FORUM SOCIAL MONDIAL: Ce dont ils discuteront en 2007

NAIROBI, 11 sep (IPS) – Avec des douzaines, sinon des centaines d'organisations susceptibles de prendre part au Forum social mondial (FSM) de l'année prochaine — et presque autant de questions réclamant d'être traitées là — arrêter un programme pour l'événement du 20 au 25 janvier promet d'être une tâche énorme.

Néanmoins, les organisateurs de l'événement viennent de commencer cela la semaine dernière, selon le site Internet du FSM, qui se tiendra dans la capitale kényane, Nairobi. Le programme sera conçu autour de l'information que les groupes participants ont été invités à fournir avant le 30 août sur leurs objectifs et leur travail, qui peuvent être visualisés sur le site du forum.

La rencontre de Nairobi marquera la première occasion où l'Afrique sera le seul hôte du FSM. Tandis que le tout premier forum organisé sur le continent s'est déroulé au début de cette année dans la capitale malienne, Bamako, il faisait partie de ce qui a été qualifié de FSM "polycentrique", qui a également vu des rencontres se tenir à Caracas, au Venezuela — et dans la capitale économique du Pakistan, Karachi.

Le FSM a été convoqué au départ dans la ville brésilienne de Porto Alegre par divers groupes de la société civile locale, en 2001. Il s'est tenu dans la ville côtière indienne de Mumbai en 2004, et des rapports indiquent que l'objectif maintenant est d'organiser le forum dans des endroits à travers le monde une année sur deux, de façon alternée, retournant à Porto Alegre par moments.

Un coup d'œil rapide aux organisations qui ont soumis des esquisses au FSM révèle un vaste domaine d'intérêts et d'activités, depuis le fait de s'assurer que l'Union africaine apporte des solutions réelles aux problèmes affectant le continent (Global Unification Africa, basé à Addis Abeba) jusqu'à l'inclusion des questions relatives aux droits de l'Homme et à l'environnement dans le système éducatif de l'Afrique du Sud (Rhodes University Environmental Education and Sustainability Unit). Dans l'ensemble, le FSM est principalement connu pour son rejet de la mondialisation sous sa forme actuelle, qui est accusée de compromettre aussi bien les populations que l'environnement (la Charte des principes du forum note qu'il est ouvert aux "groupes et mouvements de la société civile qui sont opposés au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d'impérialisme", — "néolibéralisme" faisant référence à la philosophie économique et politique qui rejette l'intervention du gouvernement dans l'économie). Le slogan officiel de la rencontre est "Un autre monde est possible" — un monde où le capital mondial n'a aucune emprise.

En fait, le FSM a été créé en opposition au Forum économique mondial, une rencontre se tenant au même moment dans la ville touristique suisse de Davos, qui draine des dirigeants d'entreprises et des leaders politiques perçus comme étant au premier plan de la globalisation. Et, le FSM continue d'être perçu comme la contrepartie du forum économique, même si des représentants de la société civile, des universitaires et des stars de cinéma avec des références parmi les activistes, ont également rejoint les rangs de ceux qui vont à Davos.

Alors que la globalisation et les questions des règles inéquitables du commerce y afférentes ainsi que l'allègement de la dette seront probablement au centre des discussions au FSM de 2007, certains espèrent que le chômage — en particulier parmi les jeunes — fera également l'objet d'une attention.

"Le chômage des jeunes est une bombe à retardement!", a déclaré Venant Williams, coordonnateur du Forum social de Tanzanie, un grand regroupement des organisations civiques dans ce pays d'Afrique de l'est, qui adhèrent aux principes du FSM.

"Il est nécessaire que ce forum évalue les politiques qui sont en place pour accroître l'emploi rémunéré pour les jeunes", a dit Williams à IPS, dans un entretien par e-mail.

Des statistiques gouvernementales indiquent que plus de trois millions de personnes en Tanzanie sont actuellement au chômage, la plupart âgées de 18 à 34 ans. La migration rurale-urbaine contribue à des taux élevés de chômage dans les villes, ce qui, à son tour, conduit à la criminalité et à d'autres maux sociaux.

Au Kenya voisin, la situation n'est guère moins préoccupante. "Je suis sans emploi depuis que j'ai fini l'université il y a cinq ans. Quelles stratégies à long terme notre gouvernement peut opérer pour amener les jeunes hommes et femmes à travailler? Les réponses viendront de ces forums (comme le FSM)", a affirmé à IPS, l'ancien étudiant Otieno Karisi.

Il espère, en particulier, voir des recommandations sur la manière dont des jeunes gens peuvent obtenir plus facilement des prêts auprès des institutions financières, qui fixent souvent des conditions que les jeunes ne peuvent pas satisfaire. En conséquence, ils n'ont pas le capital pour démarrer une affaire par eux-mêmes.

L'année prochaine pourrait voir le FSM aller au-delà de son domaine traditionnel de prédilection pour s'assurer que les préoccupations de gens comme Karisi arrivent aux oreilles des décideurs politiques qui sont capables de mettre en branle de nouvelles initiatives sur le chômage et des choses du genre.

"Il est nécessaire de jeter des ponts, où nous amenons des gens qui ne font pas partie du FSM; pour que nous puissions débattre et les informer de nos positions", a noté Oduor Ong'wen, un membre du comité d'organisation du FSM 2007.

Environ 150.000 personnes de par le monde devraient participer au forum de Nairobi, qui a suscité le soutien d'importants groupes internationaux d'aide comme Oxfam Grande-Bretagne, Médecins sans frontières, et ActionAid International.

Mis à part les problèmes et les défis, le FSM est normalement une rencontre où un kaléidoscope de différentes cultures, de spectacles et de sons est exposé également au regard. La rencontre de Nairobi promet de continuer avec cette tradition. "L'Afrique a été injustement marginalisée. La seule chose que nous ayons conservée est notre culture, et étant donné le fait que plusieurs Africains y prendront part, les diverses cultures seront une forme d'expression", a souligné Ong'wen.