SANTE-AFRIQUE DU SUD: Solidarité avec des nations en développement – à un prix

JOHANNESBURG, 16 nov (IPS) – Alors que des inquiétudes continuent d'être exprimées au sujet du départ des professionnels africains de la santé pour des pays riches, l'Afrique du Sud dit qu'elle ne recrute pas des agents de santé des nations en développement — quelque chose qui reflète également l'expérience propre du pays de la "fuite des cerveaux" du personnel médical.

"Nombre de nos médecins sont en train de s'installer, par exemple, au Canada", a déclaré Sibani Mngabi, un porte-parole du ministère de la Santé.

Les agents de santé trouvent généralement du travail à l'étranger à travers des agences de recrutement. Mais, "S'il y a un mouvement de professionnels de la santé, il devrait être structuré entre les gouvernements canadien et sud-africain", a indiqué Mngabi à IPS.

"Dans le même développement, l'Afrique du Sud ne devrait pas être perçue comme un pays recrutant à partir des pays africains. Cela va porter préjudice aux pays qui n'ont pas assez de professionnels de la santé", a-t-il ajouté, notant également que des exceptions pourraient être faites : "Nous pouvons penser à examiner des cas spécifiques comme les rapprochements de conjoints. Si, par exemple, un conjoint travaille ici, on peut envisager de recruter son ou sa partenaire." En août 2006, la Grande-Bretagne a annoncé un plan similaire pour cesser de recruter des infirmiers des pays en développement.

"Nous avons également signé un accord avec le Royaume-Uni en 2003 (pour qu'elle) ne recrute pas des professionnels de la santé d'Afrique du Sud. En conséquence, nous avons connu une diminution de 50 pour cent du nombre d'infirmiers se rendant au Royaume-Uni", a souligné Mngabi.

Ceci intervient au moment où des agents de santé qui restent en Afrique se trouvent souvent débordés par les tâches auxquelles ils sont confrontés.

"Actuellement en Afrique, 1,3 pour cent seulement des agents de santé du monde luttent pour soigner des personnes en proie à 25 pour cent du poids global de maladies. Au Malawi, 10 pour cent seulement du créneau horaire des médecins est rempli, tandis que 10 personnes meurent toutes les heures du SIDA", a indiqué, dans une récente déclaration, 'Physicians for Human Rights' (Médecins pour les droits de l'Homme), une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la ville américaine de Boston.

"Partout en Afrique, le SIDA a tué des milliers d'agents de santé, et un grand nombre de médecins et d'infirmiers migrent vers l'Occident, chassés par les systèmes de soins de santé médiocres et attirés par des programmes de recrutement élaborés par des hôpitaux dans des pays du G8", a ajouté l'ONG. Le G8, ou le Groupe des huit, comprend les huit pays les plus industrialisés : Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, Etats-Unis, et Russie.

Mais Mignonne Breier, spécialiste principal de la recherche dans un groupe de réflexion basé au Cap, le 'Human Sciences Research Council', conseille la prudence. "Je ne crois pas que le fait de fermer nos portes aux médecins d'ailleurs en Afrique les gardera dans leur pays. Ils peuvent aller à l'étranger à des endroits comme…les Etats-Unis ou le Canada", a-t-elle dit à IPS. "Si nous disons 'ne venez pas en Afrique du Sud', nous les perdrons pour le continent".

Dans une étude publiée en juin intitulée 'Médecins dans une société divisée : La profession et l'éducation des professionnels de la santé en Afrique du Sud', Breier a noté qu'il y avait 5.277 médecins étrangers enregistrés en Afrique du Sud — environ 16 pour cent du nombre total de médecins qui est de 33.347 dans le pays. Ils sont venus de pays aussi éloignés que le Zimbabwe, la Zambie le Kenya, le Ghana, le Nigeria, le Pakistan, l'Inde, le Bangladesh, le Sri Lanka et l'Europe de l'est.

Maintenir le personnel médical africain hors d'Afrique du Sud a également des implications pour le secteur de la santé du pays.

L'Afrique du Sud a moins de sept médecins pour 10.000 habitants, a souligné Breier (l'Organisation mondiale de la santé recommande un minimum d'un médecin pour 5.000 à 10.000 personnes). Et, "avec la majorité de ces médecins choisissant de travailler dans des centres urbains, les zones rurales ont été fortement dépendantes des médecins étrangers", a-t-elle ajouté.

Des responsables de la santé ont essayé de s'attaquer à la réticence des agents de santé à accepter des emplois dans des zones rurales à travers des mesures incitatives, tandis qu'il y a eu également des discussions sur l'augmentation du nombre de diplômés en médecine pour aider à combler le déficit.

Mais, "Je ne pense pas qu'un doublement du nombre d'étudiants inscrits en médecine règlerait nécessairement le problème de la mauvaise répartition", a déclaré à IPS, Steven Reid, professeur associé de santé rurale à l'Université du KwaZulu-Natal, depuis la ville côtière de Durban.

"Nous avons un ratio médecin-population raisonnable dans tout le pays, mais ils ne sont pas dans les endroits où ils sont le plus demandés".

Ironie du sort, les mêmes médecins sud-africains, qui ne veulent pas travailler dans des zones rurales, pourraient se voir déployer à des endroits très éloignés dans des pays où ils émigrent.

"Certains de nos médecins vont au Canada et travaillent dans des zones rurales. Là, l'infrastructure est bonne et ils sont mieux payés", a indiqué Breier.

Toutefois, elle ne perd pas espoir : "Je pense que les médecins ayant des familles doivent être prêts à aller dans des zones rurales lorsque leurs enfants sont encore petits. Lorsqu'ils deviendront plus grands, (les toubibs) préfèreront vivre dans des centres urbains où des infrastructures scolaires sont disponibles".