LUSAKA, 2 fév (IPS) – Il y aura jusqu’à un million et demi d’enfants orphelins en Zambie d’ici à 2010. Privés de gardiens adultes par la pandémie du SIDA, nombre de ces enfants finiront par vivre dans les rues des grandes villes et cités de ce pays d’Afrique australe.
Le gouvernement conteste l’ampleur du problème. Selon des chiffres publiés par le Bureau central des statistiques en 2007, il y a seulement 85.000 orphelins et enfants vulnérables en Zambie. Mais le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et d’autres agences internationales d’aide humanitaire estiment le nombre à plus d’un million. Il est clair que le tissu social et économique de la Zambie a été sérieusement affaibli par la pandémie du VIH/SIDA. L’ONUSIDA estime que 1,1 million de Zambiens vivent avec le VIH/SIDA; le taux de prévalence pour la tranche d’âge de 15 à 49 ans est de 15,2 pour cent.
Et comme la pandémie se fraie un grand chemin à travers la population, le nombre des orphelins et enfants vulnérables (OEV) augmente. Ces enfants connaîtront la pauvreté, la malnutrition et la maladie, et seront invraisemblablement en train de lutter pour obtenir une éducation. Beaucoup seront exposés à la violence, la maltraitance et à l’exploitation sexuelle. En 2006, le gouvernement zambien a lancé un projet de Réhabilitation des enfants de la rue pour donner une formation professionnelle d’un an aux enfants de la rue dans des compétences telles que la menuiserie et la couture dans les trois centres situés dans la Région du cuivre, dans la province de l’est, et un dans les banlieues de Lusaka, la capitale zambienne. Ils reçoivent également un appui supplémentaire sous la forme de nourriture, d’hébergement et de vêtements.
Le projet vise uniquement les enfants garçons dans les grandes villes et cités du pays. Les filles sont obligées d’entrer dans des maisons bondées d’orphelins gérées par des organisations non gouvernementales (ONG). Le gouvernement dit que plus de 1.200 garçons ont suivi avec succès la formation professionnelle et le programme de réhabilitation. Mais à la suite de leur sortie des centres de formation, nombre de ces enfants retournent à leurs anciennes vies – demander de l’argent dans les rues – puisqu’il n’existe aucune autre assistance du gouvernement pour mettre en pratique leurs nouvelles compétences. “Le gouvernement n’a pas bien planifié les choses en termes de stratégie de fin de formation. Au cours des années, il y a beaucoup de ressources du gouvernement qui sont allées dans la réhabilitation des enfants de la rue”, affirme Godfridah Sumaili, présidente de ‘Children In Need Network’ (Réseau des enfants nécessiteux, CHIN), “mais on ne pense pas à l’endroit où les enfants iront après la formation”. Sumaili ajoute que la Zambie a besoin d’une intervention urgente, à grande échelle, pour satisfaire les besoins du nombre toujours croissant des orphelins et enfants vulnérables. Mwale Katete, un directeur de programme au ministère de la Jeunesse, du Sport et du Développement de l’Enfant, répond que le gouvernement ne peut pas être entièrement accusé du retour des enfants à leurs anciennes habitudes dans la rue après leur sortie des camps de formation. Il accuse les ONG de ne pas appuyer les efforts du gouvernement pour améliorer et renforcer les compétences des enfants à leur sortie des centres de formation. “Ignorer le problème des enfants de la rue en refusant de soutenir le gouvernement les maintiendra (les enfants de la rue) seulement dans la rue et les endurcira dans des frustrations capables de changer la société à leur âge adulte”, a confié Katete à IPS. “Les Zambiens devraient s’estimer chanceux que le problème des enfants de la rue, qui constitue un souci perpétuel dans d’autres pays, soit en train d’être efficacement pris au sérieux. Ils devraient appuyer les efforts du gouvernement”.
Pamela Chisanga, directrice exécutive de CHIN, a déclaré à IPS qu’il y a une nécessité d’écouter les voix des enfants pour rendre les institutions publiques plus sensibles à et responsables de leurs besoins et demandes. “Nous devons modifier l’approche à ce problème. Il y a une nécessité de commencer par impliquer les enfants affectés dans des programmes intrigants pour atténuer l’effet des enfants dans la rue”, a indiqué Chisanga dans un entretien. “Il y a une nécessité de créer des projets qui contribueront directement aux résultats du développement”.
Davison Mainza, un spécialiste et consultant en protection des enfants, déclare que si le programme sur la formation professionnelle vise la réussite, le gouvernement devra changer son approche et insuffler aux jeunes nouvellement formés un sens du savoir-faire indépendant et audacieux. “Le gouvernement devrait dire la vérité à ces enfants : qu’ils doivent lutter pour leur survie après la formation. Il faut constamment rappeler aux enfants qu’il n’existe aucun marché [prêt] pour leurs services. Ils doivent le créer eux-mêmes”, souligne Mainza. “Autrement, ils oublient et le produit final est ce que nous voyons maintenant – ils retournent dans les rues”.

