DEVELOPPEMENT: Vers une nouvelle Révolution verte améliorée

JOHANNESBURG, 9 avr (IPS) – Comme les prix des produits alimentaires montent en flèche et des centaines de millions de personnes manquent de nourriture, des experts venant de partout dans le monde présenteront cette semaine une nouvelle approche pour assurer la sécurité alimentaire, à la plénière intergouvernementale de 'International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development' (IAASTD).

La conférence, qui se tient du 7 au 12 avril à Johannesburg, la capitale économique de l'Afrique du Sud, connaîtra la participation des représentants d'environ 60 gouvernements.

L'année dernière, le prix du maïs a augmenté de 31 pour cent, des graines de soja de 87 pour cent, et celui du blé de 130 pour cent. Les provisions céréalières mondiales sont actuellement pour une fois à leurs plus bas niveaux, avec des réserves de seulement 40 jours, laissées dans les silos. Pendant ce temps, la production alimentaire doit doubler dans les 25 à 50 prochaines années en vue de nourrir les trois milliards supplémentaires de personnes attendues sur la planète d'ici à 2050.

"La question de comment nourrir le monde ne pourrait être que plus urgente", a déclaré Robert Watson, directeur de l'IAASTD et scientifique principal au ministère britannique de l'Environnement et de l'Agriculture.

Les résultats des trois années de l'IAASTD indiquent que l'agriculture moderne devra radicalement passer du modèle d'entreprise dominant, si le monde doit éviter une dégradation sociale et un effondrement de l'environnement, a-t-il expliqué. "L'agriculture a une empreinte sur toutes les grandes questions environnementales… changement climatique, biodiversité, dégradation des terres, qualité de l'eau, etc". L'IAASTD a regroupé plus de 400 scientifiques qui ont examiné toute la connaissance actuelle sur les pratiques et la science agricole en vue de trouver des moyens de doubler la production alimentaire dans les 25 à 50 prochaines années et de le faire de façon durable, tout en aidant les pauvres à sortir de la pauvreté. Ils ont conclu que le moyen de relever ces défis passe par la combinaison du savoir-faire local et traditionnel avec la connaissance formelle.

Cet effort a produit cinq évaluations régionales et un rapport de synthèse, de même qu'un résumé directif pour les décideurs. Des représentants venant de 30 gouvernements de pays développés et en développement, l'industrie de biotechnologie et de pesticide et un grand nombre d'organisations non gouvernementales (ONG), notamment Greenpeace et Oxfam, ont été impliqués. Des séances publiques se sont également tenues pour rassembler les idées des associations de producteurs et de consommateurs, de même que d'autres dans le secteur privé. Toutefois, l'année dernière, les deux plus grandes sociétés de biotechnologie et de pesticides, Syngentia et BASF, avec leur association industrielle — 'Crop Life International' — ont abandonné le processus d'évaluation. La raison : la version finale du rapport de synthèse a été trop prudente sur les risques potentiels des cultures génétiquement modifiées, et sceptique sur leurs avantages. "C'est regrettable qu'ils se soient retirés… Je ne pense pas qu'ils aient l'habitude de travailler avec un grand nombre de participants comme des égaux", a déclaré Josh Brandon, un activiste agricole de la branche canadienne de Greenpeace. Il avait une haute estime pour les scientifiques impliqués dans l'IAASTD — et pour l'attention accordée aux problèmes que posent la biotechnologie et la révolution verte, tels que la protection des semences par un brevet, la contamination génétique, et la pollution de l'air et de l'eau par des pesticides. Le terme "Révolution verte" a été inventée en 1968 par William Gaud — alors administrateur de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international — en référence aux rendements agricoles accrus qu'ont connu l'Asie et l'Amérique latine à partir de la fin des années 1960 à travers l'utilisation d'engrais et de meilleures variétés de cultures, entre autres.

Toutefois, Robert Paarlberg, un scientifique politique et expert en politiques agricoles à l'Université de Harvard, aux Etats-Unis, a également des inquiétudes sur la manière dont l'IAASTD s'attaque à la biotechnologie. Il est particulièrement critique à l'égard de l'évaluation faite pour l'Afrique subsaharienne, affirmant qu'elle a l'air d'être écrite par des activistes "qui croient que la Révolution verte était une stratégie, non un triomphe pour sortir des centaines de millions de la faim et de la pauvreté en Asie".

Paarlberg, qui n'a pas pris part à l'IAASTD, a récemment publié un livre intitulé 'Affamés pour la science : Comment la biotechnologie est en train d'être maintenue hors d'Afrique'. Dans ce livre, il soutient que la pauvreté et la faim en Afrique résultent en grande partie de son agriculture qui n'est pas améliorée par la science, notamment la biotechnologie moderne.

Mais Harriet Friedman, un sociologue à l'Université de Toronto au Canada et l'un des rédacteurs des documents de l'évaluation, réplique que l'IAASTD s’est fondée sur des résultats scientifiques, non sur une opinion : "L'industrie biotechnique et ses défenseurs ont une vue très étroite de la science agricole".

L'évaluation met l'accent sur l'amélioration de l'agriculture durable et de la production à petite échelle, qui reçoit peu d'investissement pour la recherche. Paarlberg a affirmé que le financement des Etats-Unis pour la recherche agricole en Afrique avait baissé de façon substantielle au cours de ces dernières années, de même que le financement de la Banque mondiale. La banque est un sponsor très important de l'IAASTD, avec un certain nombre d'agences des Nations Unies.

En plus d'analyser comment le monde peut être nourri, l'évaluation met l'accent sur l'appui aux communautés plus pauvres avec la science et la technologie agricoles, a indiqué Cathy Holtslander, une organisatrice de projet pour la 'Beyond Factory Farming Coalition', une ONG chargée de la protection animale au Canada.

Le document de synthèse final, qui sera présenté à la fin de cette semaine, est destiné à servir de plan aux gouvernements sur la direction prochaine de l'agriculture. "Il n'est pas nécessaire que les résultats de l'évaluation soient acceptés par tous les gouvernements", a souligné Friedman. "Ceci au regard d’un profond changement dans la conscience publique".