POLITIQUE: L'ONU reste paralysée au sujet des combats en Somalie

NATIONS UNIES, 3 jan (IPS) – Lorsque les Nations Unies ne sont pas intervenues immédiatement durant les attaques israéliennes d'un mois contre le Liban en juillet dernier, le Conseil de sécurité a été accusé de traîner délibérément les pas pour donner plus de temps pour une victoire militaire décisive à l'Etat juif.

Le Conseil de sécurité fort de 15 membres a pris plus d'un mois pour adopter une résolution appelant à un cessez-le-feu, période pendant laquelle des centaines et des milliers de civils libanais avaient été tués par des raids aériens israéliens qui ont dévasté des parties de Beyrouth, la capitale libanaise. "Nous assisterons probablement à un scénario similaire dans la Corne de l'Afrique si le Conseil de sécurité n'agit pas immédiatement", prédisait un diplomate arabe, parlant sous le couvert de l'anonymat.

Depuis le 24 décembre, le gouvernement éthiopien, fort militairement, est en train de lâcher sa puissance de feu contre les forces hétéroclites de l'Union des tribunaux islamiques (UIC) basées précédemment dans la capitale, Mogadiscio.

Le gouvernement éthiopien, qui a reçu l'appui tacite des Etats-Unis, soutient les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) basé à Baidoa engagées dans un combat de terrain contre l'UIC en Somalie. A la question de savoir si le Conseil de sécurité "donnait du temps aux Ethiopiens pour finir ce qu'ils sont en train de faire dans ce pays", le secrétaire général sortant de l'ONU, Kofi Annan, avait servi une réponse politiquement prudente.

"Je pense que le conseil fait un véritable débat, et j'espère qu'ils pourront conclure leur discussion", a-t-il dit aux journalistes, le 27 décembre.

Mais il a indiqué avoir parlé au Premier ministre éthiopien Meles Zenawi qui l'avait assuré que l'attaque militaire était une "opération limitée".

Prié de donner plus d'explication, Annan a déclaré : "Je ne veux pas aller au-delà. Il a indiqué qu'ils ne sont pas là pour une longue période, c'est une opération limitée. Et heureusement, ils ne seront plus là dans quelques jours".

Appelant pratiquement au retrait des troupes éthiopiennes de la Somalie, Annan a également dit que "c'est essentiel que les gouvernements voisins restent en dehors de cela".

Zenawi a déclaré le 26 décembre qu'entre 3.000 et 4.000 soldats éthiopiens avaient "cassé les reins" aux forces islamiques. Mais il n'avait donné aucune indication sur le moment où ses troupes allaient se retirer.

Le conflit en Somalie a été déclenché par un long désaccord qui couvait entre le gouvernement transitoire de Somalie à Baidoa et la force islamique à Mogadiscio. Les Nations Unies apportent un soutien au gouvernement de transition au motif que la force islamique a des liens avec al Qaeda.

Pendant ce temps, un Conseil de sécurité divisé discutait d'un projet de résolution qui demande à "toutes les forces étrangères de se retirer immédiatement du territoire somalien et de cesser leurs opérations militaires à l'intérieur de la Somalie".

Mais ce chapitre était en discussion à cause de l'opposition, principalement des Etats-Unis et de la plupart des membres du conseil. Le projet, soutenu fortement par la Ligue des Etats arabes, était l'idée personnelle du Qatar, un membre non permanent qui assurait la présidence du Conseil de sécurité le mois dernier.

Le révérend Gabriel Odima, président du Centre pour la paix et la démocratie en Afrique, a dit que la guerre actuelle en Somalie était un avertissement pour la Corne de l'Afrique. Une carte politique de la Somalie montrera que l'Etat n'existe actuellement que sur le plan géographique, sans aucun gouvernement, a-t-il ajouté.

"La communauté internationale a déçu les populations de Somalie au cours des 16 dernières années, et ce qui semble être des intentions non déclarées commencent par se faire jour en Somalie", a indiqué Odima à IPS.

La guerre n'est pas la réponse à la situation actuelle en Somalie, a-t-il souligné. "L'Ethiopie devrait se retirer de la Somalie et il devrait y avoir un dialogue au sein des leaders pour trouver une solution politique pour la Somalie".

"Et il est temps que les Etats-Unis encouragent toutes les parties impliquées dans la crise somalienne à chercher un règlement politique et à mettre fin à ce carnage", a-t-il ajouté. Tom Baranauskas, un grand analyste militaire suivant de près les développements au Moyen-Orient/en Afrique à ‘Forecast International’ basé au Connecticut, aux Etats-Unis, prédisait que les Ethiopiens l'emporteraient sur le terrain de la bataille conventionnelle.

"Toutefois, les islamistes affirment qu'ils projettent d'aller vers des opérations de type guérilla, auxquelles les Ethiopiens seront probablement plus vulnérables", a-t-il dit à IPS.

La contre-insurrection requiert une mentalité flexible que l'armée éthiopienne, avec son héritage de formation soviétique, ne peut probablement pas bien faire.

Par ailleurs, a-t-il noté, l'armée éthiopienne a de sérieux problèmes moraux datant de plusieurs années jusqu'à une guerre civile généralisée suite aux résultats contestés des élections législatives de mai 2005.

Il a également fait remarquer qu'il y avait eu des désertions croissantes du personnel de l'armée éthiopienne, y compris des pilotes.

De même, alors qu'on est en train de réorganiser l'armée pour en faire une force professionnelle, il y a toujours une importante présence d'anciennes milices dans les rangs qui ne semblent pas encore avoir été complètement intégrées.

Pendant ce temps, l'Ethiopie a été également impliquée dans une longue guerre frontalière avec son voisin, l'Erythrée.

Annan a qualifié le conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée "d'exemple classique de tragédie" sur le continent africain.

"Deux pays pauvres ayant cruellement besoin de développement, ayant cruellement besoin de sécurité alimentaire pour pouvoir protéger leurs populations (et qui) sont allés en guerre", a déclaré Annan en octobre dernier.

Il a indiqué que les deux pays étaient allés en guerre "au sujet d'un territoire, au sujet d'un différend sur une région dénommée Badme, qui est une zone aride". "Ils ont dépensé des centaines de millions de dollars pour acheter de l'équipement, pour armer leurs militaires et ils ont combattu", a-t-il dit.

Depuis l'incursion de l'Ethiopie en Somalie le 24 décembre, il y a eu des informations selon lesquelles l'Erythrée envoyait des troupes pour soutenir les forces islamiques, menaçant ainsi de transformer la guerre en un conflit régional.

Baranauskas a souligné que les deux pays recevaient des armes des mêmes sources: la Russie et les anciennes républiques soviétiques.

Il a également souligné que pendant plus d'une année, des rumeurs faisaient état de ce que l'Erythrée cherchait à utiliser la Somalie pour une guerre par personnes interposées contre l'Ethiopie.

"Cela consoliderait certainement la position stratégique de l'Erythrée si l'Ethiopie se laissait entraîner dans un conflit prolongé, qui sapera ses ressources et détournera son attention", a-t-il déclaré. L'histoire des conflits frontaliers de l'Ethiopie avec la Somalie (les deux pays ont mené une guerre acharnée en 1977 pour le contrôle de l'Ogaden) fait qu'il est probable que l'Ethiopie cherche à résoudre ces différends par la force des armes.

"Ce que je trouve particulièrement intéressant au sujet des récents combats est le calme dont fait preuve l'Erythrée. Elle a déjà affiché une tendance à soutenir les milices islamistes, et le soutien maintenant déclaré de l'Ethiopie au gouvernement somalien appuyé par l'ONU, place la barre plus haut pour que l'Erythrée à son tour augmente son niveau de soutien aux islamistes, qui je suis certain, ont approché l'Erythrée pour qu'il accroisse son appui en conséquence", a expliqué Baranauskas. Tout porte à croire, a-t-il ajouté, que ceci pourrait se transformer en une pagaille qui pourrait également impliquer des pays voisins comme le Kenya, qui est en train d'accroître le nombre de ses troupes à la frontière somalienne comme des tensions s’y sont accrues.