ZIMBABWE: Les négociations doivent évoluer "hors de la télé"

WASHINGTON, 20 déc (IPS) – Avec des pourparlers entre le président zimbabwéen Robert Mugabe et son opposition qui n’aboutissent pas à de grandes résolutions par rapport à l’impasse politique, certains observateurs appellent à une réflexion hors de la télé, au-delà des paramètres présentés dans les négociations.

Un accord de partage du pouvoir au Zimbabwe est peu probable et il doit échouer, a déclaré un nouveau rapport publié cette semaine sur l’incertitude politique continuelle et la crise humanitaire croissante de cette nation d’Afrique australe.

Le rapport de 'International Crisis Group' (ICG), une organisation spécialisée dans la prévention et la résolution des conflits graves, a appelé à un abandon de l’Accord de politique global (GPA) signé le 11 septembre par les parties adverses, qui n’a pas encore rétabli l’ordre politique.

“Aucune nouvelle formule de partage du pouvoir…ne paraît capable de produire un résultat applicable”, indique le rapport, soulignant que les négociations sont “désespérément dans l’impasse”.

Mais le rapport estime qu’une fin non négociée à l’incertitude n’était pas réaliste. “Il existe encore une voie négociée possible qui pourrait éviter l’effondrement total du Zimbabwe. Mais elle aura besoin d’un changement radical des objectifs des négociations par les dirigeants du pays et les Etats régionaux…”, indique le rapport. “Garantir une fin au cauchemar du Zimbabwe nécessitera une approche fondamentalement nouvelle”. L’urgence de trouver une solution à l’impasse politique est aggravée par ce que le rapport a appelé une “crise humanitaire actuelle de la plus grande envergure”. Les tensions économiques ont conduit à la famine, à des conditions insalubres généralisées et à un effondrement du système de santé du Zimbabwe.

La crise s’est récemment manifestée dans un déclenchement du cholera. Plus de 1.000 personnes sont mortes de la maladie soignable et des dizaines de milliers de cas sont signalés.

“Les systèmes dans le pays, qui devraient être mis en place pour prendre soin des populations ont complètement échoué”, a déclaré mardi l’ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe, James McGee, à la Radio publique nationale. “Tous les grands hôpitaux à Harare [la capitale du Zimbabwe] ont fermé; tous. Il n’y a pas de salles d’urgence –- rien — là-bas”. Au début de ce mois, des manifestations pour dénoncer des mauvaises conditions de travail par un groupe d’agents de santé en uniforme ont été dispersées par la police anti-émeute brandissant des bâtons dans un exemple poignant de confusion violente des institutions. Le parti de Mugabe, l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), et le Mouvement pour un changement démocratique (MDC) du leader de l’opposition Morgan Tsvangirai, se sont enfermés dans une lutte pour le pouvoir, souvent violente, depuis mars, lorsque le MDC a gagné l’élection présidentielle et a obtenu la majorité des sièges au parlement. Les résultats ont été rejetés par Mugabe, qui a convoqué en juin un second tour de l’élection qui a été accablée de violences politiques –- parfois par l’Etat — et qui a proclamé Mugabe vainqueur, mais qui a été carrément rejetée par la communauté internationale. En juillet, un mémorandum d’entente entre les factions a jeté les fondements du GPA, qui a appelé à un gouvernement d’union avec Mugabe comme président et Tsvangirai Premier ministre, et un partage, mutuellement acceptable, des postes de ministres avec leurs attributions, qui doit être décidé plus tard. “L’accord stipule que le président et le Premier ministre doivent s’entendre sur les ministères que chacun doit diriger, mais ne dit pas la façon dont les différends entre eux doivent être réglés”, indique le rapport de ICG. “Le manque de dispositions détaillées sur la répartition des ministères est devenu immédiatement un problème, puisque la ZANU-PF a insisté (et continue d’insister) pour conserver les postes clé de la sécurité et l’économie”. En effet, la plupart des échecs sont liés au manque de volonté chez Mugabe d’abandonner ces pouvoirs. Mugabe et ses politiques sont largement accusés d’être responsables de la récession économique du Zimbabwe à la fin des années 1990 après une période de stabilité. Par ailleurs, Mugabe a été accusé d’utiliser les appareils des services de sécurité de l’Etat pour se lancer dans des violences politiques, y compris des violences généralisées qui ont discrédité l’élection de juin et qui continuent d’éclater à travers le pays. Abandonner le contrôle des organismes de sécurité ferait perdre à Mugabe le contrôle des structures du pouvoir au Zimbabwe. “Les affaires intérieures constituent un portefeuille vital, comme c’est lui qui contrôle la police et le processus électoral”, indique le rapport. “Le refus de Mugabe de concéder ce ministère à Tsvangirai, en même temps qu’il insiste pour contrôler la défense et les postes de la sécurité d’Etat, montre qu’il considère l’ensemble de l’appareil sécuritaire comme la garantie nécessaire pour la conservation du pouvoir par la ZANU-PF.

“Le refus de la ZANU-PF de concéder une part véritable du pouvoir a dilué lentement la crédibilité de GPA”, affirme le rapport. Puisque l’obstructionnisme de Mugabe a rendu le GPA inutile, ICG propose un nouveau système qui écarterait à la fois Mugabe et Tsvangirai du gouvernement en attendant.

“L’idée principale est d’installer une administration de transition, dirigée par des experts non partisans, dans laquelle ni Mugabe, ni Tsvangirai n’aurait un poste”, suggère le rapport. “Elle serait mandatée pour mettre en œuvre des réformes politiques et économiques importantes afin de stabiliser l’économie et préparer de nouvelles élections présidentielles dans un intervalle de 18 mois”. Dans le plan proposé, Mugabe se retirerait et les postes de président, de Premier ministre ainsi que les postes ministériels resteraient vides pendant toute la période de transition. Le chef de “l’administration de transition non partisane” temporaire pourrait provenir du secteur privé, de la société civile ou d’un organisme international, et ne serait pas éligible à un poste supérieur quelconque dans le gouvernement après que l’administration aura transféré l’autorité au gouvernement élu. Les recommandations du rapport suggèrent également que l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki soit remplacé en tant que négociateur, pour une absence perceptible de neutralité. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine (UA) se chargeraient de nommer un négociateur. L’implication internationale au Zimbabwe a été plutôt irrégulière, et le rapport appelle à des rôles plus concrets, y compris des missions spéciales de l’ONU, de la SADC, et de l’UA pour “aider le gouvernement de transition et suivre de près la coopération”. Le rapport estime également que l’autorité de transition pourra faire appel aux pays frères de la SADC pour déployer des troupes au Zimbabwe afin de “promouvoir la stabilité”.