DURBAN, 16 sep (IPS) – Des femmes d'affaires sud-africaines ont accueilli le Protocole sur le genre et le développement de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) signé récemment, mais sont sceptiques quant à sa capacité à réaliser réellement une meilleure égalité de genre dans les affaires et le commerce.
Le Protocole sur le genre et le développement signé à Johannesburg par des chefs d'Etat de la région de la SADC à la fin-août est destiné à assurer des droits égaux pour les femmes sur un grand nombre de questions, notamment la réforme constitutionnelle et juridique, la gouvernance, l'éducation, les ressources productives, la violence basée sur le genre, la santé, la construction de la paix et la résolution des conflits. Il vise également à s'assurer que les femmes ont un accès égal à la terre et participent de la même manière au commerce et à l'entreprenariat, y compris l'accès aux opportunités des marchés publics. "Nous espérons que, puisque les questions de genre ont été présentées à un forum si important et ont été signées par d'importants protagonistes, ce protocole se traduira par une différence réelle pour les femmes entrepreneurs", déclare Yvette Montalbano, directrice générale de l'Association des femmes d'affaires d'Afrique du Sud (BWASA). Parce que les femmes représentent la majorité des pauvres, des sans-emploi et des dépossédés en Afrique australe, la signature de ce protocole a été décrite par des experts de genre comme une démarche opportune et importante pour égaliser les opportunités dans la région. Un rapport spécial de 2005 sur les femmes entrepreneurs, réalisé par le ministère national du Commerce et l'Industrie (DTI) et le 'South African Women's Entrepreneur Network (Réseau des femmes entrepreneurs sud-africaines, SAWEN) a découvert que 42 pour cent des femmes sud-africaines gagnent seulement entre un round et 750 rounds (0,13 dollar et 95 dollars) par mois parce qu'elles sont impliquées dans des occupations de bas niveau. Une étude réalisée par la Commission sud-africaine sur l'égalité de genre a trouvé que 80 pour cent des femmes employées travaillent comme main-d'œuvre spécialisée, tandis que 20 pour cent des femmes sont calées dans une gestion junior. "Il est grand temps d'agir. L'Afrique du Sud n'a pas encore assez de femmes possédant des entreprises", affirme Nditsheni Maanda, directrice de formation et des médias à l'Institut Nisaa pour le développement des femmes. "Des femmes entrepreneurs continuent d'être considérées comme présentant un risque et discriminées à cause de leur genre". En Afrique du Sud, les hommes ont presque deux fois plus de chance d'être impliqués dans l'entreprenariat que les femmes, selon l'étude du DTI. Le plus grand obstacle pour les femmes entrepreneurs demeure l'accès égal au capital.
"Les femmes ont encore plus de difficultés que les hommes à obtenir du financement pour leurs affaires", explique Maanda. "L'accès au capital est de loin la plus grande pierre d'achoppement, bien que des statistiques montrent que les femmes présentent en réalité moins de risque (que les hommes) parce qu'elles remboursent plus constamment les dettes". Mais plusieurs femmes qui essayent de créer une entreprise reculent au premier obstacle — obtenir le financement — et soit doivent compter sur des épargnes personnelles pour monter leur affaire, soit disent au revoir à cette idée. Les quelques femmes d'affaires sud-africaines, qui arrivent à dégager l'obstacle financier, continuent de faire face à plusieurs défis. Une fois dans les affaires, elles doivent lutter contre l'injustice et la discrimination constantes lorsqu'elles essaient de faire concurrence avec des hommes. "Avoir une chance égale pour percer sur des marchés demeure une grande barrière pour les femmes", déclare Montalbano. A part l'accès au capital, les femmes ont besoin de capacités techniques et de management avancées de même que d'une protection juridique pour bénéficier des objectifs d'égalité et des meilleures opportunités que le protocole pourrait apporter une fois mis en œuvre. Il doit également y avoir plus de reconnaissance du double rôle que les femmes jouent dans leurs maisons et leurs lieux de travail. "Nous devons encourager les femmes à être indépendantes, et pour y parvenir, il est nécessaire que les femmes aient un meilleur accès à l'éducation", explique Maanda. "Ainsi l'objectif d'éducation du protocole est essentiellement la pierre d'achoppement de ce protocole, la clé à l'autonomisation des femmes". Les 23 objectifs du Protocole sur le genre sont le résultat d'un processus qui a commencé avec l'audit de la Déclaration de la SADC sur le genre et le développement en 2005 et son annexe sur la Prévention et l'éradication de la violence basée sur le genre. "Jusqu'ici, la transformation de genre se produit trop lentement, mais nous sommes très optimistes que la mise en œuvre du protocole se traduira par des changements opérationnels pour des femmes d'affaires sur le terrain", souligne Montalbano. Mais pour le moment, des organisations comme la BWASA demeurent prudemment optimistes; le protocole exige encore la ratification par les deux tiers des Etats membres de la SADC avant d'entrer en vigueur. Maanda estime que la clé est une mise en œuvre rapide et efficace du Protocole sur le genre et le développement de la SADC pour qu'il puisse apporter le changement. "Le protocole ne doit pas rester juste un bout de papier. S'il est mis en œuvre correctement, il renforcera et rendra autonomes beaucoup de femmes dans la région", croit-elle. "Mais nous devons commencer la mise en œuvre tout de suite si nous voulons atteindre les objectifs d'ici à 2015". Un facteur clé à la mise en œuvre fructueuse est une collaboration étroite entre les ministères du gouvernement et les organisations de la société civile, affirme Maanda. "Nous échouons souvent lorsqu'il s'agit de la mise en œuvre des politiques parce que le gouvernement et la société civile sont divisés et ne coopèrent pas". Par ailleurs, les gouvernements doivent fixer des délais spécifiques pour réaliser ces objectifs retenus dans le protocole, suivis d'une surveillance et d'une évaluation efficaces, dit-elle. "Nous devrons tous nous en approprier si nous voulons que cela arrive". Puisque le protocole doit encore être ratifié, ces délais et ces stratégies de surveillance doivent encore être mis en place.

