DEVELOPPEMENT-OUGANDA: Créer une 'chaîne d'eau potable'

KATOSI, Ouganda, 30 mars (IPS) – L’Ouganda dépense près de 10 millions de dollars chaque année pour traiter des maladies hydriques; le temps productif perdu du fait de la maladie et les soins du malade ont un impact financier encore plus grand. Mais les habitants du village de Katosi, sur les rives du lac Victoria, n’attendent pas que le gouvernement trouve une solution.

Au cours des années récentes, le gouvernement ougandais a organisé plusieurs campagnes nationales tournées vers l’approvisionnement en eau potable comme une manière de prévenir le choléra, la bilharziose et d’autres maladies hydriques. Mais entre 40 et 60 pour cent des Ougandais – la situation est pire dans les zones rurales et parmi les citadins pauvres – n’ont toujours pas accès à l’eau potable, selon le conseil d’administration pour le Développement de l’eau de l’Ouganda. Quatre-vingt-dix pour cent des habitants du village de pêche de Katosi, dans le district de Mukono, souffrent de la bilharziose ou une certaine forme de vers parce qu’ils boivent l’eau impropre du lac Victoria. Leonard Kulumba, un agent de terrain de 'Katosi Women Development Trust' (Association pour le développement des femmes de Katosi), encourage la collecte de l’eau de pluie comme un moyen d’atténuer le problème. “Nous voulions créer ce que nous appelons une chaîne d’eau potable, parce que les écoliers buvaient l’eau souillée des mares et le temps qu’ils mettent pour recueillir cette eau des puits était plus long qu’il ne fallait. Ils pourraient mettre presque deux heures pour recueillir l’eau de ces puits, lequel temps ils auraient utilisé pour être au cours. Alors, nous les avons aidés en érigeant des citernes en ciment pour [emmagasiner l’eau de pluie et] les sauver de cette tâche”. Kulumba déclare à plusieurs occasions que des bagarres éclateraient entre les villageois et les enfants envoyés chercher de l’eau. “Les filles n’étaient pas en sécurité avec les villageois aux puits. Parfois, des bagarres éclataient entre les villageois et les écoliers, au cours desquelles certains écoliers seraient blessés. Alors, nous avons voulu les sauver de ces dangers”. Des femmes de Katosi construisent des citernes pour elles-mêmes et forment des membres de la communauté en matière d’hygiène de base. Namaganda Masitulah, une dirigeante communautaire et l’une des bénéficiaires, indique que sa citerne de collecte d’eau de pluie lui a économisé beaucoup d’argent qu’elle avait l’habitude de dépenser à acheter de l’eau pour l’usage domestique et pour les animaux.

“J’ai beaucoup bénéficié parce que lorsque je n’avais pas une citerne de collecte d’eau, j’étais obligée d’acheter de l’eau chez les gens qui vont chercher l’eau du lac. Certaines d’entre nous sont des veuves, et le projet nous a beaucoup aidées. Quand les gens sont venus nous examiner, ils ont constaté que la plupart des personnes avaient la bilharziose à cause de l’eau du lac en contaminée. On nous a conseillé d’obtenir un traitement pour cela et on nous a aussi déparasitées à cause de l’eau qui n’est pas potable dans la communauté”. La bilharziose, appelée aussi schistosomiase, est causée par un ver parasite plat rencontré dans les eaux douces le long des rives des lacs et des mares, étroitement associé aux escargots. Cette maladie est rarement fatale, mais elle endommage les organes internes et peut réduire la croissance et le développement cognitif des enfants. En dehors de la collecte de l’eau de pluie pour usage domestique, l’Association pour le développement des femmes de Katosi a constaté que pendant que leurs enfants bénéficient de l’eau potable à la maison, ils boivent de l’eau souillée à l’école. Elles ont maintenant fourni des citernes de collecte de l’eau de pluie pour les quatre écoles primaires dans la zone. Le révérend Kintu Yosamu, le directeur de l’école, affirme que le projet de collecte de l’eau de pluie a aidé les enfants à accéder à l’eau potable. “Avant que la citerne ne soit construite, nous étions dans la gêne. Puisque nous étions proches du bord du lac, nous ne pourrions pas obtenir de l’eau potable. Maintenant, nous obtenons de l’eau potable et les écoliers l’utilisent très bien”. La collecte de l’eau constitue seulement la première partie de la chaîne de l’eau potable que l’association est en train de construire. Les membres de l’association apprennent également aux membres de la communauté à laver les mains, l’importance de bouillir l’eau pour tuer des germes, de garder les récipients d’eau propres et, plus récemment, l’utilisation des filtres 'Biosand' (à base de sable) pour purifier l’eau. Les filtres sont des caisses en béton remplies d’une couche de sable très fin, et de sable à gros grains puis de gravillon au fond. Lorsque l’eau est versée en haut, elle se filtre lentement à travers le sable et peut être recueillie à partir d’un tuyau construit en bas. En trois semaines d’utilisation, un 'biofilm' se forme, composé de micro-organismes trouvés dans l’eau en filtration; avec le sable fin, ces micro-organismes coincés deviennent un moyen hautement efficace de purifier l’eau. Le Réseau d’eau et d’assainissement de l’Ouganda, un groupement national d’organisations non gouvernementales et communautaires, recommande que le modèle installé à Katosi soit élargi à toutes les zones rurales si l’Ouganda doit améliorer l’accès à l’eau potable. Mais certains experts de l’eau, tels que le professeur Charles Basalirwa au département de géographie de l’Université de Makerere, estiment même que cela peut ne pas être suffisant. “Dans des zones comme le nord de l’Ouganda où la majorité des toitures sont en paille, l’eau de pluie peut être recueillie simplement à partir des arbres comme cela se faisait dans les temps anciens. Mais cela est une [source d’eau] très limitée”, indique Basalirwa. “En plus, il y a un problème : où garderez-vous cette eau? Les coûts des récipients comme les citernes en plastique sont très élevés, et même ceux qui peuvent être construits en utilisant le ciment… le ciment ces jours-ci est très cher”. Mais pour les membres de l’Association pour le développement des femmes de Katosi, au moins la collecte de l’eau de pluie a fourni, elle-même, une solution durable à un problème difficile.