LIBERIA: La vie, un combat pour des ex-combattants

VOINJAMA, Libéria, 21 jan (IPS) – La vie de violence de Hajah Kamara a commencé lorsqu’elle n’était pas encore une adolescente. Après que des rebelles ont égorgé son père et sa mère enceinte dans leur maison à Voinjama, ils l’ont forcée à devenir une ‘femme’ et une combattante au sein de leur faction en guerre.

“Ils m’ont violée et tatouée”, déclare Kamara, 22 ans, indiquant les taches noires sur son bras”. “Cela me faisait mal de lutter, mais quand je me rappelle que mon père et ma mère ne vivent plus, j’avais besoin de les venger”.

Au cours de la guerre civile brutale au Libéria dans les années 1990, Kamara a plusieurs fois changé de factions rivales. Au début avec des combattants sierra léonais luttant pour Charles Taylor le long de la région frontalière, elle s’est échappée, mais est entrée plus tard dans l’Unité de lutte contre le terrorisme (Anti-Terrorism Unit) d’une violence notoire dirigée par ‘Chuckie’ – le fils de Taylor. Elle a fini par entrer dans le LURD, une milice d’opposition soutenue par la Guinée, dans le dernier combat pour la capitale libérienne Monrovia, en 2003.

“Je l’ai vue armée ici après la guerre”, affirme Eric Kolubah, superviseur du terrain au bureau de Voinjama de l’Initiative nationale pour la création de la paix des ex-combattants (National Ex-Combatant Peacebuilding Initiative – NEPI), une ONG locale travaillant pour réintégrer des anciens combattants au sein de leurs communautés. “Elle dirigeait un groupe spécial. Elle est une personne très très grande”.

Voinjama est un marché agricole central dans le comté rural de Lofa au Libéria – une journée de voyage en voiture au nord de la capitale Monrovia sur une route sale défoncée malgré la jungle tropicale dense – frontalier avec la Guinée riche en mines et avec l’est de la Sierra Leone. Pendant plus d’une décennie, des combattants soutenus par des acteurs libériens et des Etats voisins ont ravagé Voinjama.

Aujourd’hui, la ville est handicapée par un manque de projets de développement à long terme, augmentant le chômage, couvant des tensions entre deux groupes ethniques dominants, le Loma et le Mandingo. De petites quantités de riz et de légumes sont cultivés ici, et aujourd’hui des Libériens traversent facilement la frontière avec la Guinée pour y chercher des produits bon marché.

Cette ville est la troisième au Libéria où le nombre des ex-combattants est le plus élevé. La plupart des résidents et combattants ont perdu des familles et des amis, et sont psychologiquement traumatisés.

Actuellement, Kamara a deux enfants – tous portent des noms de ses parents défunts – et attend un troisième. Ils vivotent sur ses salaires de cuisinière, 30 dollars par mois, une faible rémunération pour les niveaux de vie libériens.

“Je n’ai pas de problèmes avec la communauté”, affirme-t-elle. “J’ai demandé pardon à ma parente ici, elle veut oublier le passé”.

Ces facteurs, combinés avec la menace de l’instabilité politique régionale – plus récemment le coup d’Etat militaire en Guinée le mois dernier – augmentent la vulnérabilité du comté de Lofa et le recrutement potentiel des ex-combattants appauvris.

“Les raisons d’un retour au combat les plus généralement énumérées par les ex-combattants du Libéria incluent la pauvreté et le désavantage économique, suivis d’un manque d’emplois, de profits et de formation”, selon une étude de l’Institut de paix des Etats-Unis (USIP) en septembre 2008 sur les ex-combattants à Voinjama.

“Au total 68 pour cent des personnes interrogées à Lofa ne n’accepteraient pas combattre maintenant, ni ne pourraient pas imaginer des circonstances qui les amèneraient à aller en guerre dans le futur… [Cependant], presque un tiers a répondu qu’ils pourraient concevoir quelque chose qui les conduirait à combattre encore”.

A la fin de la guerre au Libéria en 2003, un sondage des factions en conflit avait estimé initialement le nombre de combattants à environ 40.000. Toutefois, 101.000 combattants, y compris des femmes et des enfants, ont été enregistrés dans le processus de Désarmement, démobilisation, réhabilitation et réintégration (DDRR) dans les mois qui ont suivi, gratifiés de paiements en espèce pour les armes et les munitions, ainsi que d’une formation professionnelle, des kits d’outils et la promesse de travailler.

Depuis ce temps, des plaintes par rapport à la programmation du DDRR comprennent une sursaturation du marché de couturiers, de menuisiers et de mécaniciens, et des ex-combattants revendant des kits d’outils pour la nourriture.

Andrea Tamagnini, la directrice italienne de l’Unité de réintégration, de réhabilitation et de rétablissement à la Mission des Nations Unies pour le Libéria (MINUL), croit fermement qu’un emploi d’urgence à court terme, couplé avec un plan de développement national à long terme, est fondamental pour régler un conflit.

En 2006, le gouvernement libérien et la MINUL ont démarré un programme d’urgence de création d’emplois, enrôlant les communautés locales pour réparer des segments des routes du Libéria pour des salaires et de la nourriture. Actuellement, l’important dans le comté de Lofa est d’élargir l’industrie agricole.

“La preuve de l’importance [du projet de route] était une enquête interne que nous avons faite sur le recrutement illégal après les crises en Guinée en 2007”, indique Tamagnini. “Les informations provenant de Lofa faisaient état de ce que les commandants qui sont venus de Guinée – parfois des Libériens, également – pour chercher d’éventuelles recrues, ne pouvaient trouver personne parce que les gens travaillaient sur la route… Alors, c’est la preuve que si vous avez un emploi, vous n’irez pas en guerre”.

Amara Kamara, 37 ans, est un ancien général charismatique de ‘Alligator Brigade’ de la milice ULIMO qui a été formé à Cuba pour combattre les forces de Taylor dans les années 1990. Actuellement, il travaille comme le leader et conseiller de facto des ex-combattants à Voinjama.

“Je ne combattrais plus, mais d’autres personnes le feraient, ceux qui pendant 24 heures ne sont pas occupés à faire quelque chose”, affirme Kamara. “C’est pourquoi nous appelons le gouvernement libérien à créer plus d’emplois – pour que nous oublions le passé. Si je ne suis pas occupé et je suis un combattant, alors la même chose que je faisais hier, je pourrais la faire aujourd’hui”.