LE CAP, 10 mars (IPS) – L’économiste et auteur, le professeur Patrick Bond, prévient que l’optimisme au sujet de la venue d’une ère post-néolibérale est prématuré et qu’une période “plus dangereuse et plus douloureuse” peut être en vue avant que tout changement réel de l’actuel régime économique mondial ne soit possible.
L’appréhension de la crise économique mondiale doit aller au-delà de l’inquiétude par rapport à la forme financière de cette crise vers un sens plus riche pour savoir pourquoi la dynamique capitaliste doit être condamnée, affirme Bond, qui est le directeur du Centre pour la société civile (CCS) à l’Université du KwaZulu Natal, dans un récent article. Le CCS est basé à Durban, en Afrique du Sud. Dans son article, il se réfère aux commentaires, entre autres, de la chancelière allemande, Angela Merkel, déclarant au magazine ‘Time’ que si les élites du monde “ne sont pas dans une position pour montrer que nous pouvons créer un ordre social pour le monde dans lequel de telles crises ne se produisent pas, alors nous serons confrontés à des questions plus dures par rapport à celle de savoir s’il s’agit réellement du bon système économique”. Même un média conservateur comme le magazine ‘Time’ a mis en vedette Karl Marx, l’auteur du Capital, sur sa couverture portant la question “Que penserait Marx (de la crise mondiale)?”.
Malgré ces changements apparents dans de grands discours, Bond indique trois signes d’avertissement qui montrent que la fin du néo-libéralisme peut prendre encore quelques temps. Premièrement, la politique du public souffrira des mesures d’austérité, associées à la volatilité économique, et d’une “pression renouvelée pour des mesures micro-néolibérales”. Deuxièmement, il y a toujours “une foi injustifiée” au système multilatéral, y compris “un revivalisme de Bretton-Woods”, qui détourne l’attention des solutions à l’échelle nationale. Bretton-Woods désigne le lieu de la rencontre où les puissances du monde ont constitué le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale après la Seconde Guerre mondiale, d’où le surnom “les institutions de Bretton-Woods”. Troisièmement, une nouvelle menace a émergé sous la forme d’un néolibéralisme et d’un impérialisme re-légitimés, “à travers l’élection de Barack Obama comme président des Etats-Unis”, selon Bond. Sa critique d’Obama est centrée sur le dernier choix des directeurs de la politique économique, qui comprend plusieurs figures de l’administration Clinton. Parmi celles-ci, figure Lawrence Summer qui était la force motrice principale à Washington derrière la déréglementation financière des années 1990, qui a conduit à cette crise mondiale. Il a été également l’instigateur de la crise économique en Asie (1997-1998). Bond montre que le changement de rhétorique n’est pas soutenu dans la pratique. Lors d’une conférence de presse après le sommet du Groupe des 20 (G20) sur cette crise financière en novembre 2008, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a invité toutes les nations ayant les ressources nécessaires à mettre en œuvre des paquets d’excitation fiscale. Bond lit cette déclaration comme visant à satisfaire l’impératif politique des institutions de Bretton-Woods qui doivent être perçues comme agissant avec énergie à cause de cette crise mondiale.
Mais Cela est clairement contredit par la politique “de conseils” du FMI à l’Afrique du Sud, publiée en octobre 2008.
Dans ses rapports sur l’Afrique du Sud, le FMI met la pression sur le gouvernement sud-africain pour maintenir un excédent budgétaire; et pour mettre en œuvre la privatisation pour des infrastructures et des besoins sociaux, y compris l’électricité et le transport. Il presse la Banque centrale sud-africaine de maintenir l’objectif de l’inflation actuelle et d’augmenter les taux d’intérêt. Par ailleurs, le FMI veut que les ministères des Finances et du Commerce d’Afrique du Sud retirent les protections contre la volatilité économique internationale, notamment les règles financières et commerciales; et il veut que le ministère du Travail révoque les droits des travailleurs sur les marchés du travail. Cela malgré la protection que des contrôles de capitaux résiduels ont fournie contre cette crise mondiale.
Bond ajoute que “la crise mondiale peut faire apparaître des rhétoriques triomphantes du centre-gauche de post-néolibéralisme dans un contexte européen néo-keynésien (et presque anti-américain)”. Cependant, considérant les vraies relations de pouvoir, cela a plus de sens de préparer une défense contre l’austérité, déclare-t-il. Le keynésianisme désigne les politiques inspirées par l’économiste britannique influent, John Maynard Keynes, dont les propositions pour une approche interventionniste de l’Etat dans des économies capitalistes, après la Seconde Guerre mondiale, ont été largement embrassées jusqu’aux années 1970. Considérant des mesures d’austérité menaçantes, le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a prévenu d’un futur “resserrement des ceintures” pendant quelques temps. En suggérant des solutions, Bond appelle à des orientations stratégiques cruciales pour passer d’un “orgueil post-néolibéral illusoire, revendiqué par des progressistes dans plusieurs sites à travers le monde, à un terrain plus durable dont les bases fermes sont posées pour des droits de l’Homme et de protection de l’environnement comme des déterminants politiques, au lieu des marchés et des profits”. Bond exhorte par ailleurs à une nouvelle attention sur les sites de pouvoir réel, qui demande un passage à travers le “battage médiatique trompeur” au sujet d’une nouvelle conférence de Bretton-Woods sous le G20 ou le Financement des Nations Unies pour le développement des mandats, ou une solution de 2009 de Copenhague au “malaise du Protocole de Kyoto”. Le point de vue de l’Afrique du Sud, affirme-t-il, est de contrebalancer cette austérité, cette volatilité et ce micro-néolibéral à travers la réorganisation des campagnes contre la dégradation financière.
Bond donne comme exemple des membres de la communauté défaillants par rapport à une dette hypothécaire non remboursable et forçant des concessions de remboursement auprès des banques et des créanciers à travers une résistance communautaire, comme cela a été fait au Mexique, en Argentine et en Afrique du Sud. Cela devrait être également fait au niveau national. Bond cite un conseiller économique de l’ONU, Jeffrey Sachs, indiquant aux chefs d’Etat africains qu’ils devraient refuser de payer la dette nationale écrasante et dépenser plutôt cet argent sur la santé et l’éducation. En outre, des appels infructueux pour une action de l’ONU sur les problèmes environnementaux et autres, devraient être transcendés avec une remise en cause de l’application des pouvoirs nationaux, tels que le contrôle des changes, la re-régulation de l’environnement et la nationalisation financière. Bond propose également que la “re-délégitimation de la puissance des Etats-Unis” soit assistée par une insistance “sur un monde qui ne s’accroche pas au dollar US et à tout ce qu’il représente économiquement, et qui fournit en même temps un appui critique (pas dogmatique) aux potentiels anti-impérialistes montants”.

