OUAGADOUGOU, 22 mai (IPS) – Une étude réalisée par le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) au cours du premier trimestre de cette année, a révélé que les pays de l'Afrique de l'ouest présentent des disparités au niveau de la coordination et de la gouvernance dans la lutte contre le SIDA.
En réponse à cette insuffisance, les huit pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) plus la Mauritanie ont mis en place un cadre de concertation sous-régional de leurs structures nationales de lutte contre le SIDA. Cette structure de coordination devrait leur permettre de corriger ces déséquilibres à travers des échanges d'expériences.
La structure dénommée “Coordination sous-régionale des secrétaires permanents –secrétaires exécutifs ou équivalents — des structures nationales de lutte contre le VIH/SIDA de la zone UEMOA et de la Mauritanie”, vise à permettre une meilleure coordination et harmonisation des activités ainsi que l'ancrage de la gouvernance et du leadership dans la réponse au VIH/SIDA dans les pays de l'UEMOA et dans la région.
Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a été chargé par les responsables des structures nationales de lutte contre le SIDA de plaider auprès de ses pairs pour atteindre les objectifs visés à travers l'assistance technique et financière, le renforcement des capacités et la valorisation de l'expertise régionale.
“Ma mission est de sensibiliser mes pairs afin que nous prenions une part plus active dans cette lutte car le futur de nos pays, c'est la possibilité pour nous d'obtenir une meilleure qualité supérieure en ressources humaines. Or la ressource humaine, c'est avant tout la santé des enfants, des hommes, des femmes”, explique Compaoré également président du Conseil national de lutte contre le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (CNLS/IST) au Burkina.
La mise en place d'un dispositif d'appui technique à l'Afrique de l'ouest et du centre, soutenue par l'ONUSIDA facilitera le renforcement des capacités, selon les conclusions d'une rencontre des responsables des structures nationales de lutte contre le SIDA, réunis au milieu de ce mois à Ouagadougou, au Burkina Faso, mais dont les conclusions ont été rendues publiques la semaine dernière.
Selon le président Compaoré qui s'exprimait devant des journalistes après sa désignation, la pandémie ne peut être vaincue en organisant la lutte sur un espace national parce que, dit-il, “chaque jour, il y a trois millions de personnes qui se déplacent dans notre espace ouest-africain; donc il nous faut progressivement ouvrir nos stratégies en direction de tout cet espace”.
L'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), l'UEMOA, l'ONUSIDA et les autres agences des Nations Unies ont promis de soutenir le processus d'installation de ce cadre de concertation, indique le communiqué final de la réunion.
La rencontre de Ouagadougou a également relevé un manque de coordination entre certains ministères et d'autres programmes ou stratégies nationales chargés de lutter ensemble contre la pandémie.
“Ce cadre nous permettra d'échanger, entre nous, nos bonnes expériences, de mettre nos problèmes ensemble, défis ensemble pour conduire la lutte”, estime Malik Sène, secrétaire exécutif du Haut conseil de lutte contre le SIDA du Mali. ” Nous allons nous réunir régulièrement pour faire le point sur l'évolution de la maladie et ce cadre de concertation va nous permettre d'avoir une meilleure réponse à la lutte contre le VIH/SIDA”.
Selon Michel Sidibé, directeur du département appui aux régions et pays au bureau de l'ONUSIDA à Genève, le leadership et la meilleure gouvernance au sein des structures nationales devraient permettre l'application des principes du “Three ones” qui préconisent l'existence d'un seul cadre stratégique de lutte contre le SIDA : un seul système dévaluation et une seule instance de coordination pour mieux lutter contre la pandémie.
“C'est l'opportunité pour créer vraiment une structure nationale qui puisse coordonner, gérer la réponse; donc pour, nous c'est la seule manière de réduire les coûts, de faire en sorte que les programmes nationaux soient le cadre de référence des investissements des donateurs”, explique Sidibé à IPS. Pour lui, le “Three ones” permettra d'éviter la duplication au niveau des partenaires en terme de suivi. Les principes du “Three ones” ont été identifiés à Nairobi, au Kenya en 2003, lors de la conférence internationale sur le SIDA et les IST en Afrique comme étant les principes clés pour la coordination et de la réponse au VIH/SIDA au plan national.
“Lorsque nous serons mieux organisés, mieux structurés…, je crois que ça va nous permettre d'aller à un accès universel qui est demandé sur le plan international. Ce ne sont pas les moyens qui vont manquer, mais surtout notre capacité à nous organiser, à gérer cela”, affirme Sène à IPS.
Sidibé regrette le fait que dans les pays développés aujourd'hui, il n'y ait pratiquement plus de décès dus au SIDA, alors que l'on continue d'avoir 1,7 million de décès par an en Afrique subsaharienne.
Selon les estimations de l'ONUSIDA en 2007, la séroprévalence du VIH/SIDA dans la sous-région ouest-africaine varie entre 4,7 pour cent en Côte d'Ivoire et 0,7 pour cent au Niger. En matière d'harmonisation, le cadre de concertation devrait permettre des achats groupés des anti-rétroviraux — qui assurent une longue vie aux malades du SIDA –, leur production, et faciliter l'acquisition des formes pédiatriques des médicaments, selon les experts. Ce cadre servira également à faire un plaidoyer auprès des partenaires pour l'allègement des procédures de décaissement des fonds.
“Le VIH/SIDA n'a pas de frontière et c'est ensemble que nous pouvons lutter efficacement contre le VIH/SIDA dans la sous-région”, souligne Marcellin Ayé, conseiller technique chargé de la coordination au ministère de la Lutte contre le SIDA en Côte d'Ivoire où le taux d'infection est passé de 7,1 pour cent au début des années 1990 à 4,7 pour cent en 2007.
“Nous sommes dans une phase de stagnation, de baisse en Côte d'Ivoire, et avec ce cadre de concertation, nous allons mettre en place une nouvelle stratégie qui sera capable de rendre plus efficace ce qui a été fait jusque-là”, dit-il à IPS.

