Q&R: ‘Aller de la bonne volonté à l’action’

LUSAKA, 18 fév (IPS) – Des efforts pour libérer des ressources fiscales pour des dépenses sociales au cours des quelques dernières années ont commencé par payer en Zambie, où le gouvernement annonce une tendance positive de réduction de la pauvreté et du développement social. Mais ce progrès n’est pas équitable.

La pauvreté a baissé de 72 pour cent en 2005 à 64 pour cent en 2008, selon l’étude sur les conditions de vie et de suivi du Bureau central des statistiques (CSO), alors que les résultats de l’Enquête de démographie et de santé de 2007 ont montré des améliorations dans tous les principaux indicateurs de santé du pays, tels que la mortalité infantile. Par conséquent, les Zambiens ont ressenti un optimisme renouvelé vers la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Toutefois, le défenseur des OMD des Nations Unies, Marsha Moyo, qui représente en Zambie 15 agences de l’ONU, y compris le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), estime que malgré le progrès réalisé dans certains cas, beaucoup plus reste à faire, notamment dans les domaines de l’égalité de genre et de l’assainissement. IPS: Vous êtes un défenseur des OMD des Nations Unies depuis près d’un an maintenant. Quels sont les défis auxquels la Zambie est confrontée dans la réalisation des objectifs des OMD?

Marsha Moyo: Le principal défi, c’est la mise en œuvre et la fourniture des systèmes, des produits et des services requis pour assurer la réussite des OMD. Les huit objectifs ont été établis pour consolider et focaliser l’attention sur les huit aspects les plus critiques et nécessaires pour le développement durable d’un pays.

La faim doit être éradiquée, chaque enfant a droit à l’éducation, les droits des femmes et l’égalité de genre sont inaliénables, les gens ont besoin et méritent une bonne santé, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement et doivent pouvoir faire du commerce et générer de revenu dans des conditions équitables. IPS: Quelques experts ont loué les efforts de politique et de planification du gouvernement, l’ONU et les partenaires à la coopération en Zambie. Mais est-ce qu’assez de choses ont été faites pour mettre en œuvre ces plans et politiques?

MM: L’ONU est mandatée pour appuyer les programmes du gouvernement. Ainsi, le gouvernement lance un programme, avec l’ONU jouant un rôle d’appui. Pendant que nous avons fait de grands progrès vers la réalisation des OMD, nous ne pouvons être satisfaits à 100 pour cent que lorsque les objectifs sont atteints. Jusque-là, la mise en œuvre est insuffisante et inadéquate. Un autre élément critique au succès est le peuple, c’est-à-dire les masses. Que ce soit les masses faisant comprendre au gouvernement de fournir des services ou que ce soit le peuple [fournissant sa part d’effort pour] soutenir les programmes du gouvernement, tels que la campagne ‘Keep Zambia Clean’ (Maintenir la Zambie propre).

IPS: Dans des écoles zambiennes, les récents résultats des examens du niveau sept ont vu un taux de réussite impressionnant des filles, alors que les garçons ont fait moins bien. Certains Zambiens ont estimé que cela est dû au soutien exagéré pour les enfants filles et ont qualifié cela de discrimination à l’envers. Êtes-vous d’accord?

MM: Les garçons n’ont pas été discriminés ou mis sur la touche. L’attention et le soutien dont bénéficient les filles aujourd’hui, c’est le même soutien que les garçons ont toujours reçu, c’est pourquoi les garçons ont dans le passé donné plus et mieux. Ce soutien n’a pas été retiré aux garçons, mais plutôt un soutien équitable a été accordé aux filles, et les résultats sont évidents. L’OMD 2 vise à assurer l’accès à l’enseignement primaire universel pour tous les enfants, garçons et filles, et le soutien accordé aux filles nous permet de fournir ce résultat.

IPS: Un récent déclenchement de choléra montre que la Zambie est confrontée à des obstacles en matière d’eau potable et d’assainissement. Pourquoi n’avons-nous pas pu régler cette question jusqu’à présent?

MM: Nous devons aller au-delà de la bonne volonté et commencer par agir. Le système de drainage actuel, par exemple, est inadéquat et insuffisant pour la croissance et la taille actuelles de la population. Et le système de réticulation de l’eau nécessite une refonte et une amélioration considérables. IPS: L’un des objectifs des OMD est d’avoir 50 pour cent des postes de prise de décisions occupés par des femmes. Cependant, la Zambie a connu une baisse du nombre de femmes membres du gouvernement. Cela est-il dû au manque d’engagement du gouvernement?

MM: Le gouvernement a récemment déclaré qu’il nommera des femmes sur mérite et non simplement sur la base d’un système de quota. Il y a beaucoup de femmes exceptionnellement qualifiées et méritantes. C’est décourageant que nos bureaux ne reflètent pas cela. L’OMD 3 [autonomisation de la femme et égalité de genre] et le système de quota indiqué par la SADC [Communauté de développement de l’Afrique australe] et l’Union africaine étaient destinés à attirer l’attention sur la disparité de genre dans les niveaux de prise de décisions. Ainsi, il est prématuré de nommer des femmes seulement sur mérite lorsque nous devons pourtant respecter les dispositions pour lesquelles nous avons apposé notre signature. La plupart des excuses pour réaliser les OMD seront attribuées à la crise financière mondiale actuelle, pourtant il ne coûte rien de réaliser l’OMD 3, juste une action sans précédent. IPS: L’autonomisation de la femme, par exemple à travers la création des opportunités génératrices de revenu, bénéficie-t-elle d’un appui suffisant du gouvernement?

MM: La plus grande partie de l’autonomisation de la femme est auto-générée. Par conséquent, les femmes sont en train de se créer des opportunités et ne comptent presque jamais sur le gouvernement. IPS: Le nombre de femmes qui meurent de causes liées à la grossesse a été réduit de 729 décès pour 100.000 naissances vivantes à 449 décès au cours des cinq dernières années. Aussi impressionnant que cela puisse paraître, ce nombre est toujours élevé. Sommes-nous en train de faire assez dans ce domaine?

MM: La mortalité maternelle est le seul OMD qui présente la disparité la plus large entre les pays développés et les pays en développement, avec l’Irlande étant l’endroit le plus sûr pour accoucher et le Niger étant le pire. La baisse de la mortalité maternelle en Zambie est impressionnante, mais nous devons continuer avec ce qui a marché pour réduire davantage ces taux, au lieu d’être contents. IPS: Quel rôle allez-vous jouer pour aider la Zambie à réaliser les OMD?

MM: Mon rôle est de continuer par sensibiliser sur l’implication et la participation de tout le monde à la réalisation des OMD. Notre succès est pour notre développement collectif et durable.