SCIENCE-AFRIQUE DU SUD: De ''publier ou périr'' à ''publier et disparaître''

LE CAP, 18 mai (IPS) – "Publier ou périr est l'avertissement donné à plusieurs universitaires au début de leur carrière. Mais c'est une publication d'un genre particulier que les chercheurs érudits affectionnent.

Ils ont soif de voir leurs découvertes atteindre l'immortalité dans quelque chose qu'on trouve rarement sur les étagères d'une librairie de votre quartier : des revues universitaires spécialisées, tachetées de notes de bas de page et remplies de terminologie.

Pour un universitaire ambitieux, les revues offrent une chance de voir son travail reconnu par les esprits les plus brillants dans le domaine, et une opportunité d'attraper des invitations à des conférences à l'étranger.

Malgré leur faible tirage, les revues peuvent également — parfois — influencer des gouvernements et orienter des économies. Ou du moins, c'est la manière dont le processus est supposé fonctionner.

Toutefois, une enquête nouvellement publiée par six membres de l'Académie des sciences d'Afrique du Sud a conclu que le système de revue locale est extrêmement imparfait. (L'académie est une institution indépendante se trouvant dans la capitale, Pretoria, qui regroupe les principaux chercheurs du pays).

Modestement intitulé 'Une approche stratégique de publication de la recherche en Afrique du Sud', le document de 180 pages indique que la publication est, à l'heure actuelle, essentiellement motivée par des incitations financières — plutôt que par le désir de faire connaître des conclusions de recherches importantes.

Environ 20 revues sud-africaines seulement sont considérées comme étant d'un standard international, quelque chose qui est déterminé par le degré auquel le matériel qu'elles publient influence, et est cité par des chercheurs au-delà des frontières du pays.

Mais beaucoup plus, 255 revues au total, sont reconnues par le ministère de l'Education — "Certaines…ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites", souligne Dr Anastassios Pouris, directeur de l'Institut pour l'innovation technologique à l'Université de Pretoria, et l'un des auteurs du rapport.

En conséquence, qu'un article universitaire soit publié dans une revue de premier ordre ou une revue perçue comme médiocre, cela rapporte toujours à l'université où l'auteur est basé une grosse subvention gouvernementale de 13.000 dollars. Ceci semble avoir déclenché, de la part des institutions universitaires à court d'argent, une précipitation à publier, en se souciant peu de savoir si la recherche est vraiment d'importance, ou bien menée. On se soucie également peu de savoir si elle est même en train d'être lue ou non. Selon le professeur Johann Mouton, directeur du Centre de recherche en science et technologie à l'Université de Stellenbosch dans la Province du Cap occidental, environ un tiers des revues d'Afrique du Sud n'ont jamais eu un article cité par des chercheurs à l'extérieur. Mouton est également l'un des auteurs du rapport.

La prolifération des revues provient en partie des obstacles auxquels les universitaires dans les pays en développement sont confrontés pour faire accepter leurs papiers par la poignée de titres prestigieux.

Ces difficultés se présentent sous diverses formes et ampleurs, allant d'ordinateurs vétustes et de problèmes linguistiques jusqu'aux télécommunications très lentes, et le fait de s'occuper de dossiers d'étudiants de la taille d'un petit village.

En plus et au-delà de cela, indique le professeur Dan Ncayiyana, directeur de publication de la 'South African Medical Journal', se trouvait la "perception selon laquelle la recherche dans le Sud n'a pas la même importance ou acceptation que la recherche venant du Nord". (La revue était l'une des publications locales déclarées de premier ordre par l'Académie des sciences d'Afrique du Sud).

Le résultat de tout cela était que les universitaires cherchaient leurs fortunes auprès d'autres revues, dont un certain nombre laisse à désirer.

Toutefois, Isaac Mazonde, directeur adjoint de recherche et de développement à l'Université du Botswana, met en garde contre l'utilisation du même critère d'appréciation pour évaluer toutes les publications.

"Ce n'est pas utile de comparer des pommes avec des oranges", a-t-il dit.

"Les revues doivent être jugées sur la base des objectifs qu'elles se sont fixés. Les revues qui servent une région géographique donnée ne sont pas nécessairement des journaux de qualité inférieure; elles ont un mandat qui est généralement lié aux besoins de développement de la région concernée".

En attirant l'attention sur le lectorat limité de plusieurs publications sud-africaines, le rapport de l'académie met également l'accent sur les difficultés à faire en sorte que l'enquête scientifique profite à la communauté dans son ensemble. Si les scientifiques ne communiquent même pas avec des chercheurs dans d'autres institutions à travers le canal accepté des revues universitaires, il y a probablement peu d'espoir que leur travail sur le paludisme, la tuberculose ou l'éducation soit pris en compte par des décideurs politiques au gouvernement.

"A quoi bon consacrer votre temps à faire quelque chose qui n'est pas utile?", demande Pouris.

Pour s'attaquer à ces questions complexes, l'académie a proposé que les universités, qui bénéficient des subventions gouvernementales pour les publications, donnent un montant fixe aux revues locales, pour leur permettre de mettre la recherche scientifique sud-africaine sur Internet.

Plusieurs sont encore incapables de faire cela.

L'espoir est que ceci permettrait aux recherches pauvres d'être exposées – et non pas enterrés dans des tas de livres d'universités. En rendant le contenu des revues moins connues accessibles au clic d'une souris, cela pourrait également accroître leur lectorat — et le plus grand nombre de fois où les bons articles sont cités. "L'Internet a radicalement changé tout", conclut le directeur exécutif de l'académie, Wieland Gevers. "Nous pouvons aller en ligne pour que le monde entier nous voie".

Des aspects clés du rapport, publié ce mois, ont été débattus, le 11 mai, à une conférence de responsables de la recherche et de l'innovation en Afrique du Sud, organisée à Pretoria. Les chercheurs de l'académie ont entrepris ce travail à la demande du ministère de la Science et de la Technologie, recherchant toutes les publications de valeur réalisées depuis presque 15 ans. "Les revues constituent l'élément essentiel de la vie et du développement de la science", souligne Dr Xola Mati, directeur de projets de l'Académie des sciences d'Afrique du Sud.

Cependant, pour que ce système circulatoire reste sain, la publication, comme d'habitude, devra aboutir à une fin.