COMMERCE-AFRIQUE: Les exportations devraient être la priorité des Etats africains

DAR ES SALAAM, 8 oct (IPS) – La conférence de haut niveau ayant pour thème "Mobiliser l'aide au commerce : un accent particulier sur l'Afrique" a pris fin la semaine dernière avec des avertissements de la part de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Pour les gouvernements, "avoir 50 priorités commerciales, c'est n'avoir aucune priorité", a déclaré Pascal Lamy, directeur de l'OMC à la cérémonie de clôture de la conférence le 2 octobre à Dar es Salaam, en Tanzanie. "Le défi des pays — et ceci est un grand défi, sur le plan politique — est de s'entendre sur les deux ou trois objectifs qui affecteront la plupart de leur croissance commerciale et ensuite de les poursuivre constamment sur le long terme". De la même manière, Valentine Rugwabiza, directrice générale adjointe de l'OMC a averti les dirigeants africains que les fonds en provenance des pays riches pour entraîner les économies vers une orientation de l'exportation ("Aide au commerce") dépendront de leur capacité à mettre en priorité la réduction des barrières commerciales dans les politiques de développement.

La conférence de deux jours a été organisée par l'OMC, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA). Ont pris part à cette conférence les ministres africains du Commerce et des Finances, des cadres des parties organisatrices et les blocs commerciaux sous-régionaux du continent. Selon Lamy, les infrastructures, la facilitation du commerce, le financement du commerce, la sécurité alimentaire et les normes techniques ont été soulignés lors de la conférence comme certains des domaines principaux à améliorer. "L'Aide au commerce" fait allusion aux pays riches accordant aux pays pauvres des fonds pour développer les routes, les ports et les télécommunications et pour renforcer leurs capacités dans la fabrication des biens tout en simplifiant les procédures douanières dans le but de soutenir la production orientée vers l'exportation. Le Botswana enclavé, en Afrique australe, a un projet, mais doit mobiliser des fonds, a déclaré LT Mokalake, le ministre adjoint du Commerce et de l'Industrie du pays. Un réseau plus grand de routes goudronnées et un meilleur accès aux ports de l'Afrique du Sud voisine développeraient le commerce dans sa nation productrice de diamant.

"Notre priorité est de se libérer du handicap d'être enclavé", a ajouté Mokalake. "'L'Aide au commerce' nous aidera à avoir un meilleur accès au marché. Si les marchés s'ouvrent et nous ne sommes pas prêts, il y aura un problème avec la concurrence". L'idée qui sous-tend "l'Aide au commerce" demande aux nations pauvres de proposer des plans d'action orientés vers des objectifs et aux donateurs de cibler leurs investissements pour combler les vides d'infrastructures et pour accorder l'expertise technique. L'Afrique subsaharienne obtient environ 10 milliards de dollars par an comme aide extérieure pour les infrastructures, mais a besoin presque du double de ces fonds, selon la Banque mondiale. Lamy a demandé aux nations africaines de coopérer dans le but de réduire les goulots d'étranglement liés aux infrastructures, d'améliorer les corridors de transport et de renforcer les liens économiques les unes avec les autres. Il a également demandé aux pays riches, de leur côté, de respecter leurs promesses d'aide au développement. Les nations riches, dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni, ont promis en 2005 de doubler l'aide annuelle à l'Afrique à 50 milliards de dollars par an d'ici à 2010 et de dépenser 0,7 pour cent de leur produit intérieur brut sur l'aide d'ici à 2015. Ce dernier objectif a été fixé en 1970, mais attend d'être réalisé par les pays développés. "L'Aide au commerce", qui représente environ un tiers des dépenses relatives à l'aide internationale, doublera probablement sur les trois années à venir, a indiqué Lamy. La stratégie, encore à l'étape d'ébauche, est destinée à compléter la série de discussions de l'OMC sur le développement de Doha visant à libéraliser davantage les marchés des pays pauvres tout en réduisant les subventions accordées à l'agriculture dans les pays riches. Toutefois, Lamy a reconnu que "l'Aide au commerce" n'est pas un substitut à une réussite du round de Doha sur le développement". Certains critiques estiment que "l'Aide au commerce" est un nouveau slogan pour les mêmes initiatives anciennes de développement. D'autres s'inquiètent que les aides liées au commerce pourraient venir assorties de conditions et avoir des conséquences négatives pour les économies des nations pauvres.

L'aide doit être prévisible et accordée sans aucune obligation dans le but d'être efficace, a souligné Ali Mohamed Shein, le vice-président tanzanien dans sa déclaration à la conférence. Il soutient l'idée de "l'Aide au commerce", mais a ajouté qu'elle devrait être combinée à des changements radicaux. Par exemple, la production des minerais et du pétrole en Afrique est en grande partie contrôlée par des entreprises étrangères, ce qui signifie que peu de ses bénéfices se réalisent dans des pays du continent le plus pauvre du monde, a-t-il ajouté. Cette situation doit changer. L'Afrique est en train de connaître sa croissance économique la plus élevée en trois décennies, avec une moyenne de cinq pour cent prévue pour atteindre sept pour cent en 2009, et soutenue par des prix des produits en hausse et des "réformes économiques", selon Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement basée à Tunis. Des idées recueillies à la réunion africaine et celles des rencontres similaires tenues ce mois en Amérique latine et en Asie, seront présentées lors de la première évaluation internationale de "l'Aide au commerce", qui se déroulera à Genève, en Suisse, du 20 au 21 novembre. A cette rencontre, des experts devraient faire bouger le projet de la phase d'élaboration avec des calendriers et des estimations de coûts clairs.