YAOUNDE, 3 août (IPS) – Dans la perspective des élections législatives et municipales organisées le 22 juillet au Cameroun, l'association Cri des femmes avait lancé le mot d'ordre “Opération 100 femmes au parlement en juillet 2007”. Mais, seulement 23 femmes auraient été élues sur les 180 sièges de l'Assemblée nationale, selon des résultats provisoires officiels.
“La place que les femmes occupent en politique au Cameroun est réduite. Dans les faits, leur insertion et leur implication dans les processus de décision et dans les circuits de la représentation politique sont des phénomènes mitigés”, a déclaré à IPS, le politologue Mathias Eric Owona Nguini, enseignant à l'Université de Yaoundé II, dans la capitale camerounaise.
Sous le titre “Pourquoi avons-nous besoin de plus de femmes aux législatives et municipales 2007 au Cameroun?”, Justine Diffo-Tchunkam, juriste, enseignante à l'Université de Yaoundé II, avait publié, à l'approche des élections, un texte dans lequel elle expliquait que “le renforcement de la participation politique des femmes est fondamental pour l'amélioration de la gouvernance démocratique”. Elle avait ajouté : “Il est également un atout essentiel pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)”.
Parmi les huit OMD retenus par les dirigeants du monde aux Nations Unies en 2000, figure l'objectif n°3 qui demande de promouvoir l'égalité de genre. Au cours de la législature écoulée (2002-2007), seulement 20 sièges de députés sur les 180 étaient occupés par des femmes, dont 19 issues du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, et une de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), une formation de l'opposition. Selon les résultats provisoires des élections, publiés par le ministère d'Etat chargé de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, la révolution attendue — pour l'entrée massive des femmes au parlement — n'a pas eu lieu; les 180 sièges de l'Assemblée nationale du Cameroun, à Yaoundé, seront majoritairement occupés par des élus masculins, affirment des analystes. Sur les 23 femmes déjà élues députées, 20 sont issues des rangs du RDPC, deux de l'UDC, et une du 'Social Democratic Front' (SDF, le principal parti d'opposition) dans ce pays d'Afrique centrale. Mais, les élections ont été annulées par la Cour suprême pour 17 sièges, dont un concerne des femmes, notamment le siège disputé à Wouri-Est entre le RDPC et le SDF qui présentent chacun une femme. Un scrutin partiel sera organisé le 30 septembre. “La faible représentativité des femmes aux postes électifs et administratifs, c'est de l'escroquerie! On use du silence de cette majorité pour en faire ce qu'on veut, car les femmes sont une majorité silencieuse”, déplore Pauline Biyong, promotrice de la Ligue pour l'éducation de la femme et de l'enfant, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Yaoundé et jouissant d'un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies.
“Les femmes représentent 51 pour cent de la population au Cameroun”, rappelle Biyong qui publie également un journal dénommé 'La Cité'. Mais, s'indigne-t-elle, “elles (les femmes) sont marginalisées, réduites à défiler le 8 mars (Journée internationale de la femme). Nous avons une société misogyne, machiste”. Pour Biyong, la recommandation du président camerounais Paul Biya, en tant que président national du RDPC, faite dans une circulaire du 25 avril 2007, lors du lancement des investitures des candidats au sein du parti, n'a pas été respectée. Selon la recommandation, “Toute liste de candidats, représentant une circonscription ayant plus de deux sièges pour les élections législatives, devra accorder, autant que faire se peut, au moins une place de titulaire aux militantes de l'OFRDPC (Organisation des femmes du Rassemblement du peuple camerounais)”.
Ce scrutin de liste pour la députation mettait en compétition 1.032 candidats, dont 118 femmes — parmi lesquelles 50 titulaires et 68 suppléantes. Elles étaient 27 femmes candidates titulaires pour le RDPC, sept pour le SDF, huit pour l'Union des populations du Cameroun (UPC, un parti de la majorité présidentielle), quatre pour l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP, également membre de la majorité présidentielle), et quatre pour l'UDC. “La population féminine est la plus nombreuse au Cameroun. Cependant, les femmes semblent ne pas avoir pris conscience de leur poids pour influencer le champ électoral, de manière à renforcer leur présence aux postes électifs des institutions politiques nationales”, estime Claude Abbé, sociologue politique, enseignant à l'Université catholique d'Afrique centrale, à Yaoundé. Selon lui, “Elles ont un problème de culture politique, qui fait que leurs efforts n'arrivent pas encore à produire des résultats époustouflants lors des compétitions électorales comme celle du 22 juillet”. Abbé ajoute que “Ceci pourrait s'expliquer par le fait que, dans la vie privée, ce sont elles qui jouent les seconds rôles, par rapport aux hommes”.
“Le système électoral en vigueur au Cameroun ne favorise pas la représentativité des femmes. Le système politique qui peut favoriser la représentativité des femmes est celui de la représentation proportionnelle; c'est-à-dire que chaque parti politique présente les candidats en fonction de son assise populaire”, estime Diffo-Tchunkam, qui est également coordonnatrice du Réseau national de soutien à la participation politique des femmes au Cameroun, une ONG basée à Yaoundé.
Par ailleurs, le Cameroun compte, a ce jour, six femmes au gouvernement, dont quatre ministres et deux secrétaires d'Etat. Parmi les six universités d'Etat, une seule est dirigée par une femme. Et depuis 2006, deux femmes assument les fonctions de sous-préfets. “Mais, pour près de 70 sociétés d'Etat, trois seulement ont des femmes à leur tête”, déplore Biyong.

