POLITIQUE-ANGOLA: Des programmes ambitieux pour la participation des femmes

LUANDA, 25 août (IPS) – Environ un tiers des candidats aux futures élections législatives en Angola sont des femmes, grâce à un nouveau quota imposé par le gouvernement. La règle des 30 pour cent a été conçue pour amener plus de femme dans le parlement du pays, mais à mesure que la campagne évolue, les femmes continuent d'être en marge de la politique angolaise.

Elles sont à peine visibles lors des rassemblements et avec quelques-unes seulement occupant de hautes responsabilités dans des partis. Et selon la sociologue et spécialiste des questions de genre, Henda Ducados, il y a risque que l'introduction d'un quota si élevé produise des effets inverses. “Ceci est très progressiste et le gouvernement s'efforce d'accroître le nombre de femmes au parlement, mais je pense que le plus grand défi sera de savoir si la quantité va rimer avec la qualité”, a-t-elle expliqué. “Lorsque vous introduisez ces nombreuses nouvelles candidates sur la liste, vous obtiendrez des gens qui ne connaissent pas du tout la procédure et qui peuvent manquer d'expérience”.

Mais elle a salué le gouvernement pour ses efforts visant à impliquer des femmes et a déclaré que le pays avait également un programme impressionnant d'égalité de genre, même s'il doit toujours être ratifié. Elle a indiqué que le ministère de la Promotion des Femmes et de la Famille faisait du bon travail. Cependant, Ducados a ajouté que la vraie difficulté à impliquer les femmes dans la politique angolaise surgirait au niveau municipal et local.

Actuellement, les politiciens locaux ne sont pas élus, mais après les élections législatives de septembre — la première en 16 ans — et le scrutin présidentiel prévu pour 2009, il y a un espoir pour des élections municipales. Ducados croit que si les femmes peuvent se faire élire par les populations à la base pour servir au niveau local, alors il y aura une grande différence. Clarisse Kaputu, une candidate de l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) — un parti de l'opposition –, estime que les choses changent lentement pour les femmes politiques en Angola. “Nous commençons à changer les choses”, a-t-elle indiqué. “Durant plusieurs année de guerre, les militaires étaient aux commandes, tout était militarisé, et les hommes étaient très nombreux aux commandes”.

“Pendant longtemps, les hommes ont travaillé alors que les femmes sont restées à la maison pour s'occuper des travaux domestiques. Très peu d'importance était accordée aux femmes. Et pendant la guerre, les femmes avaient peu de chance d'aller à l'école”.

“Mais toujours pendant cette période, les femmes ont commencé à réfléchir à ce qu'elles pouvaient faire pour arrêter la guerre et elles ont commencé à parler de paix”, dit-elle.

“Les mères ont vu leurs fils participer à la guerre et n'ont pas vu certains revenir à la maison et ceux qui sont revenus étaient traumatisés et mutilés. Et cette situation a ému les femmes au point de les amener à initier des choses pour ramener la paix”.

Kaputu même faisait partie de ce mouvement pour la paix dans le cadre de l'ONG angolaise Femmes et Paix. Elle a déclaré : “Les femmes participent plus parce qu'elles savent qu'elles doivent se battre pour le maintien de la paix. L'Angola abrite beaucoup de femmes qui vivent ici, plus de femmes que d'hommes, et les femmes influencent beaucoup la communication au sein des communautés et les opinions des gens”. “Je pense que les hommes sont prêts pour commencer à écouter les femmes. Je pense que ce pays est prêt pour la participation des femmes”, selon Kaputu.

“La guerre était un mauvais souvenir et personne ne veut qu'elle se répète. L'Angola et la société ne veulent pas reprendre la guerre”.

Kaputu a cité la santé et l'éducation comme les principales questions sur lesquelles les femmes électrices attendent des actions. Elle a dit que le fort taux de mortalité maternelle et infantile était d'une grande préoccupations, en même temps que le taux élevé de mortalité due au paludisme ainsi que le manque d'information et de sensibilisation sur le SIDA.

Sur l'éducation, elle a souligné : “C'est fondamental. Beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école à cause du manque d'écoles et d'argent, ceci constitue une grande préoccupation pour les mères”.

“Souvent, vos enfants finissent l'enseignement secondaire et ils n'ont aucune chance d'aller à l'université et ils ne peuvent pas obtenir du travail. Et lorsqu'ils ne trouvent pas du travail, ils deviennent un lourd fardeau pour leurs familles car sans éducation et sans travail, ils ne peuvent rien faire”.

Toutefois, par rapport aux élections du mois prochain, les femmes continuent de briller par leur absence aux événements de la campagne.

Le MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola) au pouvoir a aussi sa propre section des femmes — l'OMA (Organisation des femmes angolaises). Sa dirigeante Luzia Ingles est occupée à sillonner le pays pour parler aux femmes fidèles au parti. Mais dans l'ensemble, la campagne tend à être dominée par les hommes, souvent alimentée par la bière et une ambiance de fête exubérante. La campagne officielle a été lancée au début de ce mois et la circulation est régulièrement bloquée au passage à une vitesse lente des cortèges de jeunes gens sur des motocyclettes ou dans des 'cadongueiros' (les minibus taxis locaux), klaxonnant et agitant des drapeaux. Il n'est peut-être pas surprenant qu'il y ait peu de femmes impliquées dans de tels tapages.

“Qui a du temps pour ce genre de choses?”, demande Ducados. “Les femmes ont du travail et dans le cas contraire, de petits enfants sur lesquels il faut veiller. Je pense que c'est là une raison pour laquelle ces événements tendent à être dominés par de jeunes gens au cours de la journée”.