ENVIRONNEMENT-AFRIQUE: Lien souvent ignoré entre l'échec agricole et le changement climatique

LE CAP, 25 juil (IPS) – Le changement climatique a un effet intense sur la sécurité alimentaire en Afrique, puisque les températures croissantes et les modèles de pluie changeants réduisent l'accès à l'alimentation à travers le continent.

C'est ce qui a filtré d'une conférence sur le réchauffement de la planète et le changement climatique, qui s’est déroulée au Cap, en Afrique du Sud, entre le 21 et le 24 juillet. La discussion a été organisée par la Fondation Fynbos d'Afrique du Sud, qui vise à réaliser des investissements dans les secteurs des médias, de l’édition, des arts et de la culture, et par la Fondation Nieman pour le journalisme, à l'Université de Harvard, aux Etats-Unis. Le rapport entre le changement climatique et la sécurité alimentaire est complexe. Plusieurs facteurs influencent la sécurité alimentaire, ce qui signifie que souvent "le lien ne s'établit même pas entre l'échec des cultures et les modèles climatiques changeants", a déclaré à la conférence, Gina Ziervogel, chercheuse principale au Groupe d'analyse des systèmes climatiques à l'Université du Cap. Au cours de la dernière décennie, Ziervogel a conduit des recherches approfondies sur les personnes et l'environnement en Afrique australe. Le changement climatique affecte les systèmes agroalimentaires africains au sens le plus large du terme : "Il affecte la disponibilité, l'accès et l'utilisation des vivres", a-t-elle expliqué. "Des modèles climatiques changeants ou des événements climatiques extrêmes, tels que les inondations ou les sécheresses, peuvent avoir des conséquences négatives pour la production agricole. Par conséquent, des gens ont moins accès aux vivres, ce qui les oblige à acheter des produits alimentaires. Ceci affecte leur situation financière. "Cela influence également leur santé puisque les gens achètent souvent des aliments bon marché qui sont généralement moins nourrissants. Spécialement pour ceux qui ont besoin d'un régime nutritif — les malades chroniques, par exemple — ceci pose un problème", a indiqué Ziervogel.

La hausse des températures ainsi que le changement dans les précipitations et dans la fréquence des périodes climatiques extrêmes menacent également les systèmes agroalimentaires africains, a-t-elle poursuivi.

Les changements dans les précipitations "ne concernent pas seulement la hausse ou la baisse de la pluviométrie. Les saisons pluvieuses qui commencent plus tard ou plus tôt que d'habitude ou des périodes de pluie soudaines qui frappent une région lorsqu'elle est supposée être sèche, ont un impact plus grand sur l'échec des cultures qu'une saison pluvieuse plus humide qui commence à temps". Un autre scénario, où les effets du changement climatique sur la vulnérabilité des systèmes agroalimentaires deviennent visibles, est là où des terres arables ont disparu. Ceci se produit à cause de la baisse des niveaux de la nappe phréatique et de la montée des niveaux marins. Cela peut entraîner l'aridité du sol ou la montée des niveaux de la solution saline. "Cela réduit la convenance de la terre à la culture des produits agricoles", a soutenu Ziervogel.

De tels changements exigent des agriculteurs de changer leurs pratiques agricoles. Le sorgho, par exemple, résiste plus à la chaleur et par conséquent fait mieux que le maïs dans des endroits où la pluviométrie baisse. "Toutefois, la question est de savoir si les communautés, qui sont habituées et ont une préférence pour le maïs, passeront au sorgho ou à un autre produit de base plus convenable", a-t-elle souligné. Une autre conséquence du changement climatique qui affecte la sécurité alimentaire en Afrique est la fréquence croissante des événements climatiques extrêmes tels que les inondations, les sécheresses, la grêle et les vagues de chaleur. Ceux-ci peuvent être néfastes aux cultures. "Il y a deux ans, j'étais au Lesotho en décembre. Une période de gel soudaine a détruit une grande partie de la récolte de maïs du pays", a déclaré Ziervogel aux délégués. "Ceci est inhabituel en été". En plus d'endommager directement les cultures, les événements climatologiques extrêmes peuvent abîmer des infrastructures telles que les routes : "Ceci peut empêcher les gens d'acheter et de vendre les vivres sur les marchés et, par conséquent, mine également la sécurité alimentaire". Le changement climatique conduit également à l'invasion des insectes nuisibles qui affaiblissent davantage les systèmes agroalimentaires. "Le changement climatique provoque l'éruption d'insectes nuisibles comme la sauterelle du désert", a indiqué à la conférence, le professeur Onesmo ole-MoiYoi du Centre international de la physiologie et de l'écologie des insectes. Ce centre, qui a son siège à Nairobi, au Kenya, vise à réduire la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire et améliorer la santé dans les tropiques en développant des outils de gestion contre des insectes nuisibles. "En cas d'invasion, les sauterelles sont capables de détruire les cultures. J'ai vu une invasion de sauterelles. Elles mangent tout ce qu'elles peuvent trouver, en quelques jours". Malgré l'effet désastreux des sauterelles sur la sécurité alimentaire en Afrique, le monde n'a pas encore pris des mesures. "Ceci, parce que les invasions interviennent seulement tous les sept ans ou à peu près. Mais cette fréquence pourrait changer dans le futur." Le changement climatique affecte non seulement la culture des produits agricoles, a affirmé Ziervogel, mais l'industrie de la pêche est également menacée. "Les réserves de poissons dans les grands lacs à travers l'Afrique sont en train de baisser — non seulement à cause de la sur-pêche, mais (aussi) en raison de la baisse des niveaux d'eau, du fait de l'évaporation résultant de la hausse des températures".