Q&R: Trouver de nouveaux moyens pour atteindre les agriculteurs

PRETORIA, 29 août (IPS) – Lorsque les apiculteurs du centre et de l'est de l'Ouganda ont reçu des bons pour aller sur Internet dans des cybercafés, leur préoccupation la plus répandue était de savoir comment soigner les piqûres d'abeilles. Un fournisseur local d'informations agricoles a répondu en Baganda, la langue locale.

Au Kenya, des entrepreneurs horticoles et des chercheurs ont fait pression sur le ministère de l'Agriculture pour qu'il actualise une disposition de la Loi sur les pesticides. Ceci a permis à une société locale de commercialiser un paquet d'insecticides aux exportateurs de produits de grande valeur, tels que les haricots verts, le maïs pour bébé et les fleurs commerciales, et de se conformer aux exigences de l'Union européenne interdisant les résidus de pesticides. En Tanzanie, où les ânes constituent le moyen de transport le moins coûteux, un magazine de bandes dessinées explique comment améliorer leur performance en prenant bien soin d'eux. La solution ici est l'information adaptée aux paysans et aux décideurs, demandée et livrée à travers une variété de canaux, des ordinateurs aux bandes dessinées, et basée sur la recherche sur les ressources naturelles, financée par le Département du développement international du Royaume-Uni (DFID). Trouver des moyens créatifs de partager les informations agricoles à une grande échelle est le but du programme Application de la Recherche (RIU) dans le cadre de la Stratégie du DFID pour la recherche sur l'agriculture durable. Le RIU s'écarte de la génération de nouvelles connaissances pour rechercher les moyens par lesquels la connaissance peut être appliquée, et ce faisant, réduit la pauvreté. Depuis 2006, le RIU travaille dans les régions ayant les niveaux les plus élevés de pauvreté — l'Asie du sud et l'Afrique subsaharienne. Le Malawi, le Nigeria, le Rwanda, la Sierra Leone, la Tanzanie et la Zambie sont sur le point de mettre en place des programmes RIU. Cette année, le RIU cherche à financer des initiatives pour vulgariser la recherche sur les ressources naturelles dans 10 autres pays africains. Dans sa quête de nouvelles initiatives, il recherche en particulier des projets qui font usage de nouvelles technologies de la communication, telles que les jeux éducatifs, les partenariats public/privé. Le reporter de IPS Mercedes Sayagues s'est entretenu avec Frances Kimmins, directeur de la Politique et du partenariat du RIU, et gestionnaire du Fonds d'incitation à l'innovation qui a lancé des appels à propositions. IPS: Pourquoi la recherche n'atteint-elle pas les communautés paysannes?

Frances Kimmons (FK) : C'est essentiellement dû à la faible circulation de l'information entre ceux qui génèrent les connaissances et ceux qui ont besoin de les utiliser. Les raisons sont, entre autres, la faiblesse des infrastructures dans les zones rurales, l'inadéquation des services financiers et commerciaux, la modicité des incitations accordées aux chercheurs pour organiser et vulgariser leurs résultats de façon informelle, les faibles motivations des producteurs, notamment ceux qui sont basés dans des environnements à risque, à investir dans de nouvelles technologies, et le manque d'incitations financières pour les entreprises afin qu'elles s'investissent dans les communautés rurales. En outre, la recherche est demeurée sur une échelle limitée. Vous avez de la chance si vous atteignez 100 agriculteurs. Le DFID veut atteindre des milliers de paysans qui vivent en dehors des centres urbains, sans routes et sans télécommunications. IPS: N'est-ce pas là le rôle des agents de développement rural?

FK: Les investissements du gouvernement et des donateurs dans la vulgarisation agricole ont baissé au cours de ces 20 dernières années, en faveur de la gouvernance et du développement social. Il s'agit là d'un schéma de financement mondial, à l'exception de l'Amérique latine, en particulier le Brésil — et il en récolte les bénéfices. IPS: En quoi les nouvelles technologies de la communication peuvent-elles être utiles?

FK: En rendant l'acquisition des connaissances amusante et pertinente. Voici l'aspect passionnant : la création de nouveaux modèles de vulgarisation agricole en utilisant de nouvelles technologies de la communication. Amener l'information aux apiculteurs ougandais par Internet est moins coûteux que d'utiliser les agents de développement rural traditionnels et on peut atteindre un plus grand nombre. Les gens, qui ont des liens avec des universités et des institutions de recherche, peuvent devenir des fournisseurs d'informations aux paysans : on les appelle les info-médiaires, ou les courtiers du savoir. Au Kenya, nous avons engagé les décideurs de façon démocratique. Voici un nouveau domaine à explorer : de quels types d'informations agricoles les députés ont-ils besoin pour prendre des décisions qui peuvent affecter des millions de gens? IPS: Quelles sont les plates-formes établies récemment par le RIU au Malawi pour le coton, les pêcheries et les légumineuses?

FK: Une plate-forme rassemble tous les acteurs d'une filière : producteurs et acheteurs, transformateurs et détaillants, chercheurs et gouvernement. Par exemple, le coton est une culture onéreuse, vulnérable aux maladies et aux insectes nuisibles. Les paysans doivent savoir quand il faut le traiter, et même plus important, quand il ne faut pas le traiter. Une utilisation judicieuse des produits chimiques permettra aux paysans d'économiser de l'argent. La plate-forme peut aussi offrir aux paysans l'opportunité et les connaissances requises pour passer à l'agriculture biologique, en les mettant en contact avec les marchés et les acheteurs, avec les innovations dans la filière coton au Malawi et dans le monde. IPS: La flambée des prix des produits alimentaires va-t-elle offrir une opportunité aux paysans africains?

FK: A court terme, elle est utile. Mais les prix des produits alimentaires sont volatiles — qui sait ce qu'ils seront dans 12 mois? Ce dont l'Afrique subsaharienne a besoin, c'est une plus grande appropriation de la production alimentaire et une plus grande maîtrise de sa sécurité alimentaire. Ceci doit devenir un objectif majeur de la politique. IPS: Quelle est votre position sur les cultures génétiquement modifiées?

FK: Nous n'avons pas encore d'exigences pour cela. Je vais faire une analyse au cas par cas. Le processus de modification génétique des cultures n'est pas trop différent de ce que les paysans font depuis des siècles. Cela pourrait être un outil extrêmement important pour obtenir des cultures qui résistent à la sécheresse. Cela pourrait aussi désorganiser les systèmes de semence. Tout dépend de comment on l'organise. La priorité pour les pays africains doit être de concevoir des protocoles de biosécurité. IPS: Comment allez-vous gérer les besoins spécifiques des femmes paysannes?

FK: Dans les champs et en dehors des champs, les femmes contribuent énormément à l'agriculture. Néanmoins, il est difficile d'entendre leurs voix. Nous accordons la priorité aux projets qui ciblent des femmes paysannes. IPS: Pourquoi consacrez-vous le tiers de votre budget au suivi et à l'apprentissage?

FK: Les chercheurs ne passent pas suffisamment de temps à apprendre, à noter ce qui marche et ce qui ne marche pas. Nous voulons mettre un accent particulier sur les leçons basées sur des preuves dans le cadre de ce programme.