BULAWAYO, 19 juil (IPS) – Les affaires n'ont jamais été aussi mauvaises, a déclaré Nomathemba Nkomo, une femme commerçante âgée de 37 ans à Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, située dans le sud du pays.
Il y a quelques années, cette femme a fait des projections pour son commerce. Augmenter le nombre des membres du personnel était un indice qu'elle utilisait comme indicateur de succès. Elle voulait créer de l'emploi pour des bacheliers à un moment où l'économie en difficulté du pays ne pouvait pas les absorber dans le secteur formel. Des économistes indépendants estiment que l'économie zimbabwéenne s'est rétrécie à hauteur de 70 pour cent depuis 2000 lorsque les partisans du président Robert Mugabe se sont lancés dans l'expropriation violente des fermes commerciales qui appartenaient aux Blancs. "Je gère deux éventaires de marché aux puces dans ce qui était l'un des sites commerciaux les plus lucratifs de la ville. Mais c'est devenu de plus en plus difficile de garder la tête hors de l'eau. J'ai dû demander à certaines des jeunes femmes qui travaillaient pour moi de rester à la maison", a déclaré Nkomo à IPS. Tout en se battant, elle demeure l'une des quelques femmes qui ont pu persévérer pendant ces moments éprouvants, traverser même les frontières pour apporter des biens des pays voisins. "Certains ont fermé complètement boutique, comme vous pouvez le constater, certains des éventaires sont stockés avec seulement quelques articles vestimentaires. Les gens ne peuvent plus s'en sortir", a affirmé Nkomo. Tabeth Muronza (33 ans) doit se lever tôt chaque jour et marcher environ 10 kilomètres pour aller à un marché de légumes. La crise actuelle aggrave le travail quotidien, la laissant fatiguée. La mère de deux enfants, visiblement fatiguée, a avoué à IPS : "J'ai maintenant appris par moi-même à m'attendre à ce que chaque jour soit pire que le jour précédent". Dans cette ville de plus de deux millions de personnes, elle fait partie des nombreuses femmes qui vendent des légumes. Son point de vente est à l'extérieur d'un hall de bière locale. Le prix d'une tomate va jusqu'à dix milliards de dollars zimbabwéens (environ 0,25 euros). Muronza achète ses marchandises des marchés de légumes dans le centre-ville. Peu de ces marchés sont restés après que les fermiers blancs ont fui les vétérans de la guerre de libération du pays, au plus fort des invasions des fermes. Les terres autrefois productives sont maintenant en jachère dans la plupart des parties australes du pays, plongeant la vie des vendeurs comme Muronza dans des difficultés accrues, avec aucune source de revenu. Dans le passé, son revenu payait l'essentiel comme du lait, du pain et de la viande pour ses deux enfants qui vont à l'école. Maintenant, déplore-t-elle, ces denrées de base sont devenues des produits de luxe. "Les enfants savent maintenant que nous ne pouvons pas nous offrir ces choses, bien que dans le passé, ils auraient demandé un petit déjeuner convenable avant de partir à l'école", a-t-elle dit. Voici un autre exemple de la situation critique des millions d'enfants dans un pays où le Programme alimentaire mondial (PAM) et d'autres agences humanitaires estiment que jusqu'à la moitié de la population aura besoin d'aide alimentaire pour cette année seulement. Les enfants de Muronza doivent maintenant se contenter des restes froids de la nuit précédente. Le personnel de santé dans les dispensaires des conseils locaux déclare qu'il voit un accroissement du nombre d'enfants de moins de cinq ans qui souffrent des maladies liées à la malnutrition. "Il y a beaucoup d'enfants trop maigres qui viennent ici", a indiqué à IPS, Greater Basuthu, une infirmière travaillant dans un dispensaire de l'administration locale. "Bien que nous ayons en réalité un programme alimentaire pour les enfants de moins de cinq ans, dirigé par l'une des quelques organisations non gouvernementales (ONG) restantes dans la ville, (il incombe) aux mères de nourrir leurs bébés à la maison où ils sont supposés obtenir une meilleure alimentation", a-t-elle dit. Toutefois, spécialement des femmes célibataires sans d'autres sources de revenu se battent pour le faire.
Leur situation critique a été aggravée par une interdiction du gouvernement sur la distribution de l'aide alimentaire des ONG avant le second tour contesté de l'élection présidentielle du 27 juin. Les autorités zimbabwéennes ont accusé ces organisations de travailler avec le parti politique, le Mouvement pour le changement démocratique, pour causer de la désaffection parmi les électeurs et les retourner contre Mugabe. Dans le passé, Muronza achetait de devise étrangère, spécialement le rand sud-africain, pour essayer de gérer le taux d'inflation endémique du pays où le prix des denrées alimentaires augmente presque tous les jours. Mais actuellement, a-t-elle expliqué, ceci est devenu presque impossible comme la monnaie locale est en chute libre par rapport aux monnaies principales, rendant difficile l'achat de devise de change à partir de son revenu en tant que vendeuse de légumes. "Les taux de change sont juste incroyables de nos jours. Toute planification est devenue presque impossible. Vous ne pouvez pas garder le dollar zimbabwéen, toutefois, vous ne pouvez pas encore acheter de devise", a-t-elle dit.
Même pour des futurs entrepreneurs plus astucieux qui font des voyages réguliers vers le Botswana et l'Afrique du Sud pour leurs approvisionnements, comme Nkomo, le dollar zimbabwéen instable a fait de la planification une tâche herculéenne : "Nous ne savons pas quand tout cela finira". Les autorités zimbabwéennes envisagent le secteur informel comme celui qui soutiendrait l'économie. Mais l'hyper-inflation du pays a détruit tout espoir pour des millions de personnes ici qui vivotent à partir des initiatives d'auto emploi. D'autres fuient l'emploi, avec plus de 80 pour cent de la main-d'œuvre sans emplois, selon le Congrès des syndicats zimbabwéens (ZCTU). "Ceci n'est pas du tout surprenant", a déclaré à IPS, Howard Thuso, un expert du travail dans une agence locale de recrutement. "Au Zimbabwe, les salaires ne peuvent pas suivre le taux d'inflation. Le principal élément motivant pour le travail, ce sont les salaires eux-mêmes — pas nécessairement les conditions de travail. Si les salaires sont très maigres, de jeunes gens resteront simplement à la maison même s'ils n'ont aucune autre source de revenu".

