RABAT, 23 juil (IPS) – L'association de lutte contre le SIDA (ALCS) au Maroc et TOTAL-Maroc — la filiale du groupe pétrolier français, installée à Casablanca, la capitale économique marocaine — se sont associés pour mener une campagne commune contre le VIH/SIDA et d'autres maladies sexuellement transmissibles (MST).
Les deux partenaires associés dans cette action conjointe ont lancé la campagne le 17 juillet après la signature, le mois dernier, d'une convention portant sur un programme de sensibilisation ciblant notamment les routiers marocains.
“Le but de cette action est de cibler une population mobile, vulnérable qui n'est pas stable et concerne particulièrement les routiers (chauffeurs et mécaniciens), car ils sont prédisposés à contracter les MST et le SIDA”, a déclaré à IPS, Dr Fatiha Rhoufrani, présidente de l'ALCS — section de Rabat, la capitale du Maroc. “Cette population est considérée comme une cible à risque exposée à tout danger en matière de maladies sexuellement transmissibles”. Agés de 25 à 40 ans, la plupart des routiers sont jeunes et sont réceptifs à la campagne. Mais pour ne pas entraver leur travail, la campagne se déroule pendant leurs escales dans des points de regroupements tels que les stations d'essence et les aires de repos. L'axe routier défini pour cette action est compris entre Tanger, une ville du nord du Maroc et Agadir, une grande cité du sud du pays, en passant par Casablanca.
“Cette sensibilisation vise les moyens de prévention et l'utilisation des préservatifs parce qu'on a constaté que ces routiers ont des informations erronées sur la transmission des infections sexuellement transmissibles; il faut donc leur apporter des éclaircissements sur le sujet”, ajoute Dr Rhoufrani.
Les contributions financières versées par les deux partenaires pour la campagne s'élèvent à quelque 700.500 dollars pour l'ALCS représentée par Dr Hakima Himmich, présidente de l'ALCS — section de Casablanca, et à environ 1,3 million de dollars pour TOTAL-Maroc représentée par Dimitri Xylinas, son directeur général.
Du côté des routiers, Bouchaib Farah, 32 ans et marié, qui assure la liaison entre plusieurs grandes villes marocaines depuis 14 ans, se dit convaincu du sérieux du programme. “C'est une très bonne chose d'entreprendre cette action auprès des camionneurs car la plupart d'entre nous passent beaucoup de temps sur les routes loin de la famille”, dit-il à IPS. “Par conséquent, certains d'entre nous ayant besoin de quelques moments intimes, font alors des rencontres évasives qui s'avèrent très dangereuses avec beaucoup de risques de contamination des MST”. Farah a également confirmé l'ignorance des routiers sur les moyens de prévention.
Selon les organisateurs, quatre axes sont prévus pour la réalisation du projet qui s'étalera sur 25 mois : la sensibilisation, la prévention, l'information, ainsi que la facilité et l'accès au dépistage du VIH.
Le mouvement intensif des routiers en cette période d'été facilite la tâche des bénévoles et activistes travaillant sur le sujet. Dr Warsas Lhoucine, médecin épidémiologiste, basé à Agadir, a expliqué les motivations de cette action à IPS. “Beaucoup d'études ont été réalisées dans d'autres régions d'Afrique concernant la population mobile, telle que les routiers. Au Maroc, on a mené une enquête préliminaire auprès d'un échantillon de 15 routiers au début de l'année 2007 pour définir le statut social et culturel de cette catégorie de la population et situer la cartographie définitive des lieux de rencontre”, a indiqué Lhoucine. “Cette étude a mis en évidence la fréquentation assidue des professionnelles du sexe et une absence d'utilisation de préservatif”.
Mais, cette situation n'est pas spécifique au Maroc car elle a été prouvée ailleurs, selon Dr Warsas, notamment en Afrique de l'ouest considérée comme l'une des régions du monde où la liaison entre migrations et VIH/SIDA est très forte, de même qu'en Afrique centrale.
La première étape de la campagne couvrira trois mois et concernera environ 200 personnes à travers des contacts avec les principales entreprises de transport de marchandises ainsi que le syndicat des camionneurs et des associations corporatistes. Selon les organisateurs, les trois premiers mois serviront d'expérience dont les résultats leur permettront de continuer leur travail après.
Le routier Mohamed Alem, qui assure la liaison entre le Maroc et l'Europe, est également sensible à cette opération bien que cela lui paraisse un peu pudique d'aborder l'utilisation des préservatifs et de parler des professionnelles du sexe. Jeune célibataire âgé de 28 ans, il déclare timidement à IPS que cela ne peut être que bénéfique pour les camionneurs. “C'est bien que l'information vienne vers nous, car c'est sûr qu'on ne va pas la chercher avec le travail qu'on fait, alors il vaut mieux en profiter pour en savoir plus sur la prévention. Le SIDA me fait peur!”, dit-il.
“Personnellement, je passe les trois quarts de ma vie dans la cabine de mon camion-container et bien sûr, cela m'arrive souvent d'avoir des rapports avec 'ces femmes' que je ne connais même pas, mais c'est juste un bref moment de plaisir qui peut me coûter trop cher”, confie Alem à IPS. “Je suis donc concerné par ce programme et puis, il vaut mieux prévenir que guérir”. L'institut Pasteur de Casablanca, créé en 1931 — filiale de l'Institut Pasteur de Paris — est également un partenaire dans cette opération. Il est disposé, selon les organisateurs, à faciliter l'accès au dépistage et à donner des soins aux routiers infectés. Ils promettent de publier une statistique sur les cas d'infection constatés à la fin du programme.
Par ailleurs, un comité de pilotage est mis en place pour assurer une efficacité opérationnelle à la campagne et le suivi du programme.

