NAIROBI, 22 jan (IPS) – L'Amérique latine n'est pas seule à connaître des protestations croissantes contre la privatisation des services publics. En Afrique, un différend tanzanien a échoué dans des tribunaux britanniques.
Les questions globales autour de la privatisation de l'eau affluaient au Forum social mondial (FSM) dimanche lorsqu'une coalition féministe tanzanienne a exposé les grandes lignes de ses préoccupations.
City Water, un consortium de Biwater en Grande-Bretagne, Gauff en Allemagne et d'une société locale Superdoll, avait repris la fourniture de l'eau à Dar Es Salaam, la capitale tanzanienne, dans un contrat d'un montant de 102 millions de dollars, sur une durée de dix ans, qu'il a signé avec le gouvernement tanzanien en 2003.
Deux ans après, le gouvernement — sous la pression des consommateurs qui se plaignaient de services médiocres — a résilié le contrat. Biwater, agissant au nom du consortium, s'est adressé à la Haute cour de Grande-Bretagne pour qu'il prenne une ordonnance afin d'empêcher le gouvernement tanzanien de mettre illégalement fin à leur contrat. La compagnie a également demandé une compensation.
Deus Kibamba, coordonnatrice de la Coalition féministe activiste en Tanzanie, a narré la saga au FSM dimanche, au cours d'une session qui devait débattre d'une stratégie internationale commune de la société civile sur la 'Promotion du droit de l'Homme à l'eau'.
Privatisation forcée? "La privatisation de l'eau était une condition de la Facilité d'ajustement structurel renforcé du Fonds monétaire international (FMI) et de 2000 à 2003, c'était une condition d'un Programme de croissance et de réduction de la pauvreté du FMI. Donc, le gouvernement était pratiquement contraint de privatiser l'eau", a déclaré Kibamba.
"Les gens se révoltaient contre les mauvaises performances de la société", a déclaré Ruth Munshi de Tanzanie, ajoutant que le ressentiment populaire contre les monopoles privés de l'eau n'était pas seulement confiné à la Tanzanie, mais était un phénomène mondial.
Des manifestations anti-privatisation ont secoué des parties d'Amérique latine ces dernières années, et des protestations ont également eu lieu en Afrique, aux Caraïbes et en Asie.
Selon la Banque mondiale, la Tanzanie fait partie des pays très endettés au monde, avec une dette extérieure d'environ 7,5 milliards de dollars. Au moins 27 pour cent (9,8 millions de personnes) de la population de la Tanzanie n'ont pas accès à l'eau potable. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance estime que 40 pour cent des enfants ayant moins de cinq ans souffrent de diarrhée parce qu'ils boivent de l'eau non potable.
'Société fleuron'? Selon Mushi, City Water était supposé être le fleuron du projet de privatisation d'eau en Afrique, mais n'y est pas parvenu parce qu'il était plus intéressé par son "résultat financier" — c'est à dire ses profits.
Le gouvernement tanzanien dit qu'il a résilié l'agrément de City Water parce que le consortium n'avait pas honoré les termes de son contrat. Toutefois, dans de précédents rapports, City Water a indiqué qu'il avait reçu des informations inexactes sur des questions cruciales comme l'ampleur de l'infrastructure endommagée et le nombre de consommateurs actifs.
Pour Kibamba, la société civile doit faire pression sur le gouvernement tanzanien pour qu'il ne se soumette pas à la privatisation des services publics: "Il n'y a eu aucune consultation avec la population sur une question aussi importante… Nous ne fléchirons pas".

