Q&R: ‘’Le quota, c’est pour habituer nos concitoyens à voir la femme au parlement’’

RABAT, 27 sep (IPS) – Najima Thay Thay est l’une des 34 femmes élues députées au parlement marocain le 07 septembre dernier. Avant son élection sur la liste du Rassemblement national des indépendants (RNI), elle était secrétaire d'Etat chargée de la Lutte contre l'Alphabétisation et l'Education non formelle.

Thay Thay est également enseignante à l'université d'Agadir, dans le sud du pays, docteur en ethno sémiotique, spécialiste des traditions orales du sud du Maroc. C’est donc une intellectuelle accomplie qui vient de gagner son premier mandant parlementaire à l’Assemblée nationale marocaine où le combat s’annonce déjà dure avec ses collègues hommes dont la plupart ne perçoivent pas forcément les difficultés des femmes comme des problèmes dont il faut même débattre. Thay Thay s’apprête donc à user de son art oratoire au sein de l’hémicycle marocain. Mais avant, avec Amina Barakat de IPS-Rabat, elle évoque ici ses expériences au gouvernement, sa vision de la représentativité de la femme au parlement, et le combat qui sera celui le des femmes marocaines élues à l’assemblée. IPS: Qu'est ce qui vous a le plus motivé à vous présenter aux élections législatives ?

Najima Thay Thay (NTT) : Vous savez, j'ai un grand défaut, je suis une perfectionniste. Dans mon parcours, j'ai cumulé beaucoup d'expériences dans les domaines associatif, professionnel, relationnel, politique et administratif. Il me manquait l'expérience législative pour parfaire mon profil, voila ce qui m'a motivé. IPS: Qu'est ce qui vous a le plus marqué dans votre parcours au sein du RNI ?

NTT : C'est ma nomination en tant que secrétaire d'état chargée de la Lutte contre l'Analphabétisme et de l'Education non formelle. Ce poste m'a permis d'élaborer la stratégie gouvernementale en la matière et de lancer la marche de la lumière. IPS: Quels sont les critères qui ont présidé à l’élaboration de la liste nationale des femmes candidates au sein de votre parti, le RNI ?

NTT : Dès le départ, il a été convenu de ne pas reconduire les parlementaires sortantes afin de permettre à d'autres femmes de faire l'apprentissage de l'action parlementaire. A partir de là, une commission fut chargée d'établir des critères d’éligibilité et de les soumettre au président du part. Parmi ces critères, il y avait la représentativité régionale et socio professionnelle, les qualités et compétences personnelles des candidates ainsi que le niveau d'instruction. Et enfin, il y avait le rayonnement national de la candidate placée en tête de liste. La liste du RNI est arrivée troisième après l'Istiqlal et le PJD, avec cinq sièges, un de plus que lors des législatives de 2002. IPS: Le quota des 30 sièges réservés aux femmes est-il suffisant, à votre avis, pour constituer une force au sein du parlement ?

NTT : Le quota a été imposé par l'Etat dans un but pédagogique : habituer nos concitoyens à voir la femme évoluer au parlement, espace qui fut longtemps réservé aux hommes. C’est ce qu’on appelle communément ‘’discrimination positive’’. La nuance ici est que les femmes se présentent sous la bannière de leur parti et non comme représentantes du genre, d'où l'impossibilité de former un groupe ou force politique autonome. IPS: Croyez-vous qu'il sera facile de former un lobby de femmes parlementaires pour défendre des causes spécifiques ?

NTT : Oui, j’y crois fermement. Chaque fois qu'il s'agira de défendre des causes comme l'alphabétisation des femmes, la création d'activités génératrices de revenus pour donner une indépendance économique aux femmes, la scolarisation des jeunes filles en situation difficile ou en milieu rural, et tout ce qui peut améliorer la condition de la femme, nous serons unies pour faire le combat. IPS: Est-il vrai que les partis politiques sont responsables de l'absence des femmes des listes locales ?

NTT : Vous savez, la politique a longtemps été l'apanage des hommes tout comme les affaires. Ils ne sont pas prêts à lâcher prise et à changer de mentalité. Cette situation est aggravée par l'héritage historico-culturel qui veut que la femme soit une éternelle assistée. Les femmes sont présentes sur les listes locales mais peu sont têtes de listes, et seulement quatre d'entre-elles ont réussi le challenge de se faire élire. Il n'y a donc pas que les partis qui sont responsables, il y a également la société car les partis sont à l'image de la société. IPS: Que comptez-vous offrir à la gente féminine en tant que parlementaire ?

NTT : Mon engagement total et ma sincérité. Je ne ménagerai aucun effort pour démontrer que la femme est aussi apte que l'homme à siéger activement au parlement. IPS: Quelles leçons avez-vous tirées de votre expérience de secrétaire d'Etat ?

NTT : La leçon que je retiens, c'est que nos compatriotes adhèrent aux efforts entrepris par le gouvernement quand ils se sentent impliqués et quand on leur tient un langage sincère et réaliste. IPS: Les femmes ont toujours occupé des postes discrets au sein du gouvernement, comment interprétez-vous cela ?

NTT : En ce qui me concerne, je n'ai jamais senti que le département de l'Alphabétisation que j'avais en charge était un département discret. J'ai parcouru le pays dans tous les sens et j'ai impliqué la société civile et convaincu les associations qui ont adhéré massivement à la marche de la lumière (massirat annour), ce qui a permis à 750.000 marocains d’apprendre à lire et à écrire en 2004.