COMMERCE-AFRIQUE: Cultiver des bananes pour combattre la pauvreté et la faim

MOMBASA, 16 oct (IPS) – Sans doute l'un des fruits les plus populaires du monde, les bananes sont mal commercialisées en tant que culture commerciale à valeur ajoutée en Afrique. Mais cette situation est sur le point de changer puisqu'un plan est en train d'être conçu pour transformer la manière dont l'Afrique produit et vent les bananes.

Une conférence de cinq jours organisée par l'Institut international pour l'agriculture tropicale (IITA) et 'Biodiversity International', mettant l'accent sur la recherche sur la banane et le plantain à travers l'Afrique, s'est déroulée la semaine dernière dans la seconde ville la plus grande du Kenya, Mombasa. La conférence, qui a pris fin le 10 octobre, a connu la participation de plus de 400 délégués, notamment des producteurs de bananes, des acheteurs, des scientifiques, des officiels du gouvernement, des organisations de donateurs et des décideurs. Ils devraient développer un plan de dix ans pour transformer la production de bananes en Afrique. Ce plan devrait aborder des thèmes tels que les coopératives agricoles; la transformation et la valeur ajoutée; et des systèmes de semences. Des variétés de féculents de bananes et de plantains constituent un aliment de base en Afrique où la plupart des produits agricoles sont vendus sur le marché local. En raison des contraintes de marketing, une très petite quantité est exportée. Des bananes fournissent des revenus, des emplois et l'alimentation pour de petits agriculteurs. Le directeur général de l'IITA, Peter Hartmann, a déclaré que la conférence se tenait dans le contexte d'une crise alimentaire mondiale. Ceci constitue une opportunité pour l'Afrique de contribuer au système alimentaire mondial à travers des alternatives aux céréales, notamment la banane, des légumineuses, des ignames et du manioc. Ils constituent certaines des cultures variées produites en Afrique. "Nous devons accepter cette peine et la transformer en un résultat positif", a indiqué Hartmann à la conférence, ajoutant que "ce que signifie cette crise est que le système alimentaire actuel, qui nous a servi très bien pendant des décennies, est en train d'atteindre sa limite optimale. Je ne vois pas un monde sans pauvreté. Toutefois, nous pouvons réduire les niveaux de l'extrême pauvreté. Les bananes ne la résoudront pas, mais peuvent y contribuer considérablement". Citant la Zambie, le Cameroun et le Ghana comme des exemples de régions avec divers systèmes d'emblavure alimentaires, Hartmann a dit qu'il est peu probable que ces pays souffrent de la famine. La banane était une culture importante dans ces régions. Bien que les bananes rapportent presque cinq milliards de dollars par an, seuls 13 pour cent de la production mondiale d'environ 104 millions de tonnes sont commercialisés, indiquant un potentiel pour l'Afrique d'augmenter la commercialisation des bananes. L'Afrique de l'est est l'une des régions les plus vastes de production et de consommation de bananes dans le monde, avec l'Ouganda qui est le second principal producteur mondial après l'Inde. "Des agriculteurs africains produisent un volume et une variété incroyables de bananes, pourtant, seul un petit pourcentage des bananes commercialisées dans le monde provient de l'Afrique", a affirmé Steffen Abele, un économiste à l'IITA. "Le défi est de déterminer comment l'Afrique peut revendiquer une portion plus grande de ce marché de manière à mettre de l'argent dans les poches des petits agriculteurs du continent". Les participants à la conférence ont souligné que les bananes et les plantains sont des cultures importantes avec un grand potentiel pour changer les moyens de subsistance en Afrique à travers de meilleures méthodes de commercialisation, des techniques de gestion et la valeur ajoutée. Le manque de marchés, la valeur ajoutée limitée et des pertes de post-moisson élevées sont certains facteurs clés qui ont empêché l'Afrique de produire le maximum de ses bananes et plantains. L'eau et l'alimentation du sol constituent également de fortes restrictions sur la production de la banane à travers le continent. Certaines des conclusions de la recherche présentées au cours des sessions thématiques à la conférence sur la banane de 2008 ont révélé un manque de capitaux, des moyens de transport inadéquats, des taxes et des prix inconstants. Ces problèmes limitent de façon significative la capacité des petits agriculteurs à bénéficier de la croissance du commerce transfrontalier de bananes entre les pays comme le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo. Des scientifiques et agriculteurs qui ont pris part à la conférence ont discuté également de nouvelles méthodes de production et des techniques agricoles biologiques, qui aideront les petits agriculteurs à venir à bout des menaces actuelles et émergentes à la production, notamment des maladies des plantes, des sols pauvres et le changement climatique. Au nombre des défis les plus sérieux de la production de bananes en Afrique, figurent les maladies qui provoquent des pertes de rendement à hauteur de 50 pour cent. 'Banana xanthomonas wilt' attaque toutes les variétés de bananes, causant des pertes annuelles de plus de 500 millions de dollars à travers la région d'Afrique orientale et centrale. Un réseau mondial de planteurs est en train de développer de nouvelles variétés de bananes pour des agriculteurs africains, qui peuvent offrir de la résistance à la maladie et des rendements plus élevés tout en satisfaisant aux préférences des consommateurs. "La notion selon laquelle les bananes sont une source importante de richesse encore inexploitée pour les Africains a réellement touché la corde sensible", a déclaré Thomas Dubois de l'IITA et président du comité d'organisation de la conférence. Des discussions ont également mis l'accent sur comment l'investissement dans la transformation de la banane peut réellement accroître les opportunités de revenus pour les producteurs de bananes. En Afrique, des produits fabriqués à partir des bananes et des bananiers comprennent de la bière, du vin, du jus, de l'alcool, des dessous-de-plat, des sacs à main, des enveloppes, des cartes postales, de la farine, de la soupe et des céréales. "La gamme incroyable d'expertise et des idées partagées ici à Mombasa indique qu'il existe un grand engagement pour changer la manière dont les bananes sont produites et commercialisées en Afrique", a déclaré Richard Markham, directeur de 'Commodities for Livelihoods Programme' à 'Biodiversity International'. "Nous sommes confiants que nous sortirons de cette conférence avec un plan d'action de 10 ans qui permettra aux producteurs de bananes en Afrique d'utiliser leur culture non seulement comme un moyen de nourrir leurs familles, mais aussi pour sortir de la pauvreté".