BOUNA, nord-est de la Côte d'Ivoire, 25 fév (IPS) – Pour éviter que la méningite prenne des proportions, les autorités sanitaires de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso ont décidé d'échanger désormais les informations dès l'apparition des premiers cas de la maladie de chaque côté de la frontière.
Les autorités des deux Etats voisins d'Afrique de l'ouest ont également décidé de vacciner gratuitement les populations aux frontières des deux pays sans discrimination. Leur rencontre s'est déroulée à Bouna, une localité frontalière du nord-est de la Côte d'Ivoire, mercredi dernier. “Nous nous sommes concertés pour dire qu'à partir de maintenant, dès qu'il y a une épidémie qui est déclarée quelque part à l'intérieur de nos pays, il faut que l'autre pays soit rapidement informé et que nous préparions ensemble la planification, que nous mobilisions ensemble les ressources”, a déclaré Jean Dénoman, le directeur général de la santé de Côte d'Ivoire, qui a conduit la délégation ivoirienne. “Si vous vaccinez un village qui fait frontière avec un village qui n'est pas vacciné, c'est peine perdue”, explique Dénoman à IPS. “Il faut mener des actes, mais il faut aussi se retrouver pour réfléchir”. Les objectifs de cette rencontre étaient de renforcer la surveillance épidémiologique, coordonner la riposte à la frontière, et établir une collaboration entre les autorités sanitaires à la frontière des deux pays. “C'est une épidémie transfrontalière qui doit être gérée par les autorités des deux pays”, souligne Mamadou Guingaré, épidémiologiste à la représentation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à Ouagadougou, la capitale Selon Dr Sylvestre Tiendrébéogo, directeur de la lutte contre la maladie au Burkina, la réunion a été rendue nécessaire en raison de la “situation préoccupante” dans les districts de Mangodara et Gaoua (ouest et sud-ouest du Burkina) frontaliers de la région de Bouna (Côte d'Ivoire).
Plusieurs personnes touchées par la méningite dans le district sanitaire de Bouna bénéficient des soins et de la campagne de vaccination déclenchée de l'autre coté de la frontière, et les autorités craignent qu'une absence de coordination entre les deux pays rende caduque la lutte contre la maladie. Bouna est occupée depuis septembre 2002 par les Forces nouvelles (ex-rebelles) suite à une tentative de coup d'Etat qui s'est transformée en rébellion armée dans le nord de la Côte d'Ivoire. Certaines des populations ivoiriennes à la frontière n'ont pas été vaccinées depuis 2005. Le village de Moussokanto, une localité ivoirienne à cheval entre les deux pays, constitue la principale préoccupation des autorités des deux Etats qui craignent une propagation rapide de la méningite dans les régions de Bouna et Bondoukou, dans le nord-est de la Côte d'Ivoire ainsi que dans l'ouest du Burkina. Les 61 pour cent des cas de méningite à Mangodara (Burkina) viennent de Moussokanto, selon les autorités sanitaires burkinabé.
La direction régionale de la santé de la région des Cascades, dont dépend Mangodara, indique avoir déjà vacciné 500 personnes venant de la partie ivoirienne, au cours de ce mois.
“Quand nous sortons, nous vaccinons tout le monde sans discrimination : les populations des deux pays qui se présentent car ce sont les mêmes peuples à la frontière”, indique à IPS, Abdoulaye Bara, directeur régional de la santé de la région des Cascades.
La méningite a déjà fait 255 morts sur 1.938 cas enregistrés au Burkina Faso où les districts sanitaires de Mangodara, Gaoua et Kaya (nord) ont franchi le seuil épidémique qui est de 10 cas enregistrés pour 100.000 habitants.
En Côte d'Ivoire, la méningite a déjà fait 44 morts sur 172 cas signalés, mais seule la localité de Tengréla, dans le nord, est en situation d'épidémie.
L'OMS craint cependant que les chiffres soient en deçà de la réalité en raison de l'insuffisance de notification des cas. Seuls sept districts ont déclaré des cas sur 72 alors que 18 autres districts sanitaires sont des zones à risque d'épidémie.
“Il y a une sous-notification des cas; même quand il n'y a pas de cas, on le signale par zéro cas”, souligne Guingaré de l'OMS.
En outre, depuis la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire – plus de cinq ans — les agents de santé ivoiriens dans la zone de l'est n'ont pas été formés sur les techniques de prévention et de prise en charge des cas de méningite, affirme Guingaré.
Selon l'OMS, avec un taux de létalité de 25,60 pour cent, la Côte d'Ivoire vient avant le Burkina Faso, la République centrafricaine et le Niger. Tous ces pays et d'autres font partie de la ceinture méningitique en Afrique. Le bureau de l'OMS à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, indique que seules des données fiables peuvent permettre de juguler la méningite à la frontière entre le Burkina et la Côte d'Ivoire.
“Il y a un déficit de vaccins et il est important que nous insistions pour avoir des données correctes de terrain pour pouvoir éventuellement toucher les partenaires du Fonds central de secours d'urgence (CERF) et le Bureau des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies pour apporter l'appui nécessaire à la Côte d'Ivoire pour faire face, aux côtés du Burkina, à la méningite”, explique Dr Kouadio Aka Tanoh Bian, de l'OMS à Abidjan.
Pour permettre à la Côte d'Ivoire de faire face à une épidémie de méningite, l'OMS est en train de soumettre une requête de 600.000 doses de vaccins au Groupe de coordination internationale pour l'approvisionnement en vaccins contre la méningite. L'OMS a déjà remis 379.000 doses de vaccins ce mois-ci pour les campagnes de vaccination réactive à Tengréla et Tougbo (dans l'est du pays).
Au moins 80 millions de personnes, dans les 21 pays africains qui s'étendent de la Mauritanie à l'ouest, à l'Ethiopie à l'est, et qui constituent la région appelée la “ceinture méningitique” de l'Afrique, auront besoin d'être vaccinées contre cette maladie cette année, selon l'OMS qui s'est réunie en septembre dernier à Ouagadougou. L'agence onusienne avait alors mis en garde contre une grande épidémie de méningite cette année.
Selon l'OMS, l'épidémie connaît un pic tous les 10 ou 12 ans. Et comme la précédente grosse épidémie a eu lieu en 1996, avec plus de 25.000 morts en Afrique, on redoute une autre de la même ampleur cette année.
La méningite est une infection des méninges dont les symptômes les plus fréquents sont : la raideur du cou, une fièvre élevée, une photophobie (crainte morbide de la lumière), un état confusionnel, des céphalées et des vomissements, selon des spécialistes. Même lorsque l'on diagnostique la maladie très tôt et qu'un traitement approprié est institué, cinq à 10 pour cent des malades décèdent, habituellement, dans les 24 à 48 heures suivant l'apparition des symptômes, affirment les médecins. Par ailleurs, la méningite bactérienne peut entraîner des lésions cérébrales, une surdité partielle ou des troubles de l'apprentissage chez 10 à 20 pour cent des survivants. Au Burkina Faso, l'épidémie avait touché 43 des 55 districts sanitaires du pays et fait 1.743 morts l'an dernier sur 25.852 cas enregistrés. En 2006, c'était 1.585 morts sur 18.342 cas; et en 1996, 4.363 décès sur 42.967 cas.

