DAKAR, 8 mai (IPS) – Même si l’Afrique est encore loin d’atteindre la capacité de création scientifique et innovante, les femmes sont de plus en plus présentes dans les recherches et innovations – ceci pour le développement durable du continent.
Cette déclaration a été faite par Dr Marie Louise Correa, ancienne ministre de la Recherche scientifique du Sénégal, au cours d’une conférence sur le savoir au service du développement du continent, tenue du 4 au 7 mai à Dakar, la capitale sénégalaise, et dont le thème était «Le savoir pour repositionner l’Afrique dans l’économie mondiale». Des chercheurs venus d’Afrique ont pris part à cette rencontre. Selon Correa, il n’y avait que 15 femmes intervenant dans la recherche scientifique à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) dans les années 1990. Mais aujourd'hui, selon elle, elles sont plus d'une quarantaine de chercheuses à l'UCAD.
Selon Correa, les femmes ne sont pas marginalisées dans la recherche scientifique, mais c’est la recherche en Afrique qui est loin d’atteindre la capacité de création scientifique et d’innovation technologique tant par le nombre d’ingénieurs, de techniciens que de chercheurs.
Elle affirme également que les femmes sont le plus souvent bien intégrées dans le champ des chercheurs sans complexe. “Nous travaillons en parfaite harmonie avec les hommes chercheurs. Certes, nous sommes des femmes, mais cela ne nous dérange pas dans l'exercice de nos fonctions”, déclare-t-elle à IPS.
«Le continent est très en retard dans la recherche scientifique, mais nous les femmes jouons un rôle déterminant dans le développement du continent à travers les recherches. A l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il y a de nombreuses femmes chercheuses qui fructifient leur savoir, et c’est important de le dire», explique-t-elle. Correa souligne que la croissance économique et le développement se fondent sur la capacité des pays d’acquérir et d’employer la nouvelle technologie, et de maîtriser le savoir. «On a le savoir en Afrique, mais c’est la transformation de cette connaissance qui pose problème. C’est pour cela que les universités et les académies en Afrique doivent jouer un rôle important dans le processus de gestion du savoir», dit-elle. Par ailleurs, Correa elle estime que l’Afrique a un besoin pressant d’universités, en particulier celles qui ont la compétence dans la science et la technologie, car selon elle, les universités sont des agents principaux du changement de la gestion du savoir contribuant au développement. Pour sa part, Yacine Touré, une conseillère scientifique et technique à la direction générale de l’Institut de technologie alimentaire au Sénégal (ITA), affirme qu’il y a des domaines dans lesquels le continent a d’éminentes chercheuses, notamment dans les sciences exactes et les sciences humaines. Selon Touré, le problème en Afrique se situe plutôt au niveau du partage et du transfert des connaissances. «Au départ, dans l’acquisition de la connaissance, les femmes sont moins alphabétisées que les hommes. Au Sénégal, moins de 50 pour cent de femmes sont scolarisées. Celles qui sont scolarisées cessent l’école au primaire ou au secondaire, pourtant elles sont plus nombreuses que les hommes», explique-t-elle. «S’il n’y a pas d’égalité entre femme et homme dans la recherche, cela n’est pas dû au manque de capacité des femmes, mais cela est seulement dû aux réalités socioculturelles. Il faut donc un changement de comportement pour que les parents laissent les filles continuer les études supérieures au lieu de les donner en mariage tôt. Par exemple à l’ITA, on est plus de 80 techniciens et chercheurs, les femmes sont plus de 35 dont six femmes chercheuses», indique-t-elle, un peu agacée. Il existe des programmes pour appuyer les femmes à étudier les sciences. C'est le cas au Sénégal, avec des bourses d'études que l'Etat octroie aux élèves filles qui ont obtenu le baccalauréat scientifique.
La politique du gouvernement du Sénégal va dans ce sens, notamment avec la création des écoles de recherche comme l'Ecole polytechnique des sciences (ESP), l'Institut de technologie alimentaire et l'Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS).
Touré pense enfin qu’il faut un suivi des recherches dans les pays africains et que les gouvernants aient une volonté politique donnant la priorité à la recherche, gage d’un développement durable. Selon Dr Alhadji Wareme, le représentant du Burkina Faso, le savoir n’est pas seulement universitaire, mais il est aussi traditionnel. Selon lui, les groupements féminins font d’énormes progrès dans la recherche au Burkina, spécialement dans la fabrication du beurre de karité. «La filière du karité, à travers les organisations de femmes, est l’une des grandes opportunités en matière de création et de richesse en milieu rural et urbain, particulièrement pour les femmes, et comme source de devise pour le pays avec une demande à l’exportation croissante», souligne-t-il à IPS. “Les groupement de femmes en associant les connaissances traditionnelles et modernes ont réussi à créer quelque chose de bien dans dans la filière de karité, il faut donc un programme d'information pour que cela soit vulgariser”, déclare-t-il.
Sur la nature de la connaissance, Wareme estime que c'est une connaissance traditionnelle. Selon lui, les femmes au Burkina Faso, ont depuis des temps anciens, extrait du beurre de karité, mais le procédé était traditionnel. Avec l'aide des partenaires au développement en l’occurrence, le CRDI (Centre de recherche pour le développement international), ces femmes ont amélioré la production du beurre de karité : d'abord, par l'entretien des arbres (engrais et suivi phytosanitaire), ensuite par la rapidité dans l'extraction du beurre de karité grâce à l'utilisation de la machine à presse. Mais c’est l'intégration de la filière du karité dans le commerce mondial qui pose un problème sérieux.
Cependant, Wareme reconnaît que la filière du karité est confrontée au maintien de la croissance et à son positionnement dans l’économie mondiale. Selon lui, la rencontre vient à point nommé pour que les connaissances convergent afin d’apporter des innovations dans la filière du karité – pour le développement du continent. «Il est vrai que les femmes chercheuses au Burkina dans la filière du karité ont été appuyées le CRDI pour la mise au point de presses à karité en vue d’alléger le travail des femmes, mais la mise en œuvre d’une stratégie harmonisée dans la gestion des connaissances et l’amélioration du système d’innovation ont souvent posé de problème», déclare-t-il.

