POLITIQUE-RD CONGO: Des négociations au bord de l’échec

NAIROBI, 13 déc (IPS) – Les rebelles sont pointés du doigt pour les progrès lents dans des pourparlers visant à mettre fin aux combats dans la région orientale de la République démocratique du Congo (RDC).

Les négociations entre le gouvernement et les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), ont été ouvertes le 8 décembre à Nairobi, mais il ressort que les exigences des rebelles selon lesquelles les pourparlers se concentrent sur la situation dans tout le pays plus tôt que sur le conflit dans l’est, constituent la raison pour laquelle il n’y a pas eu d’avancée significative dans les discussions en cours dans la capitale du Kenya. ‘’Premièrement, le CNDP continue d’exiger des discussions sur ce qu’il perçoit comme les défis auxquels tout le pays est confronté, non pas seulement sur le conflit en cours et l’urgence humanitaire dans l’est de la RDC’’, a déclaré aux journalistes, Olusegun Obasanjo, l’envoyé spécial des Nations Unies et président des pourparlers, le 10 décembre. Ce qui constitue un problème pour Obasanjo dont le mandat le limite à se concentrer uniquement sur le conflit dans la partie orientale du pays. Les rebelles seraient également en train d’entraver les pourparlers en raison du processus de leur prise de décision. ‘’Deuxièmement, le progrès a été plus lent que souhaité parce que les pouvoirs donnés à la délégation du CNDP par sa direction apparaissent comme avoir strictement limité sa capacité à prendre des décisions sur des questions préoccupantes sans recourir continuellement à sa direction au Nord-Kivu’’, a souligné Obasanjo. Un official de l’ONU, qui est proche des pourparlers, a indiqué à IPS dans l’anonymat que les négociations étaient en train de s’effriter, décrivant l’action des rebelles comme ‘’pas claire’’. Toutefois, Obasanjo a affirmé qu’il pouvait engager le leadership des deux parties -– des rebelles et du gouvernement, de même que l’Union africaine et l’ONU à tracer une voie dans l’intérêt d’une paix durable en RDC. Il devait envoyer une délégation à Goma, la capitale régionale, pour avoir un dialogue avec Laurent Nkunda, le chef du CNDP. De récents combats entre les parties belligérantes ont éclaté en août, et ont vu quelque 250.000 personnes de la province du Nord-Kivu partir de leurs maisons. Environ 1.000 personnes ont été tuées, selon l’ONU. Un cessez-le-feu unilatéral déclaré le 29 octobre par les rebelles, n’a pas été efficace dans les zones rurales où des combats persistent et où la population court un grand risque, indique un rapport publié le 11 décembre par ‘Human Rights Watch’, un observateur international des droits. ‘’Les rebelles de Nkunda et d’autres groupes armés doivent cesser immédiatement toutes les attaques contre des civils, le viol des femmes et des filles, et la destruction des camps pour personnes déplacées. Les auteurs de ces atrocités doivent être arrêtés et tenus pour responsables’’, souligne le rapport. Pris par la peur d’être attaqués, beaucoup de gens s’enfuient des camps et squattent dans l’enceinte des églises et des écoles, rendant difficile aux agences humanitaires d’établir le chiffre exact de ceux qui sont déplacés, déclare Michael Arunga, conseiller pour l’Afrique de ‘World Vision's Emergency Communications’. Il existe un besoin urgent d’une assistance humanitaire, en particulier des bâches en plastique et de la nourriture. ‘’Nous étions allés à Shasha (environ 38 kilomètres au sud-ouest de Goma) et avions pu distribuer des bâches en plastique. Initialement, des fibres de bananes avaient été utilisées pour construire des camps et ceci n’était plus utile maintenant qu’il pleut, et sans des camps appropriés, il y a une grande probabilité de maladies telles que le rhume et la grippe, face auxquelles les enfants sont vulnérables’’, a ajouté Arunga. Face à une situation sécuritaire fragile, il y a des appels demandant à l’Union européenne d’envoyer des troupes pour renforcer la force actuelle de maintien de la paix des Nations Unies, de 17.000 hommes, qui est incapable de protéger des civils face aux risques des attaques futures. Les négociations arrivent un mois après un sommet de chefs d’Etat de la région des Grands Lacs, réuni également à Nairobi, et les parties belligérantes avaient été exhortées à cesser toutes attaques pendant que les derniers pourparlers progressent.