HARARE, 5 oct (IPS) – Un jeune couple zimbabwéen jette un coup d'œil furtif autour de lui avant de s'asseoir sur un banc sur une parcelle vide qui était autrefois un parc de loisirs à Glen View, une banlieue tentaculaire, de forte densité à Harare, la capitale zimbabwéenne.
C'est un lundi matin, et tous les deux sont en train de lutter pour venir à bout d'une maladie étrange qui a attaqué leur famille. Chaque mouvement qu'ils font en direction de 'Glen View One Satellite Clinic' (la seule Clinique satellite de Glen View) montre qu'ils souffrent beaucoup. "Nous allons au dispensaire pour avoir des soins médicaux. Nous nous sommes tordu de douleur et nous nous sommes tournés toute la nuit et nous ne savons pas ce qui nous a frappés, mais je soupçonne que c'est l'eau non traitée que nous buvons", déclare Charles Nemukundu à IPS pendant qu'il conduit sa partenaire à la clinique, où des maladies d'origine hydrique sont en train d'être traitées gratuitement. Une pénurie d'eau et un système sanitaire délabré ont fait que Harare est devenu étouffée par des flaques d'eaux usées et des toilettes publiques insalubres. Des images de groupes de femmes avec des seaux sur la tête sont devenues fréquentes autour des ruisseaux que beaucoup d'habitants de la ville utilisent actuellement comme leur source principale d'eau. Des substances toxiques diverses sont déposées dans ces ruisseaux chaque jour; pourtant la perspective de contracter des maladies n'empêche pas les habitants de tirer de l'eau de là. Par conséquent, la fréquence des maladies d'origine hydrique telles que la dysenterie, la diarrhée et le choléra, a augmenté à tel point que le Conseil municipal de Harare (HCC) est obligé d'offrir un traitement gratuit.
Le département de la santé de la ville a averti le mois passé d'une catastrophe imminente dans la capitale si la question de l'eau n'était pas résolue. "Des cas de diarrhée enregistrés et en cours de traitement dans nos centres de santé augmentent de jour en jour. Nous traitons 900 cas par jour", a indiqué à IPS un cadre du HCC qui a préféré garder l'anonymat.
Ceux qui vivent dans des banlieues plus riches sont également affectés par la crise de l'eau. "Depuis le commencement des problèmes, j'achète de l'eau minérale dans des boutiques pour mes enfants, mais maintenant, je ne peux plus le faire parce qu'il n'y a plus rien dans les boutiques et je ne sais pas quoi faire actuellement. J'essaie de bouillir de l'eau mais cela n'aide pas non plus", a déclaré Gladys Mtombeni, une résidente de Hillside, l'une des zones plus sélectes de Harare. La crise sanitaire actuelle s'est intensifiée quand la 'Zimbabwe National Water Authority' (la Société nationale de l'eau du Zimbabwe – ZINWA) a repris la gestion des affaires d'eau de la ville des mains du HCC. Cette reprise s'est heurtée à une opposition publique considérable qui a été largement ignorée par les autorités. "Le gouvernement a juré de poursuivre ce projet bien que les agents de santé aient montré que les décès récents sont dus à l'incompétence de la ZINWA et que toutes les zones urbaines sont menacées parce qu'on ne peut pas se fier à la ZINWA pour fournir régulièrement de l'eau", a commenté l'hebdomadaire 'Standard' dans un éditorial. "Juste combien de personnes de plus doivent-elles mourir pour convaincre le gouvernement que ceci est une catastrophe artificielle?" Un habitant de Harare a exprimé des sentiments similaires dans une lettre à l'éditeur, qui a été publiée dans un quotidien.
"Des choses peuvent être difficiles, mais cela ne veut pas dire que nous devons accepter de vivre avec nos propres déchets dans nos cuisines. Je suggère que nous déclarions les problèmes actuels d'eau et d'égout comme une catastrophe nationale. Un point à temps en vaut cent, de peur d'aller droit vers une situation sanitaire catastrophique", a écrit le résident. ZINWA dit qu'elle se bat pour fournir des services d'eau et d'assainissement aux habitants de la capitale parce que des infrastructures vieillissantes n'ont pas été entretenues proprement. Le manque d'entretien signifie que les canaux d'assainissement éclatent sans cesse.
Les pénuries de devises que connaît le pays aggravent le problème, rendant difficile l'importation des matières premières nécessaires pour fabriquer les produits chimiques pour le traitement de l'effluent. Avec un taux d'inflation officiel de 6.600 pour cent et un taux non officiel de presque le double de ce chiffre, beaucoup d'entreprises zimbabwéennes, qui avaient l'habitude de fabriquer des produits chimiques pour le traitement de l'eau, ont été obligées de suspendre leurs activités. ZINWA doit à présent importer ces produits chimiques directement de l'extérieur. Tandis que l'économie du Zimbabwe continue sa chute vers le bas, il sera pratiquement impossible de mobiliser les fonds nécessaires pour restaurer les services normaux d'eau et d'assainissement pour toutes les zones urbaines du pays. Le gouvernement du président Robert Mugabe est accusé de détruire l'économie à travers — entre autres — un programme de réforme agraire peu judicieux. Dans le cas le plus récent de mauvaise gestion, un décret présidentiel a imposé aux détaillants de réduire tous les prix de 50 pour cent. Cette décision, dans une économie déjà handicapée par une inflation galopante, a rendu difficile le réapprovisionnement des magasins de ravitaillement — et a amené beaucoup d'entreprises à arrêter le commerce. Jabusile Shumba, directeur principal des programmes pour la 'Combined Harare Residents Association' (l'Association combinée des résidents de Harare), a déclaré : "… Nous sommes dans une crise qui a atteint une proportion qui menace la santé. Ceci est certainement une catastrophe nationale que d'autres personnes ont causée et laissent aller tout droit à la tombe".

