HARARE, 2 fév (IPS) – Les esprits d’une nation se sont levés lorsque Morgan Tsvangirai, leader de la section principale du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a déclaré que son parti entrerait dans un gouvernement d’union conformément aux termes négociés lors d’un sommet régional spécial.
Suite à une réunion extraordinaire de ses dirigeants à Pretoria, en Afrique du Sud, les 26 et 27 janvier, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a annoncé que les protagonistes politiques du Zimbabwe formeraient de façon urgente un gouvernement de partage du pouvoir tel que convenu initialement en septembre 2008. Tsvangirai a indiqué que la résolution n’a pas totalement satisfait aux questions que son parti a présentées aux dirigeants de la SADC avant la rencontre. Cela avait amené à s’inquiéter de ce que le MDC se retirerait de l’accord, une position que beaucoup craignent qu’elle condamnerait ce pays déchiré par des crises à demeurer au fond du gouffre.
“Fondamentalement, deux positions ont émergé après le sommet de la SADC”, a déclaré à IPS un haut responsable du MDC qui a requis l’anonymat. “Il y avait ceux qui pensaient que nous ne devrions pas entrer au gouvernement puisque les questions que nous avons soumises à la rencontre de la SADC n’étaient pas résolues. D’autres, par contre, estimaient que choisir de ne pas y entrer pourrait avoir également un impact sur notre poids sur la scène politique, notamment à la lumière de la crise actuelle que le pays traverse”. Malgré la position intransigeante du MDC au début, des signes indiquant que le parti entrerait dans le gouvernement d’union sont apparus quelques heures avant l’annonce de Tsvangirai, lorsque le parti a participé à la mise en place d’un Comité conjoint de suivi, tel que convenu le 15 septembre, l’année dernière. S’adressant aux journalistes après la rencontre du Conseil national du parti, Tsvangirai a affirmé que son parti a décidé sans équivoque d’entrer dans le gouvernement d’union. “Nous sommes catégoriques, nous entrerons dans ce gouvernement”, a-t-il dit.
“La SADC a décidé et nous devons respecter cette décision. Le 11 février, le Premier ministre et le vice-Premier ministre prêteront serment… Ce que le Conseil national a approuvé, c’est ce que la SADC a approuvé”. Mais Tsvangirai a rapidement averti que son parti a encore des différends avec le ZANU-PF. “Cet accord est un évènement marquant de notre voyage vers la démocratie, mais cela ne signifie pas que nous avons atteint notre destination – nous sommes engagés à établir un Zimbabwe démocratique sans tenir compte de la durée de cette lutte”. Il y avait eu un pessimisme grandissant au Zimbabwe à propos de l’accord jamais mis en œuvre. Après avoir accepté de travailler ensemble en septembre 2008, Tsvangirai et Robert Mugabe ne se sont pas entendus sur le contrôle des ministères clé. Des analystes ont cependant vite indiqué qu’il n’y aurait pas une transition en douceur, après que l’opposition a affirmé qu’elle “poursuivrait la lutte” qui a conduit l’accord dans une impasse pendant plus de quatre mois. “Ceci n’est que le début”, a déclaré le politologue Lovemore Madhuku. “Rappelez-vous que le MDC a encore des questions en suspens qu’il souhaite que la SADC règle. Ces questions sont toujours sans solution. Ce que cela signifie est que les prochaines semaines, après le serment, seront consacrées plus à la résolution de ces problèmes. Il est peu probable que la ZANU-PF capitule si facilement”. Madhuku a toutefois affirmé qu’il était bon que le MDC ait clairement déclaré sa position. A l’extérieur des bureaux du siège du MDC à Harare, les sympathisants du parti se sont mis à chanter et à danser lorsque leur leader est apparu. “Ceci n’est qu’une autre étape d’un processus en cours”, a indiqué le professeur Eldred Masunungure, un politologue. “Il y a un nombre de questions qui demeurent sans solution et des différends pourraient surgir par rapport à ces questions. Le défi maintenant est d’équilibrer cela en réglant la situation sur le terrain, qui nécessite une attention urgente. Le défi pour Tsvangirai est d’avoir de véritables alternatives sur la table”.

