JOHANNESBURG, 12 fév (IPS) – Des inondations ont touché toute une partie de l'Afrique australe, depuis le Mozambique à l'est jusqu'à l'Angola à l'ouest, provoquant une augmentation sensible des cas de choléra et de paludisme, affirment des travailleurs humanitaires.
Des pluies torrentielles d'un bout à l'autre de l'Angola, de la Zambie, du Mozambique et du Malawi ont, depuis janvier, amené avec elles la destruction et des maladies, selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge et des sociétés du Croissant Rouge (FICR), qui aide actuellement des milliers de personnes dans la région.
"Plus de 120.000 personnes ont été affectées; parmi elles quelque 52.700 ont été temporairement déplacées (à peu près 27.400 au Mozambique, 13.800 à Madagascar, 6.000 en Angola et 5.500 au Malawi), a rapporté le mois dernier le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
L'OCHA a estimé que 84 personnes avaient été tuées, la plupart d'entre elles en Angola, et que plusieurs autres avaient été portées disparues. Les marées hautes avaient détruit des centaines d'hectares de cultures et endommagé des écoles, des bâtiments publics, des réseaux routiers, des ponts et des infrastructures de communication, souligne le rapport.
Le Mozambique en particulier a souffert de la dégradation des conditions. "Le Mozambique n'a pas encore déclaré l'état d'urgence. Mais les autorités de ce pays ont demandé aux populations dans les zones touchées d'aller sur une terre plus haute pour éviter les inondations", a déclaré à IPS par téléphone, Tamuka Chitemere, en charge de la gestion des désastres à la FICR, depuis le siège régional de l'organisation dans la capitale zimbabwéenne, Harare.
"Les populations sont vulnérables. Elles ne vivent pas dans des bâtiments en dur. Chaque fois qu'il y a de fortes pluies, leurs maisons sont détruites", a dit à IPS par téléphone Chris McIvor, directeur de programme de 'Sauver les enfants Royaume-Uni' au Mozambique.
Jusqu'à 46.500 Mozambicains pourraient être affectés par les crues, a indiqué le directeur de l'Institut national de gestion des désastres, Paulo Zucula, selon la British Broadcasting Corporation (BBC) jeudi. Au moins 29 personnes ont trouvé la mort, et 4.600 maisons, 100 salles de classe ont été détruites par les orages et inondations, a rapporté la BBC. La situation en Angola, qui sort de plusieurs décennies de conflit armé sanglant, n'est pas non plus meilleure. "Dans la région de Cacuaco en Angola, au moins 71 personnes ont été tuées et 184 familles ont perdu tous leurs biens personnels. Des routes ont été inondées et des ponts endommagés. Les fortes pluies ont également aggravé l'épidémie de choléra qui s'est déclenchée l'année dernière. Depuis le 1er janvier, un total de 3.868 nouveaux cas a été rapporté dans 15 des 18 provinces, avec Luanda, Cabinda et Benguela, les régions les plus durement touchées", a déclaré la FICR dans un communiqué remis à IPS jeudi.
"Les membres de notre équipe sur le terrain en Angola distribuent des fournitures d'urgence comme les tentes, les comprimés de chlorine pour purifier l'eau ainsi que des jerrycans aux personnes affectées", a souligné Chitemere. Selon la FICR, 180.000 ménages ont bénéficié des kits de même que des messages de promotion de l'hygiène.
Une campagne similaire de sensibilisation sanitaire est envisagée pour le Mozambique, qui est considéré comme un pays vulnérable aux inondations. "Nous distribuerons bientôt des prospectus dans des langues locales et nous diffuserons des messages pour préparer les populations aux inondations", a expliqué McIvor. Le monde extérieur se souvient peut-être du Mozambique à travers une femme qui a accouché au sommet d'un arbre durant les inondations dévastatrices qui ont déplacé un million de personnes et tué 700 autres entre 2000 et 2001. Des séquences télévisées montraient des populations traumatisées, dont des femmes avec des bébés attachés au dos, bloquées dans des villages isolés en train d'être évacuées par hélicoptères vers un lieu sûr. "En Zambie, nous avons envoyé des matériels de protection pour fixer des toits qui ont été détruits par les fortes pluies", a indiqué Chitemere.
En général, les pluies commencent en novembre et prennent fin en mars dans la plupart des 14 états membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). A part le choléra — qui a touché le Mozambique, l'Angola, la Zambie et le Zimbabwe, faisant au moins 143 morts — le paludisme fait également beaucoup de dégâts dans certaines parties de la région. Le paludisme est transmis par des moustiques qui se reproduisent dans des eaux stagnantes.
Au Mozambique, McIvor dit qu'ils ont fait don de moustiquaires et de couvertures pour aider à prévenir la maladie qui est endémique, en particulier au Malawi, au Mozambique, en Angola et en Zambie.
L'inondation de cette année, qui selon des météorologistes et agences d'aide, a commencé plus tôt que prévu, est loin d'être finie. "De grands fleuves de la région, comme le Pungwe, le Lucite, le Licungo, le Mutumba, le Shire et le Zambèze, sont sortis de leurs lits et en particulier, dans le fleuve Zambèze et les affluents environnants, les niveaux d'eau ont atteint leur seuil d'alerte. Il faut s'attendre à davantage d'inondations", a déclaré l'OCHA.
Françoise Le Goff, chef du bureau régional de la FICR à Harare, a souligné que son organisation avait débloqué plus de 216.000 dollars pour participer aux efforts d'aide en Angola, au Malawi, au Mozambique et en Zambie.
"Un appel d'urgence pour combattre le choléra en Angola pour un montant de 1,2 million de francs suisses (960.000 dollars) a été étendu jusqu'en juin 2007. A ce jour, c'est seulement couvert à 55 pour cent et on demande d'urgence aux donateurs d'accroître leur aide pour éviter une propagation supplémentaire des épidémies, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

