’eau du pays, est confronté à beaucoup de problèmes au nombre desquels “le niveau élevé de pollution, des plaintes par rapport à l’odeur et la couleur de l’eau traitée coulant à travers les tuyaux”, a indiqué Adwoa Painstil, spécialiste de la qualité de l’eau de la Commission des ressources en eau. Ainsi, le problème de l’eau du pays se complique davantage de jour en jour.
Obtenir l’appui financier des bailleurs ne paraît pas une tâche facile avec les effets de la récession du crédit mondial prêts à se manifester totalement. Apoya estime que le gouvernement peut localement générer les fonds pour financer un système d’approvisionnement en eau durable qui correspondrait à leur plaidoyer selon lequel “l’Etat ne peut priver aucun citoyen de la fourniture d’eau étant donné que c’est un doit humain”. “Cela peut être effectué par une manière innovatrice consistant à imposer des taxes sur les utilisateurs urbains pour payer l’amélioration de l’approvisionnement en eau des zones rurales”, a affirmé Apoya. Il est incertain de dire que cela constitue une alternative viable, mais c’en est une chose, et si le gouvernement écoutait cette suggestion en est une autre. Jusque-là, il devient clair que l’effort du Ghana de réaliser cet OMD pourrait devenir un rêve.

