POLITIQUE: ''Prendre le taureau par les cornes et aller vers un nouveau pays – l'Afrique''

ACCRA, 2 juil (IPS) – Des positions s'expriment concernant la création d'un gouvernement panafricain, et ce, au sommet annuel de l'Union africaine (UA), en cours à Accra. Des chefs d'Etat et de gouvernement venus de partout du continent ont entamé la réunion dimanche dans la capitale ghanéenne; les discussions prendront fin mardi.

Sur les 53 membres de l'UA, environ 30 sont représentés par leurs dirigeants.

Un gouvernement à l'échelle continentale est le point clé à l'ordre du jour du sommet de cette année. Une étude réalisée en 2006 par l'UA, 'Un gouvernement de l'Union africaine : vers les Etats-Unis d'Afrique', a suggéré qu'un tel gouvernement puisse être mis en place d'ici à 2015 — réalisant ainsi une aspiration qui remonte à la création du prédécesseur de l'union, l'Organisation de l'unité africaine. Pendant que certains sont prudents au sujet de la création d'un gouvernement de l'UA, d'autres croient que c'est important pour aider l'Afrique à émerger de la pauvreté et du sous-développement.

"Nous devons prendre le taureau par les cornes et aller vers un nouveau pays — l'Afrique", a déclaré dimanche Alpha Oumar Konare, président de la Commission de l'UA.

Il a également indiqué que "… l'intégration politique… nous donnera plus de poids et d'atouts dans des négociations avec d'autres blocs".

Certains organes panafricains sont déjà installés.

"Nous avons le Parlement panafricain et la Cour de justice de l'Afrique", a noté Konare. Mais, "ces structures manquent de pouvoir : ce ne sont pas des structures efficaces. Un gouvernement d'union renforcera leur pouvoir.

Le parlement a été installé en 2004, en partie pour promouvoir la bonne gouvernance et la démocratie à travers le continent. Bien qu'un protocole instituant la Cour de justice de l'Afrique soit en place, il ne peut entrer en vigueur qu'après la ratification de tous les Etats membres de l'UA. A ce jour, juste une poignée l'a fait. Le partisan le plus énergique du gouvernement continental, le président libyen Muammar Kaddafi, n'était pas présent à la cérémonie d'ouverture de la réunion des dirigeants africains. Le président du Ghana, John Kufuor, a déclaré que les opinions des citoyens devraient être requises sur la question d'un gouvernement de l'UA — et que des regroupements plus puissants étaient nécessaires pour qu'une telle autorité prenne forme.

Une absence de la libre circulation des personnes et des biens dans les diverses régions aurait retardé l'intégration. Des statistiques produites par la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique indiquent, par exemple, que le commerce régional dans la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest représente le quart du commerce du bloc avec l'Europe.

L'appel pour la libre circulation des personnes a été repris par des activistes présents au sommet.

"Nous demandons à nos excellences de lever toutes les exigences du visa pour permettre aux citoyens africains de voyager à travers le continent; ceci constituera un premier pas vers le protocole qui sauvegardera le droit au logement, au travail et à la circulation. Sans une citoyenneté continentale, le gouvernement continental n'a pas de sens", a souligné un communiqué publié par environ 150 organisations de la société civile en provenance de 30 pays africains. Les activistes ont également pris position sur la question des Accords de partenariat économique (APE) — accords qui sont prévus pour entrer en vigueur d'ici à l'année prochaine et que beaucoup craignent qu'ils n'entraînent l'Afrique plus en profondeur dans la pauvreté. Des centaines d'activistes portant des T-shirts ornés de messages anti-pauvreté et des pancartes arborant le slogan "Dis non aux APE" ont organisé des manifestations pacifiques ce week-end en dehors du lieu de la réunion. Les APE sont destinés à rapprocher le commerce entre l'UE et l'Afrique, les Etats des Caraïbes et du Pacifique (le bloc ACP) conformément aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les nations ACP jouissent actuellement d'un accès préférentiel aux marchés de l'Europe sans réciprocité. Selon les exigences de l'OMC, on demandera aux Etats ACP de commencer par ouvrir leurs marchés aux produits européens à partir de 2008 — cette nouvelle relation est régie par les APE. Tetteh Hormeku, coordonnateur du Réseau africain pour le commerce, croit que cette politique s'avèrera désastreuse. "Des produits européens bon marché et souvent subventionnés envahiront nos marchés, supplantant les produits locaux et approfondissant la crise que vivent les producteurs locaux, conduisant davantage à la perte d'emplois et de moyens de subsistance", a-t-il déclaré. Le réseau est un organisme qui chapeaute des organisations travaillant sur les questions de commerce international et de leur impact sur le développement de l'Afrique. Des préoccupations similaires ont été soulevées par des associations et syndicats des agriculteurs ouest-africains qui se sont rencontrés du 26 au 29 juin à Accra dans le but de planifier des manières d'aborder les APE. Un communiqué issu de cette rencontre, exigeant un arrêt immédiat des discussions sur l'APE, est prévu pour être soumis aux dirigeants de l'UA. Des craintes existent également que des agriculteurs africains, déjà frappés durement par des subventions que des pays riches octroient à leurs fermiers, soient moins favorisés avec l'entrée en vigueur de ces accords. Des pertes financières substantielles sont redoutées si les APE entraient en vigueur. Des analystes soutiennent que ceci diminuera les dépenses publiques sur les services sociaux tels que la santé, l'éducation et l'approvisionnement en eau — des services qui sont déjà réduits. Lors d'une session, le 28 juin à Accra, du Conseil exécutif de l'UA, composé des ministres des Affaires étrangères africains, Elisabeth Tankeu — commissaire au commerce et à l'industrie de l'UA — a déclaré qu'il y avait peu d'avancées pour assurer que les négociations de l'APE garantiraient le développement. Les Etats membres de l'UA, présents à la session, ont également déclaré que les pays ACP avaient été soumis à des pressions de la part de l'UE pour accepter les APE. "Nous devons persuader l'UE d'éviter d'exercer de telles pressions. Si nous succombons aux pressions, nous aurons le commerce sans le développement", ont-ils dit.

Hauwa Mustapha du Congrès des travailleurs du Nigeria a souligné : "C'est notre espoir que nos gouvernements ne se laisseront pas entraîner par le programme de l'UE".