ZIMBABWE: Pas de joie tant que les négociations s'éternisent

BULAWAYO, 18 août (IPS) – Le dernier sommet de la SADC n'a pas réussi, ce week-end à Johannesburg, à arracher un accord entre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai sur le partage du pouvoir exécutif au Zimbabwe. Toutefois, le président sud-africain Thabo Mbeki s'est engagé à poursuivre sa médiation pour obtenir un accord.

Comme les négociations tripartites au Zimbabwe s'éternisaient la semaine dernière, les citoyens de ce pays d'Afrique australe n'apprenaient rien des progrès réalisés. La frustration gagnait de plus en plus les rues car la prolongation des négociations pourrait aussi signifier des difficultés en perspective puisque l'économie continue sa chute libre. Pour le commun des Zimbabwéens, les négociations entre les deux factions du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) et l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) constituent le seul espoir pour un nouveau départ après les élections contestées de mars et de juin de cette année. Des semaines après la signature du Protocole d'accord fixant les conditions des négociations, l'accord de partage du pouvoir reste difficile à atteindre. Les négociations ont été ajournées le 12 août puisque trois jours de négociations directes entre les dirigeants des trois parties n'ont pas permis d'aboutir à un accord significatif. Le point de discorde était de savoir qui, de la ZANU-PF de Mugabe et de l'opposant de longue date du MDC, Tsvangirai, aura le plus de pouvoir dans le nouveau gouvernement de transition. Tsvangirai, Mugabe et Arthur Mutambara, qui dirige une plus petite faction du MDC, étaient tous présents au sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à Johannesburg, où le président Mbeki a présenté un rapport sur ses efforts de médiation aux chefs d'Etat de la région. L'économie zimbabwéenne a connu un déclin rapide, les prix des produits de première nécessité ayant quintuplé en quelques jours seulement. Timothy Xaba, un enseignant âgé de 42 ans, a vu l'économie du pays descendre à son plus bas niveau sans pouvoir rien faire. Avec l'érosion de ses maigres revenus par la récession, il a le sentiment que la prolongation des négociations ne présage rien de bon pour le pays. “Nous avons assez attendu pour qu'on en finisse avec les difficultés économiques. Mais tant que ces négociations s'éterniseront, cela voudra simplement dire que le pire reste à venir”, a déclaré Xaba, faisant écho des sentiments de beaucoup de gens qui survivent ici avec moins de un dollar US par jour. “Aller au travail est devenu une perte de temps car nous ne savons toujours pas de quoi discutent les politiciens ou si ces négociations vont améliorer nos vies”, a dit Xaba qui enseigne depuis plus de 20 ans. Il est l'un des nombreux professionnels qui ont été appauvris par plusieurs années de mauvaise gestion économique après que des politiques gouvernementales controversées ont dépouillé le pays de la majeure partie de sa richesse au cours de la dernière décennie. La récession qui sévit dans le pays est la pire que le monde ait jamais connue, et les autorités l'attribuent à ce que Mugabe appelle les sanctions illégales des Etats-Unis et de l'Union européenne. Gugulethu Ndiweni, une ménagère âgée de 37 ans, a confié à IPS que s'il est vrai qu'elle n'a pas réussi à comprendre les luttes pour le pouvoir en jeu dans les négociations qui empêchent le Zimbabwe d'avoir un parlement depuis des mois, elle croît que le fait qu'un accord n'ait pas été trouvé signifierait simplement que des difficultés restent à venir. “Depuis que nous avons voté en mars, la vie devient de plus en plus difficile. Et si ces hommes (les leaders politiques) ne parviennent pas rapidement à un accord, la vie pour nous ne fera que se compliquer”, a dit Ndiweni à IPS. “Je n'ai pas les moyens d'acheter des produits de première nécessité comme le pain ou la viande pour mes enfants ni les moyens de les envoyer à l'école. Notre seul espoir est que la résolution rapide de la crise rendra la vie plus facile à nos enfants”.

Deux semaines auparavant, les prix des produits de première nécessité sur le marché parallèle illégal ont flambé comme la monnaie locale a considérablement chuté par rapport aux principales devises. La semaine dernière, le billet vert américain pourrait s'échanger contre 500 milliards de dollars zimbabwéens — contre 300 milliards il y a deux semaines –, ce qui montre plus clairement que l'économie enregistre une chute rapide pendant que les leaders politiques du pays s'efforcent de parvenir à un règlement. Hayes Mabweazara, un universitaire zimbabwéen à l'Ecole de journalisme de l'Université nationale des sciences et technologies, a déclaré que les problèmes, qui ont conduit à l'impasse dans les négociations, évoluent parallèlement à la crise économique, ajoutant que cette situation est susceptible d'amener la crise économique à imploser davantage. “La crise politique a toujours été liée à l'économie, et de ce fait, si aucun accord n'est trouvé dans les meilleurs délais sur les principaux problèmes posés par toutes les parties aux négociations, alors les Zimbabwéens ne peuvent que regarder et prier puisque les choses se compliquent”, a indiqué Mabweazara à IPS. “Il est vrai que dans toute négociation, il faut être préparé à faire quelques concessions, mais la crise au Zimbabwe semble être très complexe dans la mesure où les pères fondateurs du pays pensent que les opposants du MDC veulent retourner le pays aux Blancs”, a-t-il ajouté. “Ce qui a compliqué la situation pour les Zimbabwéens est qu'ils ne savent pas de quoi parlent les parties prenantes en raison du black-out médiatique imposé aux équipes en négociations. Mais c'est le sort du peuple qui est en train d'être discuté et, de ce fait, le peuple devrait avoir le droit de savoir ce qui se passe”. Mais ici, les gens s'impatientent de plus en plus comme le témoigne le grand nombre de personnes dans les rues de Bulawayo (sud du pays) qui cherchent à quitter le pays pour devenir des réfugiés économiques dans des pays voisins. “Personne ne veut rester ici. Les gens s'en vont en grands nombres parce que les négociations ne leur donnent aucun espoir”, a déclaré Mabweazara à IPS. Selon des responsables gouvernementaux du Botwana voisin — dont le président, Ian Khama a boycotté le sommet de la SADC pour protester contre la participation de Mugabe –, des centaines de Zimbabwéens continuent de traverser clandestinement la frontière pour se rendre dans ce pays tous les jours en quête d'emplois subalternes. La situation n'est pas plus reluisante au poste frontalier de Beit Bridge avec l'Afrique du Sud, où des responsables du service de l'immigration rapportent que des milliers de jeunes gens continuent de braver le fleuve Limpopo infesté de crocodiles — une frontière naturelle entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud — fuyant la pauvreté chez eux. Pour l'enseignant Xaba, il pourrait se surprendre en train de faire le même voyage si l'impasse perdure. “J'en ai assez. Je suis marié et j'ai une famille à nourrir, mais j'ai été suffisamment tenté de partir”, a-t-il confié à IPS.