ENVIRONNEMENT-GUINEE: L'ensablement du fleuve Niger appauvrit les populations

CONAKRY, 28 déc (IPS) – Dans le village de Faranah, en pleine savane guinéenne, des îlots de sable se sont formés dans le lit du fleuve Niger, provoquant la baisse des récoltes, des produits de pèche et la misère des populations qui vivent le long de ce grand fleuve ouest africain qui coule de la Guinée au Nigeria.

Long de 4.200 km, le fleuve Niger prend sa source en Guinée, dans la région de Faranah, à environ 460 kilomètres de Conakry, la capitale guinéenne. Outre la Guinée, le Niger arrose huit autres pays d'Afrique de l'Ouest – Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Burkina Faso, Bénin, Cameroun, Tchad et Nigeria – avant de se jeter dans l'Océan Atlantique, au Nigeria.

Avec l’ensablement de ce cours d’eau, ce sont 210.000 km2 de terres cultivables qui sont gravement affectées, et les activités d’environ 110 millions de personnes qui sont perturbées, indique, Namory Diakité, chef de la division météorologie à Conakry.

‘’L'ensablement du fleuve Niger a fait dégringoler nos revenus. Le niveau de l'eau ne permet pas le renouvellement des ressources halieutiques. Les poissons sont menacés parce qu'il n'existe pratiquement plus de zones profondes où ils peuvent se reproduire’’, explique à IPS Lanciné Camara, responsable d'un groupement d'environ 300 pêcheurs.

Pas plus loin qu’au début des années 90, poursuit-il, ‘’nous parvenions à avoir plus de 50 kilogrammes de poissons en une heure de pêche. Aujourd'hui, toute une nuit de travail ne suffit pas pour avoir le quart de cette quantité’’.

Chez les agriculteurs, c’est la même désolation. En l'espace de quelques années, les récoltes de riz de Famoro Camara ont diminué de plus de la moitié.

‘’Sans engrais, j’obtiens difficilement aujourd’hui huit sacs de riz à l'hectare – environ une tonne. Auparavant, j’obtenais plus de 20 sacs sur chaque hectare’’, se plaint Camara à IPS.

Conséquence, confie Camara, qui est également muezzin à la mosquée de Faranah, ‘’nous ne parvenons même plus à assurer notre nourriture quotidienne, à plus forte raison, envoyer nos enfants à l'école’’.

‘’L'ensablement du fleuve Niger en Guinée a trois causes principales : le déboisement, l'érosion des sols, et les perturbations climatiques qui ont sensiblement fait diminuer les quantités de pluie’’, explique à IPS Benjamin Tounkara, un ingénieur des eaux et forêts.

De Faranah à Tiro, soit sur une distance de 40 km, on ne rencontre plus de galeries forestières. ‘’Le couvert végétal n'existe plus ici. La savane a gagné du terrain et plusieurs petits marigots ont disparu’’, déplore Tounkara.

Jusqu'en 1970, dans l'ensemble du bassin du fleuve Niger, on recueillait 50 millimètres (mm) de pluies par an, dans le Nord, et jusqu'à 4.000 mm dans les régions les plus arrosées du Sud. La pluviométrie a chuté actuellement à 30 mm au Nord, et à 375 mm au Sud, rapporte Diakité à IPS.

‘’La frontière en deçà de laquelle la pluie tombe ne fait que progresser d'année en année vers le sud provoquant une désertification complète des zones privées d'eau dans le bassin du fleuve Niger. Le niveau des nappes souterraines a considérablement diminué’’, ajoute Diakité.

En 1997, la Guinée a bénéficié, de la part du comité international de lutte contre la désertification, d'une aide d'environ 50.000 USD destinée à élaborer son programme national de lutte contre la désertification, rapporte Djiramba Diawara, cadre de la direction nationale des eaux et forêts.

‘’L'objectif du programme est de lutter contre la déforestation, l'érosion des sols, l'agriculture itinérante, les feux de brousse et le surpâturage qui occasionnent des dégâts considérables sur les terres’’, confie Diawara à IPS.

Entre 2004 et 2005, les autorités guinéennes ont parallèlement entamé une campagne de reboisement des bordures du fleuve Niger.

Diawara rappelle à la communauté internationale que c'est la baisse des récoltes et des produits de pêche qui provoque l'insécurité alimentaire et accélère la pauvreté et la misère sur le continent africain.

‘’La conséquence directe de ce phénomène est l'immigration économique vers les pays du Nord, avec tous les problèmes que cela peut provoquer dans les zones d'accueil’’, avertit Diawara.

Il appelle alors la communauté internationale à prendre à cœur la lutte contre la désertification si elle ne veut pas voir se déverser sur l’Occident ces paysans appauvris par la nature.