TRANSPORT-ZIMBABWE: Votre argent et votre vie

BULAWAYO, 5 mars (IPS) – Malgré les crevasses à la forme de cratère qui jonchent les routes de Bulawayo, Desmond Hikwa ne ralentit pas puisqu’il file à travers cette ville de plus de deux millions d’habitants, transportant des banlieusards du lever au coucher du soleil.

“Cela fait plus de dix ans maintenant que je conduis sur ces routes”, déclare fièrement Hikwa, guidant sa voiture de 16 places autour des crevasses en forme de cratère qui remplissent les routes de Bulawayo. À Bulawayo, où la ‘Zimbabwe United Passenger Company’ (ZUPCO), une société de transport de l’Etat, a presque disparu dans les rues, Hikwa est devenu l’un des nombreux opérateurs qui satisfont les besoins pour le transport du public avec des véhicules de 16 places appelés ‘kombis’, bien que des passagers se plaignent de la faiblesse ou de l’inexistence des relations publiques. “Nous devons nous battre avec des voies très mauvaises et bien sûr des agents de police qui exigent toujours des pots-de-vin quand bien même nos papiers sont en règle”, a confié Hikwa à IPS. Derrière lui, une querelle éclate entre un passager et le contrôleur.

“Je suis sur le point de descendre, donnez-moi simplement ma monnaie. Je ne veux pas d’histoires. ‘Asiyo problem yami ukuthi ngibhadale ngemali yamanye amazwe’. (Ce n’est pas mon problème si j’ai payé en utilisant la monnaie étrangère)”, déclare, furieux, le passager en isiNdebele, une langue du Zimbabwe.

“Manje mina ufuna ngiyiththathe ngaphi? (Où vais-je trouver la monnaie?)”, réplique le contrôleur. “Je vous ai déjà dit que je la donnerai si je la trouve”, ajoute-t-il.

“Où devons-nous trouver de monnaie pour ce type d’argent?”, demande Hikwa, et le passager se tait.

La poche à tickets du contrôleur est remplie d’une collection de sales billets de banque – des rands sud-africains, le pula du Botswana et des dollars US – qui sont devenus la monnaie quotidienne compliquée au Zimbabwe. Faire la monnaie est devenu un casse-tête pour des opérateurs de transport public, qui n’acceptent plus le dollar zimbabwéen – presque personne ne fait la monnaie dans un pays qui bat le record mondial de l’inflation. Des historiens locaux estiment que Bulawayo a été l’un des premiers à utiliser les véhicules de 16 places appelés ‘kombis’ après que des locaux travaillant en Afrique du Sud voisine ont rapatrié ces véhicules au début des années 1990 pour créer un secteur de transport public lucratif. Le gouvernement a déréglementé le secteur des transports pour autoriser des opérateurs privés au début des années 1990, au moment où, sous la direction de la Banque mondiale, le pays a introduit des réformes économiques qui ont réduit nettement les dépenses publiques. Des responsables du secteur de l’industrie et des membres du public estiment qu’avec la libéralisation du secteur des transports, c’est le chaos sur les routes puisque les contrôleurs et les chauffeurs n’observent plus les soins et la courtoisie auxquels les banlieusards sont habitués depuis les premières années de l’indépendance du pays. Mais Temba Ncube de l’association des propriétaires des ‘kombis’, l’Association pour le transport public de Bulawayo (BUPTA), affirme que des normes on commencé simplement par se détériorer au début de la récession du pays, il y a plus d’une décennie, lorsque des opérateurs n’ont pas pu trouver des pièces de rechange pour leurs véhicules vieillissants. “Comme vous l’avez constaté, la plupart de ces véhicules ne sont pas conformes aux normes de sécurité puisque nous ne pouvons pas les entretenir à cause des coûts prohibitifs impliqués”, a déclaré Ncube à IPS.

“Mais cela ne nous a pas empêché de faire la navette de Bulawayo, puisque les banlieusards n’auraient pas d’autres moyens de voyager comme les bus de l’Etat ne sont plus disponibles”, a-t-il ajouté.

Selon les statistiques de la BUPTA, plus d’un millier de ‘kombis’ faisaient la navette sur les routes éparpillées autour des banlieues à faible et forte densité de Bulawayo en 2006, mais Ncube estime que ce nombre a été réduit du fait de l’incapacité des opérateurs à maintenir les véhicules en bon état.

Des opérateurs se battent pour maintenir les véhicules sur la route, avec des chauffeurs recourant souvent au paiement de pots-de-vin de taille pour éviter que leurs véhicules soient saisis par le Département du contrôle des véhicules.

“C’est pourquoi il y a trop de corruption, avec la police prenant des pots-de-vin afin que ces véhicules ne soient pas confisqués”, a indiqué Ncube.

Ainsi, les véhicules restent sur les routes, mais l’entretien s’est énormément détérioré. “Nous avons reçu plus qu’assez d’injures et d’abus de ces gars”, a confié à IPS, Simon Bhebhe, un passager régulier.

“Ils n’ont aucun respect pour les aînés et le langage qu’ils tiennent n’est pas celui qu’ils utiliseraient envers leurs propres parents”, se plaint Bhebhe.

En janvier 2009, la police a lancé des mesures énergétiques contre les contrôleurs à travers le pays, les accusant de harceler les clients et de facturer les frais de tickets en monnaie étrangère. Mais selon Zenzele Chuma, 24 ans, un contrôleur qui affirme avoir grandi dans ces rues après avoir abandonné l’école, la police est en train de livrer une bataille perdue d’avance. “Ce sont les passagers eux-mêmes qui ont tendance à nous stéréotyper”, a déclaré Chuma, qui travaille comme contrôleur avec Desmond Hikwa.

“Il est toujours difficile de travailler avec le public. On nous traite d’impolis seulement parce que nous refusons d’accepter les injures des passagers sans broncher. Ils disent que nous ne sommes pas éduqués lorsqu’ils se plaignent de notre comportement, et d’autres passagers veulent vraiment amener leurs bureaux dans nos véhicules où ils veulent faire les patrons pour nous”, s’est défendu Chuma. “Voyez-vous, nous sommes toujours là”, a-t-il dit pendant qu’il continuait à appeler des passagers potentiels juste au cœur du district central des affaires, une zone animée de la ville.