LE CAP, 23 juil (IPS) – L'opposition du Sénégal aux sanctions des Nations Unies contre le Zimbabwe rapproche le gouvernement d'Abdoulaye Wade et celui d'Afrique du Sud. Ceci devrait stimuler les relations bilatérales des deux pays, qui se sont apparemment améliorées à la suite d'un traité de commerce bilatéral.
Wade a déclaré au sommet du G8 qui s'est tenu récemment au Japon, qu'il ne pensait pas que les sanctions changeraient quoique ce soit pour les Africains. En se positionnant contre les sanctions, il a manifesté sa solidarité avec l'Afrique du Sud, la plus importante économie de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), et divers autres Etats africains. Ce développement suit de près la conclusion d'un récent traité de commerce bilatéral entre l'Afrique du Sud et le Sénégal.
Les relations entre les deux pays semblent s'améliorer après des tensions, lorsque Wade avait soumis son propre Plan Omega alors que le président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, menait son 'Millennium African Plan', le précurseur du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).
Le NEPAD a été adopté, après négociations avec Wade, pour incorporer des parties du plan Oméga. Cependant depuis, Wade est devenu de plus en plus désenchanté par l'initiative. On l'a enregistré comme ayant déclaré que le NEPAD “n'a pas construit un kilomètre de route en Afrique”, une critique qui aurait énervé Mbeki.
“Le soutien de Wade à (Robert) Mugabe (du Zimbabwe) fait partie de la vieille école de pensée selon laquelle les pays africains sont solidaires les uns envers les autres”, a expliqué à IPS, Willie Breytenbach, professeur de sciences politiques à l'Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud.
Il a ajouté que les sanctions imposées par les Etats africains contre l'un d'entre eux “devraient être simplement symboliques (comme) le commerce entre pays d'Afrique est négligeable”.
Un des changements positifs et récents pour intensifier le commerce régional, est la signature, en avril dernier, d'un traité de commerce bilatéral entre l'Afrique du Sud et le Sénégal pour une coopération binationale.
Le traité se focalise, entre autres, sur les domaines suivants : agriculture, arts et culture, défense, environnement et tourisme, minerais et énergie, transport, commerce et industrie, autonomisation des femmes, des questions sur la jeunesse et les communications.
Actuellement, l'Afrique du Sud est de loin le plus dominant des deux partenaires commerciaux. L'année dernière, l'Afrique du Sud a exporté des biens d'une valeur de 405 millions de rand (33,8 millions d'euros) au Sénégal alors que les importations en provenance du Sénégal ont totalisé une valeur d'un peu plus de trois millions de rand (250.000 euros).
Ronnie Mamoepa, porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, a déclaré à IPS que l'Afrique du Sud était prête à consolider ses relations bilatérales avec tous les pays du continent africain. Toutefois, certains analystes pensent que cet accord particulier n'est pas vraiment basé sur des profits économiques, mais plutôt sur le renforcement des liens politiques. “Mon sentiment est que cet accord est guidé par la politique extérieure”, pas seulement sur la politique commerciale, déclare Peter Draper, chercheur à l'Institut sud-africain des affaires internationales, rattaché à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud.
Une coopération politique plus proche a de sens. Breytenbach souligne que les deux pays sont puissants dans leur propre région. L'Afrique du Sud est le principal Etat dans la SADC alors que le Sénégal est le plus important acteur en Afrique francophone de l'ouest.
Malgré les différences de leurs principes politiques, le Sénégal et l'Afrique du Sud sont des membres fondateurs du NEPAD, une initiative de l'Union africaine (UA) visant à promouvoir le progrès du continent.
Aucun signe de tension n'a été remarqué à la session d'inauguration de la commission binationale. Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, ministre sud-africain des Affaires étrangères, a déclaré que certains des plus grands défis auxquels est confronté le continent sont la pauvreté, la maladie, le sous-développement et le changement climatique. Elle a renchéri sur l'importance des technologies de l'information et des communication et félicité Wade pour l'initiative dont il a fait preuve en faisant la promotion du Fonds mondial de solidarité numérique.
Ce fonds a pour but de réduire l'écart digital entre le Nord et le Sud, pour ouvrir ainsi de plus grandes opportunités aux Africains. Certains des principaux objectifs sont de promouvoir la paix, le développement durable, la démocratie et la transparence. Cheikh Tidiane Gadio, ministre sénégalais des Affaires étrangères, a déclaré en réponse que son pays avait complètement soutenu l'engagement entrepris au cours du Sommet des chefs d'Etat de l'UA en Ethiopie en 2007, pour soutenir l'Afrique du Sud dans l'accueil de la Coupe du monde de football en 2010.
Gadio a mis l'accent sur des similitudes dans l'histoire des deux pays pour souligner que leur coopération mutuelle sera d'un grand bénéfice pour l'Afrique. “Je pense sincèrement que le Sénégal et l'Afrique du Sud peuvent être une équipe rêvée pour ce continent”, a-t-il affirmé.
Se référant aux questions culturelles, Gadio a indiqué que d'importants sites héritages mondiaux localisés dans les deux pays — L'île de Robben (Island) en Afrique du Sud et l'île sénégalaise de Gorée — devraient être protégés. Robben Island est une ancienne prison qui détenait ceux qui avaient résisté au colonialisme et à l'apartheid. Elle a conquis la notoriété internationale au moment où l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, et d'autres militants y avaient été détenus par le régime d'apartheid d'Afrique du Sud.
L'île de Gorée, située sur la côte de Dakar, la capitale sénégalaise, est tristement célèbre pour avoir été un point de regroupement et de transfert durant la traite d'esclaves. En 1987, au plus fort de l'apartheid, un groupe de rebelles, composé d'éminents journalistes, artistes, acteurs et de dirigeants industriels blancs sud-africains avaient rencontré à Dakar des membres du Congrès national africain (ANC) de Mandela — déclaré illégal à l'époque. Mbeki faisait partie du groupe du côté de l'ANC qui avait rencontré, entre autres, le poète, auteur et peintre sud-africain Breyten Breytenbach et l'ancien politicien de l'opposition et penseur libéral, Dr Frederik Van Zyl Slabbert.
La rencontre avait conduit au lancement de l'Institut de Gorée — non gouvernemental — par l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, qui avait été dirigé par Breytenbach, Slabbert, l'activiste nigérian des droits de l'Homme, Ayo Obe et d'autres.

