BRUXELLES, 29 oct (IPS) – Le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, refuse d'accepter les demandes des pays africains qui souhaitaient pouvoir bénéficier d'une longue période de transition pour mettre fin aux restrictions à l'importation en vue des nouveaux accords de libre-échange.
Jusqu'à présent, Mandelson s'était déclaré en faveur d'une période de transition de 25 années et plus, ce qui aurait permis aux pays du bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) de libéraliser les importations sous les nouveaux accords de libre-échange, mais il est revenu sur sa position la semaine dernière. L'Union européenne (UE) est disposée à accorder aux pays ACP au maximum 12 années au cours desquelles ils pourront protéger leurs agriculteurs et leurs industries face aux importations européennes. Pour Mandelson, une plus longue période de transition risquerait d'entrer en contradiction avec les règles de libéralisation du marché de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). “Les propositions, qui envisagent de libéraliser 60 pour cent des importations sur une période de 25 ans, ne nous mèneront nulle part au sein de l'OMC”, a-t-il indiqué. Mandelson espère que de nouveaux accords commerciaux pourront être conclus d'ici à la fin de l'année avec les différents groupes régionaux qui participent aux négociations. Pourtant, alors qu’il estimait au départ que ces nouveaux arrangements commerciaux devraient couvrir une large série de thématiques — des services à la propriété intellectuelle — il a annoncé, la semaine dernière, que certaines régions “pourraient avoir besoin d'un peu plus de temps”, soit au-delà du 31 décembre. Les accords initiaux pourraient se limiter au commerce des marchandises, a-t-il encore précisé. Pour des militants de la lutte contre la pauvreté, ces nouveaux arrangements commerciaux — même si leurs ambitions initiales sont revues à la baisse — risquent d'avoir des effets désastreux sur l'emploi et les revenus. Francisco Mari, membre de l'organisation allemande 'Church Development Service' (EED) affirme, par exemple, que les producteurs de poulets au Cameroun ont été en mesure d'investir dans leur activité au cours des dernières années parce que leur gouvernement avait décidé de réduire les importations de poulets en provenance de l'UE. “Si les accords de partenariat sont signés, cette mesure de protection disparaîtra”, constate cet expert qui a entrepris une étude sur le secteur de la volaille en Afrique. De son côté, l'Association industrielle africaine cite les estimations de l'ONU, estimant qu'en réduisant les tarifs à l'importation, des pays comme la Gambie, le Sénégal ou le Ghana risquent de perdre environ 20 pour cent de leurs revenus. Elle dénonce également les menaces proférées par Mandelson, qui envisage d'augmenter les tarifs douaniers sur les marchandises en provenance des pays ACP au cas où leurs gouvernements ne signeraient pas ces nouveaux accords économiques en 2007. “C'est profondément injuste d'imposer aux pays pauvres de devoir choisir entre deux options : libéraliser leur marché sous la pression — avec le risque que ces nouveaux arrangements mettent à mal les économies nationales et régionales — ou risquer de perdre des recettes en cas de hausse des tarifs douaniers de la part de l'UE”, dit-il. Mandelson a également suggéré que les différents groupes des pays ACP en négociation pourraient signer des accords très différents l'un de l'autre. Certains couvriraient ainsi uniquement le commerce des biens, d'autres reprendraient par contre un large éventail de thématiques commerciales. Pour le conservateur britannique Robert Sturdy, membre du Parlement européen, les déclarations du commissaire sont “incroyablement grotesques”. Selon lui, promouvoir différents degrés de libéralisation en Afrique reviendrait à créer “une pagaille pire que dans un plat de spaghettis”, a-t-il déclaré. Selon une récente étude réalisée par le projet “Cohérence de l'Union européenne”, un collectif qui tente de déterminer si les politiques économiques adoptées au niveau européen sont en adéquation avec les ambitions en matière de réduction de la pauvreté, “les enjeux de ces négociations sont beaucoup plus importants pour les pays ACP”, car 40 pour cent de leur commerce est destiné à l'Europe, contre à peine trois pour cent en sens inverse. Bien que l'UE accorde d'importantes subventions à ses agriculteurs, la Banque mondiale et d'autres donateurs internationaux continuent à faire pression sur les pays africains pour que ceux-ci cessent d'accorder des subventions publiques à leurs producteurs, constate l'étude. Pour cette raison, on ne peut pas considérer que le terrain d'action est le même en Europe et en Afrique, poursuit l'étude, qui estime que les méthodes de négociations actuelles entrent en totale contradiction avec les obligations contenues dans un traité européen précisant que “l'Europe doit prendre en compte l'intérêt des pays pauvres dans toute politique qui risque de les affecter”. Else Boonstra, la porte-parole du projet “Cohérence de l'UE” estime que la Commission européenne a une tout autre définition de “la politique de cohérence vis-à-vis des pays pauvres”. “Il y a deux poids deux mesures”, dit-elle. “Les responsables européens affirment qu'il doit y avoir une certaine cohérence entre le développement et les politiques commerciales, et vice-versa, mais j'estime personnellement que ceci est assez dangereux”, ajoute-t-elle. Cette semaine, des représentants européens et des délégués des pays ACP doivent se rencontrer à Accra, au Ghana, pour discuter de leurs relations commerciales futures. Cette rencontre servira de réunion préparatoire au sommet UE-Afrique qui doit se tenir en décembre à Lisbonne.

