DEVELOPPEMENT-TANZANIE: Plus de femmes emportées par des morts évitables

DAR ES SALAAM, 24 juil (IPS) – "J'ai commencé à marcher quand j'ai senti des contractions. J'ai accouché au bord de la route à cinq kilomètres de l'hôpital", déclare Veronica Joseph, une femme de 22 ans.

C'est un miracle que son nouveau-né, seulement âgé de quelques heures, soit vite endormi confortablement dans son cocon de drap. Il a eu une vie spectaculaire jusqu'à maintenant. "Ma mère y a contribué. Nous avons mis le placenta dans un sac en plastique et nous sommes arrivés à l'hôpital. Mais je me sens bien", insiste Joseph, parlant la langue nationale de la Tanzanie, le kiswahili, par l'intermédiaire d'un traducteur. Paraissant imperturbable, elle s'est assise au bord du lit qu'elle partage avec deux autres femmes et leurs bébés dans la seule salle — où des femmes sont entassées — de la maternité de l'Hôpital régional de Dodoma, dans la capitale de la Tanzanie. Seule un rideau léger sépare des douzaines de nouveau-nés au repos des cris de ceux qui sont en train d'être mis au monde dans la salle d'accouchement voisine.

Joseph voulait donner naissance à son garçon — qui n'a pas encore reçu de nom — par le biais des aides-soignantes qui sont formées pour gérer des urgences sur-le-champ. "C'est plus sûr ici qu'à la maison". La décision n'est pas aussi nette et tranchée pour beaucoup d'autres futures mères dans cette nation de l'Afrique de l'est. La Tanzanie est classée cinquième endroit le plus dangereux en Afrique subsaharienne pour une femme de donner naissance, après la Sierra Leone, le Niger, le Malawi et l'Angola, selon des indicateurs de développement de la Banque mondiale. Les statistiques de la Banque mondiale montrent que pour 100.000 bébés nés vivants en 2000, la Tanzanie a connu en moyenne la mort de 1.500 femmes pendant la grossesse, le travail ou juste après l'accouchement. Cette année-là, près de 21.000 femmes sont mortes à la suite des problèmes survenus pendant la grossesse. La situation avait empiré déjà depuis une décennie quand le taux de mortalité maternelle était de 770 pour 100.000 naissances vivantes et environ 8.700 femmes étaient mortes à cause des complications pendant la grossesse.

Un sondage gouvernemental de 2005, effectué à partir d'une campagne de porte-à-porte, a montré que le taux de mortalité maternelle est passé de 529 décès en 1996 à 578 décès sur 100.000 naissances vivantes. Cette différence dans les chiffres serait due aux méthodes variées de collecte et de mesure de l'information.

Ces chiffres montrent toutefois une forte prévalence inadmissible des décès maternels et des préoccupations s'élèvent comme quoi le pays est en train de s'éloigner de l'Objectif du millénaire pour le développement des Nations Unies visant à réduire la mortalité maternelle de trois-quarts entre 1990 et 2015.

Des hôpitaux aux ressources limitées, une pénurie de cliniques dans des zones reculées, un système de transport pauvre et la pauvreté sont à l'origine des morts évitables des futures mères en Tanzanie.

Dans plusieurs cas, des habitantes des zones rurales respectent les croyances de leurs communautés, cherchant un guérisseur traditionnel pour délivrer leurs bébés d'une manière "naturelle" en utilisant des herbes et des méthodes séculaires.

Selon des statistiques de la Banque mondiale, des médecins ou infirmiers qualifiés ont pris part à moins de la moitié des naissances (46 pour cent) en Tanzanie entre 2000 et 2004.

"Il n'y a pas assez d'éducation sur les naissances sans risques", déclare à IPS, Elizabeth Massawe, une infirmière à l'hôpital de Dodoma. "Les femmes pensent que si elles viennent ici, nous les opérerons et elles sont effrayées. Elles préféreraient accoucher naturellement à la maison". Des activistes affirment qu'un accroissement des dépenses publiques pour la santé peut aider à réduire le taux de décès des femmes enceintes. Une pénurie grave des professionnels de santé formés compromet sérieusement le niveau des soins hospitaliers, avec seulement environ un médecin pour 20.000 patients, selon des statistiques gouvernementales.

"Nous avons besoin d'un budget plus important pour les soins de santé. Il y a un nombre inadéquat de professionnels de santé qualifiés et trop peu de cliniques dans des zones rurales", souligne Rose Mlay, coordinatrice pour la Tanzanie de l'Alliance du ruban blanc (White Ribbon Alliance). L'Alliance représente 50 organisations non gouvernementales impliquées dans la santé de la femme. "Des femmes peuvent être à une centaine de kilomètres de l'hôpital et cela coûte trop cher de conduire ou de prendre un taxi". Mlay a déclaré qu'on devrait enseigner aux chefs des communautés des compétences sanitaires basées sur la localité pour leur permettre de reconnaître des symptômes d'une grossesse à risques et des complications de l'accouchement.

Un autre facteur qui complique encore la question est l'inégalité de genre. En Tanzanie, les hommes prennent souvent des décisions concernant le ménage, ce qui signifie que les femmes cèdent le contrôle sur des décisions relatives à leur propre santé, a affirmé Ananilea Nkya de l'Association tanzanienne des femmes des médias, basée à Dar es Salaam. "Culturellement, les femmes ont un statut bas dans ce pays. Une femme n'est pas autorisée à prendre des décisions si son mari n'est pas à la maison", souligne Nkya.

Le président tanzanien, Jakaya Kikwete, a déclaré que le fait de s'attaquer au fort taux de mortalité maternelle du pays est une priorité — comparée aux efforts pour lutter contre les sept pour cent du taux d'infection du SIDA et pour réduire le chômage, qui affecte plus d'une personne sur dix. Le ministre de la Santé et du Bien-être social, David Mwakyusa, a annoncé en juin de cette année que le gouvernement aspirait à l'objectif de réduire de moitié le taux national de mortalité maternelle d'ici à 2010, soit 265 décès sur 100.000 naissances vivantes.

Plus de soins efficaces aux malades, de meilleurs équipements hospitaliers et une coordination améliorée entre les cliniques, et des chauffeurs d’ambulances ont été promis afin d'atteindre cet objectif. "Nous sommes optimistes parce qu'il semble y avoir maintenant une sorte d'engagement politique", estime Mlay de l'Alliance du ruban blanc. "Des femmes ne devraient pas être en train de mourir si inutilement".