COTONOU, 15 jan (IPS) – Huguette Akplogan-Dossa est la coordinatrice du réseau 'Social Watch Bénin', qui regroupe plus de 150 organisations de la société civile au Bénin. Le réseau s'est spécialisé dans le contrôle citoyen de l'action publique et affirme qu'elle est l'une des organisations les mieux écoutées par le pouvoir "sans être un sous-fifre du gouvernement". Akplogan-Dossa explique, dans une interview à IPS, les méthodes d'action de son réseau.
IPS : Depuis le Forum social mondial de Bamako en 2006, qu'est-ce qui a changé dans la résolution des revendications de la société civile béninoise? Huguette Akplogan-Dossa (HAD): Nous sommes allés à Bamako dans l'optique de partager l'expérience de Social Watch Bénin avec quelques organisations du Niger, du Mali, du Sénégal, de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. De Bamako à ce jour, il faut dire qu'au niveau du Burkina Faso et du Mali, la mise en place du contrôle citoyen de l'action publique a évolué. Au niveau du Sénégal, quelque chose a commencé également pour la création d'une cellule du réseau pour le contrôle citoyen de l'action publique, mais n'est pas encore allé loin. IPS : Et au Bénin? HAD : Au niveau du Bénin, nous travaillons dans plusieurs domaines. Nous suivons les stratégies nationales de développement. En 2006, le gouvernement nous a associés à l'élaboration du deuxième Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté (DSRP II). Nous sommes allés dans toutes les 77 communes du Bénin pour recueillir les aspirations profondes des populations pour les intégrer au DSRP II. Nous avons également élaboré notre deuxième rapport alternatif pour le suivi de la mise en œuvre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) par le gouvernement béninois. Dans ce rapport, nous avons fait des constats, fait ressortir les différents défis à relever encore et nous avons proposé des alternatives. Ce sont donc ces deux documents — le DSRP II et le deuxième rapport alternatif sur les OMD — que nous amenons à Nairobi pour montrer que de Bamako à Nairobi, nous avons fait des progrès. IPS : Avez-vous l'impression d'être écoutés, ou utilisés par le gouvernement? HAD : En réalité, nous ne sommes pas un bras du gouvernement. Nous avons nos stratégies. C'est justement pour éviter d'être utilisés par le gouvernement que nous avons choisi l'approche budgétaire pour faire notre contrôle citoyen de l'action publique. Nous avons disséqué les budgets de l'Etat pour 2006 et 2007. Nous avons ensuite fait du lobbying auprès du Conseil économique et social, de l'Assemblée nationale et du gouvernement. Et nous avons fait des observations et des recommandations pour que le gouvernement améliore les chapitres relatifs aux aspects sociaux des deux budgets. IPS : Avez-vous obtenu satisfaction? HAD : Pour le moment, nous avons espoir parce que nos recommandations ont été prises en compte. Nous sommes allés ensemble, avant le vote, dépouiller le budget avec les députés. Nous les avons donc orientés dans leur prise de décision. Et comme toutes ces recommandations ont été prises en compte par le gouvernement, cela a facilité l'adoption du budget 2007, par exemple, en décembre dernier. IPS : Votre réseau doit donc se sentir fier de ses actions au Bénin! HAD : Nous pouvons nous targuer aujourd'hui de dire que nous sommes une des organisations de la société civile qui, sans être un sous-fifre du gouvernement ou de l'Assemblée nationale, éclaire les gouvernants pour qu'ils prennent des décisions dans le sens de nos objectifs. IPS : Vous avez donc une bonne collaboration avec les autorités! HAD : Oui, nous avons une bonne collaboration avec les autorités parce que nous avons une stratégie de plaidoyer et de lobbying qui nous permet d'utiliser les bonnes manières pour aborder les autorités sans nous faire phagocyter. IPS : Le mouvement citoyen se porte-t-il donc bien au Bénin? HAD : Je dirai que le mouvement citoyen se porte bien au niveau de Social Watch Bénin parce que nous, nous travaillons sur la thématique du contrôle citoyen de l'action publique. Mais en réalité, la société civile béninoise ne se porte pas bien. IPS : Que se passe-t-il? HAD : La société civile béninoise a besoin d'être réorganisée. C'est l'ancien gouvernement béninois qui avait organisé ou cautionné le désordre. Chaque ministère avait ses mouvements, ses organisations de la société civile, etc. Bref, le gouvernement pratiquait la politique de la division pour régner. Or, à l'étape où nous sommes aujourd'hui, il faut mettre toutes les forces ensemble pour aller au développement. L'heure n'est plus à la division et c'est ce que nous prônons aujourd'hui à Social Watch Bénin. IPS : La réorganisation de la société civile béninoise a-t-elle déjà commencé ou tout est encore au futur? HAD : Au niveau de la société civile en général, ce travail n'a pas commencé, il y a encore du cafouillage. Mais au niveau de Social Watch, nous avons déjà commencé par regrouper toutes les organisations qui ont des objectifs similaires. Nous mettons ensemble, par exemple, toutes celles qui interviennent dans le VIH/SIDA, dans l'environnement, dans le paludisme, etc. Cela peut servir un jour à aller vers la réorganisation de la société civile béninoise.

