KHARTOUM, 7 déc (IPS) – Le cinquième sommet du groupe des Etats Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) démarre ce jeudi dans la capitale, Khartoum, au milieu de fortes spéculations sur le sort des accords commerciaux entre l'Union européenne et les nations ACP.
Le groupe ACP comprend actuellement 79 pays, dont 48 de l'Afrique subsaharienne. Il a été créé en 1975 avec l'intention initiale d'améliorer la coopération entre les Etats membres et l'UE (plusieurs pays ACP étant d'anciennes colonies de nations européennes). Au nombre des objectifs actuels du groupe, figurent l'intégration des Etats membres dans l'économie globale et la réduction de la pauvreté à travers les ACP, qui comptent plusieurs parmi les pays les plus pauvres du monde.
Actuellement, l'UE offre des avantages commerciaux non réciproques aux membres ACP — ce qui signifie que les Etats jouissent d'un accès préférentiel aux marchés européens sans qu'on leur demande de consentir le même accès aux nations de l'UE. Cette situation n'est toutefois pas compatible avec les règles de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). En conséquence, elle est en train d'être renégociée à travers la création d'Accords de partenariat économique (APE) conformes à l'OMC, qui devraient entrer en vigueur d'ici à la fin de 2007.
Le délai de 2007 est stipulé par l'article 37 de l'Accord de Cotonou de 2000 — du nom de la capitale économique béninoise où il a été signé — qui régira les relations ACP-UE jusqu'en 2020.
Mais, les négociations des APE se sont révélées difficiles, avec certains pays craignant que leurs économies ne puissent supporter la compétition des produits européens dans les années à venir.
"Les pays ACP ne sont pas encore prêts à commercer sur une base égale avec l'UE", a déclaré Ali Yousif, ambassadeur du Soudan à l'EU. "C'est comme un combat de boxe où vous avez un poids lourd aux prises avec un poids léger. La partie européenne sera à coup sûr la gagnante". A la lumière de ceci, les APE constitueront sûrement une question clé au sommet de deux jours entre les chefs d'Etat ACP.
"Les négociations des APE constituent l'ossature et la pierre angulaire (du sommet)", a indiqué à IPS mardi, Ahmed Hussein, conseiller économique à l'ambassade soudanaise à Bruxelles, en marge des rencontres ministérielles qui se tenaient en prélude au sommet. Les nations ACP affirment que la date limite de 2007 ne leur donne pas assez de temps pour discuter des APE.
"Les nations ACP veulent prolonger le délai l'article 37 de l'Accord de Cotonou pour une nouvelle durée", a indiqué Hussein. "Ils ont besoin de temps supplémentaire pour réfléchir. C'est le débat qui a cours ici".
Yousif a souligné : "La seule année qui reste ne suffit pas pour que toutes les régions préparent et signent des accords et prennent des décisions en connaissance de cause".
"Certains pays veulent trois ans, d'autres veulent quatre ou six", a-t-il dit à IPS.
Le ministre des Affaires étrangères du Lesotho, Monyane Moleleki, a fait des observations similaires dans des propos tenus dimanche à Khartoum.
"Toutes les régions sont en retard en termes de négociations avec l'Union européenne", a-t-il noté. "Comment allons-nous avancer sur cette question?" Obtenir un consensus sur la meilleure voie de sortie parmi les 79 pays n'est pas chose aisée.
"Les populations d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ont différentes opinions sur la manière de créer un APE", a déclaré Brian Bowler, l'ambassadeur du Malawi à l'UE. "Le défi maintenant est d'essayer de synchroniser notre approche conjointe".
Il a également souligné que même si des accords de commerce préférentiels pouvaient aider des nations africaines à exporter des produits vers l'Europe, le commerce au sein du continent n'est pas ce qu'il devrait être.
"Aujourd'hui, expédier un conteneur à 200 kilomètres (en Afrique) revient beaucoup plus cher que le coût de l'exportation vers l'Europe. Ce sont des domaines dans lesquels nous, en tant qu'Africains, devons nous entraider", a indiqué Bowler.
"Le défi du développement en Afrique est difficile, et tout l'argent en Europe ne changera pas cela".

