SANTE-AFRIQUE: Quelques signes de progrès contre le SIDA

JOHANNESBURG, 13 jan (IPS) – Le dernier rapport de l’ONUSIDA a estimé que 33 millions de personnes sur la planète vivent avec le VIH dont 22 millions en Afrique subsaharienne seule. Environ 2,7 millions nouvelles infections ont été enregistrées en 2007 à travers le monde.

Toutefois, de nouvelles données encourageantes suggèrent qu’il y a eu des avancées significatives dans la prévention de nouvelles infections dans plusieurs pays africains ayant de forts taux de prévalence.

Selon le rapport, des changements dans le comportement sexuel au Rwanda et au Zimbabwe ont conduit à une baisse du nombre de nouvelles infections, alors que les jeunes dans les pays tels que le Burkina Faso, l’Ethiopie, le Ghana, le Malawi, l’Ouganda et la Zambie attendent plus longtemps avant d’avoir des relations sexuelles.

Le nouveau slogan des activistes anti-SIDA est “connaissez votre épidémie”, ce qui signifie analyser la situation locale en termes des facteurs spécifiques entraînant l’épidémie et connaître avec précision qui est infecté puis rechercher la meilleure façon d’agir sur ces informations. Le Rwanda est classé parmi les dix pays africains les plus gravement affectés par la pandémie du VIH/SIDA. Mais, reconnaissant l’impact négatif de la maladie sur le développement, le gouvernement a fait preuve d’un engagement fort dans la prévention du VIH et dans son traitement. Parmi ses initiatives réussies, figure un effort d’impliquer les partenaires hommes dans la prévention de la transmission de la mère à l’enfant.

“Quand je jette un regard en arrière en 2004, nous avions seulement 6 pour cent de partenaires hommes accompagnant leurs épouses aux centres de santé de contrôle”, affirme Dr Anita Asiimwe, secrétaire exécutive de la Commission nationale de contrôle du SIDA au Rwanda. “Mais aujourd’hui, nous avons des chiffres atteignant 64 pour cent”.

Par conséquent, le stigmate lié au VIH/SIDA a diminué et le nombre de femmes qui visitent les centres de santé prénataux pour des consultations a augmenté. Asiimwe déclare que les femmes nourrissent de l’espoir sachant qu’elles peuvent compter sur le soutien de leurs partenaires pour contrer la maladie et ses effets. “Lorsque l’homme sait pourquoi la femme fait telle chose, alors il est capable de la protéger des autres membres de la famille ou de la société. L’homme peut s’élever et expliquer que ni moi ni ma femme n’avons décidé de ne pas allaiter, alors il n’y a pas de problèmes”. Selon les statistiques du gouvernement, le taux de prévalence du SIDA au Rwanda est passé à trois pour cent, contre sept pour cent en 2000. Presque 90 pour cent des enfants nés de mères séropositives n’ont pas le virus; une avancée considérable par rapport au taux inférieur à 40 pour cent il y a seulement deux ans. Les informations sur le Kenya ne sont pas si encourageantes. Deux études faites sur l’ensemble de la population montrent que le VIH/SIDA est en croissance. L’enquête démographique sur la santé de 2003 du Kenya –- qui est l’enquête la plus récente faite — a révélé 6,7 pour cent de prévalence du VIH/SIDA. L’Enquête sur l’indicateur du SIDA au Kenya publiée en 2008 indique que le taux de prévalence est monté à 7,8 pour cent vers la fin de l’année dernière.

Des experts de la santé affirment que la stratégie de prévention du Kenya n’a pas pu cibler efficacement des groupes spécifiques à haut risque qui semblent être en train de conduire l’épidémie. “Il n’est pas assez bon de continuer seulement par parler des CTV [tests et conseils volontaires] comme d’habitude. Nous devons commencer maintenant par regarder les individus qui appartiennent aux groupes à haut risque et être capables de cibler des stratégies favorisant la prévention sur ces groupes spécifiques; les gens qui vendent le sexe, les gens qui achètent le sexe, sans se soucier du sexe qu’ils achètent”, a confié à IPS, Omu Anzala, directeur de l’Initiative sur le vaccin contre le SIDA au Kenya. Le point central des messages de prévention passe maintenant de la sensibilisation –- plus de 90 pour cent des Kenyans sont informés du VIH/SIDA — à la concentration sur des groupes spécifiques à risque. Par exemple, les messages actuels sur le VIH/SIDA ne satisfont pas les besoins des homosexuels et des utilisateurs de stupéfiants. Anzala affirme que de nouveaux messages doivent être combinés pour s’assurer que les personnes déjà infectées et nécessitant un traitement sont mises sous la thérapie anti-rétrovirale (ARV). Malgré des efforts pour fournir un traitement et un suivi efficaces, l’émergence des souches résistantes du VIH reste un défi clé. Des tests vitaux comme les tests de la charge virale et la fonction du foie sont très chers, avec un seul test coûtant plus de 60 dollars. Pourtant sans eux, une gestion efficace du traitement anti-rétroviral est impossible. “Nous savons que ces choses méritent maintenant une attention critique pendant que nous finissons le programme et que davantage de personnes sont sous des médicaments anti-rétroviraux. En refusant de faire cela, nous sommes simplement encore en train de couver un problème qui va exploser davantage dans un futur proche”, avertit Anzala. En Afrique du Sud, les antécédents d’une prévalence extrêmement élevée du VIH augmentent la probabilité de nouvelles infections, en particulier parmi des jeunes femmes âgées de 18 à 24 ans, selon Quarraisha Abdool Karim, directeur scientifique associé au Centre pour les programmes de recherche sur le SIDA en Afrique du Sud (CAPRISA). Les relations sexuelles avec des hommes plus âgés mettent souvent les jeunes femmes dans une position vulnérable en termes de demande de relations sexuelles sans risque, ou en termes de connaissance du passé ou du statut sexuel de leurs partenaires. “Nous avons toujours une approche de forme à biscuits standardisée à la prévention — ABC (Abstinence, fidélité, condom)”, indique Quarraisha. “Nous ne discutons pas encore des effets protecteurs de la circoncision médicale des hommes. Nous ne ciblons pas notre intervention. Nous n’avons pas une couverture adéquate des interventions qui réussissent, la connaissance du statut sérologique et du risque personnel est faible”. Par contre, la prévalence du VIH en Ethiopie s’élève à 2,2 pour cent — pour les hommes. Mais selon Berhane Kelkay, une activiste éthiopienne du SIDA, le taux de prévalence pour les femmes éthiopiennes est presque au-dessus de 20 pour cent. “La raison qui fait que les femmes sont plus vulnérables est due aux mariages précoces arrangés par les familles dans plusieurs régions, aux violences telles que l’enlèvement, le viol et les excisions. L’autre raison est due également à une prostitution développée dans la plupart des villes du pays”. Kelkay vit avec le virus depuis 16 ans, et est la présidente du Réseau national des femmes séropositives, un réseau de 22 associations de femmes séropositives sur l’ensemble de l’Ethiopie.

Il y a trois ans, lorsqu’elle a commencé officiellement par organiser des campagnes contre le virus, elle était la seule femme présidente d’une association de VIH/SIDA. Aujourd’hui, toutes les associations qui sont dans le réseau sont dirigées par des femmes.

Kelkay croit qu’il y a des progrès dans la lutte contre le SIDA, mais beaucoup reste encore à faire. “Il y a en effet une réalisation grâce à notre campagne”, a indiqué Berhane. “Mais je suis loin d’être satisfaite. Les gens continuent d’être infectés par le virus. Je ne me sentirai pas vraiment satisfaite jusqu’à ce que je voie la dernière personne attrapée par le virus”.

*Eunice Wanjiru à Kigali, Joyce Mulama à Nairobi, et Michael Chebsi à Addis Abeba ont contribué à ce reportage.