AFRIQUE: L'aide au commerce pourrait assister les producteurs des pays pauvres

DAR ES SALAAM, 5 oct (IPS) – Des exportateurs agricoles dans les nations pauvres ont besoin de fonds et d'assistance technique pour se conformer aux normes de sécurité alimentaire dans le but d'accroître leur part du commerce mondial, selon les représentants de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le directeur général de l'OMC Pascal Lamy a déclaré que le fait de donner une plus grande priorité aux normes de sécurité en matière d'exportations pourrait préparer les nations les plus pauvres à bénéficier plus du round des discussions de Doha sur le développement. Lui et le président de la Banque mondiale Robert Zoellick étaient parmi les délégués à une conférence de haut niveau ayant pour thème "Mobiliser l'aide au commerce – un accent particulier sur l'Afrique", qui s’est déroulée du 1er au 2 octobre à Dar Es Salaam, en Tanzanie. Elle accueille l'OMC, la Banque mondiale, la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et la Banque africaine de développement.

La série de discussions sur le commerce mondial de Doha a commencé en 2001 sous les auspices de l'OMC et est destinée à libéraliser le commerce mondial d'une manière qui améliorera le développement des pays pauvres.

Les négociations piétinent entraînant un échec total à cause de la persistance des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) à ne pas supprimer les subventions énormes qu'ils accordent à leurs agriculteurs. Ces subventions conduisent à une surproduction et à des prix bas contre lesquels les producteurs du sud ne peuvent pas faire concurrence. Lamy était optimiste à la conférence du fait que les négociateurs s'approchaient d'un accord. Les discussions qui portaient principalement sur — couper les subventions des Etats-Unis à l'agriculture, réduire les taxes agricoles dans les nations européennes et ouvrir les marchés des pays pauvres — peuvent trouver une solution d'ici à la fin de 2007, a-t-il déclaré. Si cette étape est franchie, il serait possible que le traité final soit conclu avant la fin de 2008, a-t-il indiqué. Concernant l'Aide au commerce, Lamy a indiqué qu'elle constituait un complément et non un substitut aux nouvelles règles commerciales plus justes. Il a ajouté que l'aide au commerce ne devrait pas détourner les ressources ou l'attention des programmes de réduction de la pauvreté. Michael Roberts, secrétaire du 'Standars and trade development facility' (Service des normes et du développement commercial) de l'OMC, a souligné que l'aide était nécessaire pour former les agriculteurs sur l'utilisation sans danger des pesticides et sur le contrôle des maladies afin de prévenir la propagation éventuelle de la fièvre aphteuse ou de la grippe aviaire. "Si un pays manque (d'adhérer aux normes de sécurité alimentaire), il pourrait mettre en danger toute la planète", a déclaré Roberts. Des fonds sont également nécessaires pour aider les nations pauvres à satisfaire l'exigence des détaillants qui veulent une preuve authentique que les importations des aliments, des animaux et des plantes ne présentent aucun risque pour la santé des consommateurs, a-t-il ajouté. Des supermarchés sont sous pression des clients qui demandent d'approvisionner leurs rayons en aliments qui ont été importés sur la base des pratiques commerciales justes et qui peuvent être certifiés comme biologiques et n'ayant subi aucune modification génétique. Des clients veulent voir des étiquettes qui mentionnent le pays d'origine.

De plus en plus, des pipelines transportent des produits et évaluent l'empreinte du carbone : la quantité des émissions de gaz à effet de serre générées lors du transport des marchandises du "champ" au chariot de l'épicerie. L'OMC demande aux nations riches de promettre 25 millions de dollars sur les cinq prochaines années pour renflouer les caisses du service des normes et du développement commercial de l'OMC, qui depuis 2002, a lancé des initiatives pour aider des nations pauvres à se familiariser avec les exigences de sécurité alimentaire. L'appel au financement représente plus du double des 10 millions de dollars dépensés au cours de la période précédente de cinq ans, mais toujours juste une fraction de l'aide publique mondiale au développement se chiffrant au total entre 25 et 30 milliards de dollars par an. "Pour une très petite somme d'argent, vous pouvez obtenir une très grande rentabilité", a affirmé à IPS, Keith Rockwell, porte-parole de l'OMC. "Vingt millions de dollars pour une nouvelle route pourraient faire hésiter certains. Mais de petits projets tels que 200.000 dollars pour l'assistance technique peuvent commencer réellement par transformer une économie". Par exemple, les exportations de mangues au Mali augmentent de 30 pour cent par an depuis 2000 puisque cette nation d'Afrique de l'ouest a amélioré ses mesures de sécurité agricole et a commencé à conserver le fruit au frais, selon Rrockwell. Des histories de réussite similaires ont été également enregistrées à Madagascar, une nation insulaire de l'Afrique australe, qui a rationalisé la production du fruit de lychee et au Bénin, en Afrique de l'ouest, où il est enseigné aux pêcheurs comment manipuler le poisson en toute sécurité, a indiqué Rockwell. En Tanzanie, le défi est d'amener la majorité des petits producteurs utilisant des techniques agricoles démodées à entrer dans la chaîne d'approvisionnement, a souligné Mike Chambers, secrétaire général de l'Association horticole de Tanzanie. Cette association représente l'industrie florale qui rapporte 40 millions de dollars par an. La majorité écrasante des 38 millions d'habitants que compte cette nation d'Afrique de l'est dépendent de l'agriculture pour se nourrir ou pour gagner leur vie. "De petits cultivateurs ne peuvent pas à eux seuls se conformer aux termes du marché européen", a dit Chambers. L'Afrique abrite environ 13 pour cent de la population mondiale, mais juste trois pour cent du commerce mondial. Le continent a connu une croissance économique atteignant la moyenne de 5 pour cent au cours des trois dernières années, laquelle est déterminée principalement par des prix des produits galopants et une demande de pétrole. Le terme 'Aide au commerce' décrit l'aide en provenance des Etats riches, laquelle est destinée à améliorer la capacité des pays pauvres à vendre leurs biens à l'extérieur. Par exemple, l'aide pourrait être dépensée pour construire des infrastructures telles que des routes et des ports ou pour réduire les lourdeurs administratives qui causent des retards aux douaniers.