ENVIRONNEMENT-AFRIQUE DU SUD: Les agriculteurs du Cap-Occidental attendent l'imprévu

LE CAP, 23 juil (IPS) – La région du Cap-Occidental attire des millions de touristes qui viennent dans cette partie d'Afrique du Sud pour jouir de sa célèbre Montagne de la table et de ses plages, et pour savourer certains des meilleurs vins et fruits décidus du monde. Mais les changements dans le climat de la région pourraient menacer ces industries.

Le tourisme et les industries agricoles sont les principaux pourvoyeurs d'emplois dans un pays où le taux du chômage varie entre 20 et 40 pour cent, en fonction de la mesure. Selon 'Statistics South Africa', les fermes du Cap-Occidental emploient 25 pour cent de tous les fermiers du pays. Selon des chercheurs, le climat dans le Cap-Occidental est déjà devenu imprévisible. Les dix dernières années ont vu une réduction des intervalles entre les sécheresses et les inondations. La hausse des températures crée de problèmes aux producteurs de fruits, et des pénuries d'eau prévues sont une source d'inquiétude. Dans le but de donner aux agriculteurs et aux autres parties prenantes en Afrique une variété d'alternatives pour les aider à se préparer pour l'avenir, le Programme d'adaptation au changement climatique pour l'Afrique a recruté une équipe multidisciplinaire de chercheurs pour développer divers modèles et stratégies. L'équipe comprend des économistes agricoles, des météorologues et des agriculteurs. Le projet est financé par le Centre de recherches pour le développement international basé au Canada. Au nombre des partenaires, figurent les universités du Cap, du Free State (l'Etat libre) et du KwaZulu-Natal, de même que le Programme des Nations Unies pour l'environnement et le 'International Research Institute for Climate and Society' basé aux Etats-Unis. Daan Louw, professeur au département d'économie agricole de l'Université du Free State, donne une explication simplifiée : "Nous sommes en train de construire des modèles économiques en utilisant les informations hydrologiques et météorologiques en provenance de nos partenaires. Avec ces informations, nous pouvons, par exemple, prévoir la manière dont la pluviométrie coulera et comment elle influencera les niveaux des barrages, et nous pouvons prévoir l'effet des changements de température sur les cultures. Nous travaillons sur les stratégies d'adaptation qui prendront en compte les coûts, les bénéfices et les risques liés au changement climatique". Dans la première phase du projet, l'accent a été mis sur le Bassin versant de la rivière Berg, où un barrage est en train d'être construit pour gérer la demande en eau. Les stratégies développées à travers ce programme seront mises en œuvre par la l'Agence de gestion du bassin versant de la rivière Berg.

Une hausse de température a déjà eu un effet sur certaines cultures. "En raison du climat plus chaud, nous avons vu l'éclosion des bourgeons sur les orangers intervenir plus tôt", déclare Peter Johnston, un chercheur du Groupe d'analyse des systèmes climatiques à l'Université du Cap. Le débourrement précoce peut avoir des effets dévastateurs pour les fermiers si les bourgeons vulnérables sont exposés à la maladie ou si le temps froid ou glacial frappe et détruit les cultures. Selon Johnston, la pluviométrie dans le Cap-Occidental a baissé entre 10 pour cent et 20 pour cent au cours des 30 dernières années, et ceci a conduit à une hausse de température. "Le fruit décidu a besoin du climat froid dans lequel 'se reposer'. S'il ne fait pas assez froid, cela pourrait conduire à une baisse de la production", affirme Louw. "Une stratégie d'adaptation prendra en compte quelles cultures sont moins sensibles à la chaleur. Cela pourrait signifier que d'autres cultures sont plantées ou que de nouveaux cultivars doivent être développés. Nous avons déjà vu de nouveaux cultivars de figuiers. Les figuiers que nous avons actuellement sont beaucoup différents de ceux que plusieurs ménages avaient dans leurs arrière-cours, il y a des années". Dans le cadre du projet, d'intenses recherches sont en cours sur les manières de conserver l'eau. Certains agriculteurs emploient déjà des méthodes agricoles qui font un usage optimal de cette ressource rare. "Tandis que les agriculteurs dans le passé brûlaient leurs champs de chaume, maintenant, ils répandent la matière restante sur le sol pour le paillis. Ceci garde l'humidité dans le sol. Il y a également un passage du labour excédentaire au labour minimum. Ceci entraîne une meilleure qualité du sol, qui nécessite moins d'engrais", explique Louw. Johnston ajoute que si le changement climatique apporte vraiment des pénuries d'eau, les parties prenantes devront réfléchir sur la manière dont les ressources en eau disponibles seront divisées et partagées. "Si par exemple, il est clair que le secteur industriel a plus de potentiel pour créer des opportunités d'emplois que le secteur agricole, des décisions devront être prises au sujet d'une distribution plus équitable de l'eau", dit-il. Il y a des préoccupations selon lesquelles les nouveaux agriculteurs, qui ont reçu des terres à travers le programme de restitution des terres d'Afrique du Sud — qui vise à transférer au moins 30 pour cent des terres agricoles aux personnes précédemment défavorisées d'ici à 2015 — peuvent être gravement touchés par le changement climatique. Comme cela apparaît, le programme de restitution des terres a souvent échoué parce que les bénéficiaires n'ont pas souvent les compétences pour faire l'agriculture avec succès. Le gouvernement sud-africain a été critiqué pour n'avoir pas aidé ces nouveaux agriculteurs à acquérir les compétences nécessaires. Selon Louw, la recherche aidera aussi ces nouveaux agriculteurs. "Les nouveaux agriculteurs sont très vulnérables. Non seulement ils manquent souvent de compétences, mais aussi ils n'ont pas les capitaux d'investissement. On doit les amener à bord et leur fournir les connaissances générées par la recherche pour qu'ils soient équipés pour tout scénario éventuel. Ils doivent planifier leurs activités agricoles de telle sorte qu'elles puissent s'adapter à tout changement causé par le changement climatique", souligne Louw. Abraham van Santen, un fermier dans le Swartland (une partie du Cap-Occidental), a déclaré à IPS qu'il a vu des périodes plus sèches au cours de ces quelques dernières années. "Cette année, les oranges de ma ferme, sans aucune raison, se sont juste éclatées aux trois quarts du parcours de leur stade de développement. Cela pourrait être à cause du climat étrangement chaud que nous avons eu". Il ajoute qu'il y a eu un accroissement des cycles du climat chaud au cours de la dernière décennie. "Dans le passé, des cycles de climat chaud étaient rapidement suivis des cycles plus froids. Toutefois, nous avons vu trois à quatre périodes chaudes se suivant rapidement les unes les autres. Il y a également une diminution de la pluie dans la région de Swartland".