ECONOMIE: La crise mondiale devrait sonner le glas de la doctrine du laisser-faire

LE CAP, 4 nov (IPS) – La vraie question qui se pose par rapport à la crise financière mondiale est de savoir si “elle va s'approfondir suffisamment pour que les grandes économies se rendent compte que le marché devrait être contrôlé plus. La philosophie du laisser-faire a simplement échoué”.

Tel est le point de vue de Sampie Terreblanche, professeur émérite d'économie à l'Université de Stellenbosch en Afrique du Sud, s'exprimant lors d'un débat public sur la crise au Cap. Le débat a été organisé par le Centre pour la résolution des conflits, une organisation qui fait la promotion du règlement des conflits en Afrique à travers la formation et la recherche.

Terreblanche, qui est l'auteur de “A History of Inequality in South Africa 1652-2002” (Une Histoire des inégalités en Afrique du Sud 1652-2002), considère que la crise est très sérieuse. Il ne fait aucun doute qu'elle va persister au cours des deux années à venir. “Comme conséquence du laisser-faire, l'inégalité au sein des pays et entre le Nord riche et le Sud pauvre s'est accrue”, a ajouté Terreblanche. “L'économie a besoin d'être guidée et ne doit pas être laissée à elle-même”. Selon la doctrine du laisser-faire, qui signifie “laisser tranquille” en français, une économie fonctionne plus “efficacement” sans aucune intervention du gouvernement. Alors des inquiétudes subsistent par rapport à la stabilité financière et à l'inflation, il semble jusque-là que les pays africains survivront à la crise financière mieux que d'autres. L'Afrique espère un taux de croissance moyen de six pour cent en 2009. Toutefois, le chaos affectera les pays qui dépendent de l'exportation des marchandises et des ressources naturelles “Au cours des années passées et jusqu'à une date récente, les pays producteurs de pétrole comme le Nigeria et l'Angola ont prospéré en raison de la flambée des prix du pétrole”, a déclaré Jorge Maia de la Coopération pour le développement industriel (IDC) au cours du débat, le 30 octobre.

La situation est restée comme cela “jusqu'à une date récente” en raison de la chute significative des prix du pétrole brut résultant du chaos financier mondial. L'IDC est une institution de développement appartenant à l'Etat sud-africain, qui finance des entreprises et vise à contribuer à une croissance économique durable et à l'autonomisation économique. Les prix du pétrole brut ont chuté de 60 pour cent au cours du troisième trimestre de l'année 2008, passant de 147 dollars le baril à environ 60 dollars trois mois plus tard. “Les pays qui dépendent des exportations de pétrole comme le Nigeria et l'Angola en ressentent les effets puisque cet état de choses signifie une baisse de revenu”, a poursuivi Maia.

Avec une production de 1,9 million de barils par jour, l'Angola a récemment remplacé le Nigeria comme le premier pays producteur de pétrole en Afrique. Depuis 2006, le Nigeria a vu sa production pétrolière de 2,5 millions de barils par jour chuter de 25 pour cent. Cette baisse est, entre autres facteurs, la conséquence des attaques perpétrées par des militants dans le Delta du Niger. Maia a confié à IPS que l'Afrique du Sud, l'économie la plus robuste du continent africain, dépend largement de l'exportation de marchandises et éprouve aussi, par conséquent, des difficultés en raison du chaos financier. Le secteur économique clé touché est l'industrie minière, qui contribue pour six pour cent au produit intérieur brut (PIB) annuel de l'Afrique du Sud. Les plus importantes marchandises d'exportation sont le minerai de fer, le charbon, le platine et l'or. “Ces quatre produits constituent 75 pour cent de l'assiette d'exportation minière de l'Afrique du Sud et la valeur de tous, à l'exception du premier, a baissé — le platine en particulier”, a indiqué Maia. Les chiffres récents sur l'industrie minière montrent que le prix du platine a chuté de 21 pour cent au cours du mois d'octobre 2008. Depuis mars 2008, lorsque le platine a atteint son prix record de 2.308,80 dollars l'once, la valeur de ce métal précieux a chuté de 65 pour cent. Ceci constitue un problème pour l'Afrique du Sud qui possède 80 pour cent des réserves mondiales de platine.

Maia a insisté sur le fait que la crise financière n'est pas la seule cause du ralentissement de l'industrie minière de l'Afrique du Sud. Les entreprises minières ont dû réduire leur production puisque, au cours de la première moitié de l'année 2008, l'Afrique du Sud a été frappée par une crise énergétique. ESKOM, le producteur d'électricité du pays n'était plus en mesure de satisfaire la demande nationale en énergie. En dehors de l'industrie minière sud-africaine, le secteur de la construction, l'industrie manufacturière et de détail sont aussi sous pression du fait de la crise mondiale du crédit. La monnaie a été aussi touchée. “Le rand sud-africain est très vulnérable actuellement. En dehors de la couronne islandaise, c'est la monnaie qui a subi la plus forte dépréciation depuis que la crise du crédit a frappé le monde”, a souligné Maia. Tout ceci, combiné avec un pessimisme croissant au sujet de l'économie, peut aboutir à un ralentissement de la croissance économique de l'Afrique du Sud. Une croissance globale de 3,4 pour cent est escomptée pour l'année 2008, alors qu'au début de l'année, elle était escomptée à cinq pour cent. En 2009, la croissance en Afrique du Sud sera autour de 2,5 pour cent, a estimé Maia. Le ralentissement de la plus grande économie d'Afrique aura un impact sur le reste du continent. “Lorsque l'Afrique du Sud a des problèmes, le reste de l'Afrique a des problèmes”, a-t-il expliqué. En dépit de la gravité du chaos, certains pays pourraient en fait profiter de la baisse des prix des marchandises, a remarqué Maia. “Pendant que les pays exportateurs souffrent, les régions qui dépendent de l'importation des ressources naturelles telles que le pétrole tirent profit de ces événements simplement parce que les produits tels que le pétrole sont devenus moins chers”.

L'Afrique ne se porte pas mal non plus comparativement à l'Amérique du Nord et à l'Europe. Selon la Perspective économique du Fonds monétaire international pour l'année 2009, il est prévu que l'économie africaine dans son ensemble connaîtra une croissance de six pour cent l'année prochaine. “L'économie américaine, d'autre part, se retrouve à peine en dessous du point zéro”.

L'Afrique se porte mieux car elle continue de bénéficier des investissements en provenance de Chine. Selon la Banque mondiale, le montant de l'investissement direct de la Chine en Afrique a atteint 1,18 milliard de dollars à la mi-2006.