DEVELOPPEMENT-SOMALIE: Trouver de l'eau à Mogadiscio

MOGADISCIO, 26 août (IPS) – Tuyaux, réservoirs et usines de traitement de l'eau dans le sud et le centre de la Somalie ont subi un vandalisme très poussé durant des années depuis la chute du régime de Siad Barre en 1991. Avec l'absence prolongée d'une autorité centrale, les habitants de Mogadiscio ont conçu leurs propres réseaux informels de distribution d'eau, mais il existe des limites.

Le quartier de Bimalow, l'une des quelques poches encore peuplées de la commune de Hawlwadag située au sud de Mogadiscio, la capitale, est alimenté par un puits. Tous les tuyaux publics ont été pillés et, de ce fait, comme dans le cas d'autres puits privés de la ville, les gérants du puits de Bimalow ont posé la majeure partie des tuyaux. Les ménages plus nantis de la zone achètent des tuyaux supplémentaires pour brancher leurs maisons. L'eau est pompée d'un puits dans des réservoirs perchés sur des structures qui supplantent le quartier, et la gravité fait le reste. La famille de Amina Mohammed, qui compte sept membres, est l'une des plus chanceuses qui a un semblant d'eau courante dans sa maison, mais elle affirme que le service n'est ni idéal ni régulier. “Nous avons l'eau de huit heures le matin à 13 heures dans l'après-midi, mais le problème est que l'eau vient directement du puits dans notre maison sans subir aucun traitement et est vraiment impropre à la boisson”, a confié Mohammed à IPS. “Il arrive parfois que la pompe au niveau du puits tombe en panne et nous sommes obligés de recourir à l'eau transportée par des ânes, qui est moins hygiénique que l'eau de robinet”.

“L'eau transportée par des ânes” dont elle parle est l'eau du même puits, mais livrée aux ménages par des chariots tractés par des ânes sur lesquels sont posés des barils de 200 litres — juste assez pour maintenir une famille de huit membres à Bimalow pour un ou deux jours. L'eau transportée par les chariots tractés par des ânes est considérée comme moins hygiéniques en raison de l'état de malpropreté des barils et des conteneurs utilisés par les conducteurs des ânes pour transférer l'eau du baril au réservoir d'eau de la famille. Des médecins disent que des épidémies chroniques de choléra figurent parmi les effets néfastes de l'utilisation de l'eau non traitée par les habitants de la ville. Il existe un certain nombre d'usines de purification de l'eau qui approvisionnent en eau purifiée potable ceux qui peuvent s'offrir ce luxe. Nombre de ces usines de purification et de mise en bouteille, y compris la plus grande, l'Usine d'eau de Saafi, ont été fermées en raison de l'insécurité qui prévaut à Mogadiscio. Néanmoins, il y a quelques usines toujours fonctionnelles dans les quartiers relativement stables mais avec des populations éparses de la capitale côtière en agitation, qui produisent des bouteilles de 20 litres vendus à environ 50 cents la bouteille — ce qui n'est qu'à la portée d'une petite minorité à Mogadiscio. Personne ne connaît les normes de pureté auxquelles cette eau est conforme, puisqu'il n'y a aucune agence de régulation fonctionnelle en Somalie.

Khalid Jamal, gérant du puits de Bimalow, déclare que son puits approvisionne environ 137 ménages en eau courante. Quatre chariots tractés par des ânes amènent l'eau au reste du quartier et au-delà. Il affirme que quelques familles continuent d'utiliser des bidons pour venir puiser de l'eau dans le puits. La plupart des puits de Mogadiscio sont la propriété d'hommes d'affaires locaux qui fournissent l'eau aux quartiers environnants pour gagner de l'argent.

Le prix de l'eau à Mogadiscio varie d'une zone à une autre. Plus le quartier est grand, moins chère l'eau coûte. Le prix varie de 17.000 shillings somaliens le baril de 200 litres et peut atteindre 30.000 shillings somaliens le baril — soit à peu près un dollar. Le prix de l'eau a plus que doublé depuis le début de l'année. Yusuf Elmi observe que les vendeurs d'eau expliquent l'augmentation par rapport au prix du carburant, mais note qu'il est rare que le prix baisse lorsque le carburant devient moins cher. “Ma famille de huit membres dépendait de l'eau puisée dans des bidons de 20 litres portées sur la tête par ma femme et nos filles, mais nous avons commencé à utiliser l'eau apportée à dos d'ânes puisque nous vivons bien loin du puits. Notre problème fondamental n'est pas la qualité de l'eau, mais son prix élevé en raison de la flambée du prix du carburant”. Elmi indique que sa famille utilise 200 litres par jour pour tous les besoins de la famille : la boisson, la cuisson des aliments, la lessive, tout. Mais il ajoute qu'il y a relativement un nombre réduit de chariots traînés par des ânes qui desservent tout le quartier, ce qui fait qu'il est difficile d'obtenir de l'eau régulièrement. D'habitude, les familles ont un fournisseur régulier qui leur livre l'eau une fois par jour ou une fois tous les deux jours. Chacun des conducteurs d'ânes approvisionne des douzaines de ménages. Les conducteurs disent qu'ils ne gagnent pas beaucoup, puisque la différence, entre ce qu'ils paient pour un baril d'eau et le prix auquel ils le vendent, est très petite. Elmi a indiqué que lorsque sa famille est à court d'eau, comme plusieurs autres à Bimalow, ils font recours à leurs voisins plus chanceux qui ont de l'eau courante. “Je consacre le tiers du budget de la famille à l'eau, mais ce n'est toujours pas suffisant”, a déclaré Elmi à IPS.

Le petit réseau d'eau de Bimalow est reproduit partout à Mogadiscio.