DROITS DE L'HOMME: Le OUI au nouveau Conseil, une étape majeure ou uncompromis branlant?

GENEVE-NEW YORK, 20 mars (IPS) – Après l'adoption du Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, les réactions des principales organisations non gouvernementales (ONG) vont du soulagement à l'inquiétude. Les Etats-Unis ont persisté dans leur refus.

A New York, le projet de Conseil des droits de l'Homme de l'ONU — qui siégera à Genève dès le 19 juin prochain — a été adopté la semaine dernière par 170 Etats membres, avec l'opposition des Etats-Unis et d'Israël, et l'abstention de la Biélorussie, de l'Iran et du Venezuela. Le Conseil des droits de l'Homme est le nouvel organe appelé à remplacer le Haut-commissariat aux droits de l'Homme des Nations Unies, basé à Genève.

Le refus obstiné de Washington marque-t-il une fracture dans le système international, ou sera-t-il surmonté par les défenseurs des droits de l'Homme? Les avis organisations de défense des droits humains sont partagés.

Nicolas Howen, secrétaire général de la Commission internationale de juristes, se félicite du oui massif au nouvel organe : "Maintenant, il faut montrer aux Etats-Unis que cette résolution en vaut la peine. Espérons qu'ils reconnaîtront finalement que c'est le meilleur Conseil qu'on pouvait avoir. Le pire scénario aurait été que des pays demandent des amendements aux textes". Eric Sottas, de l'Organisation mondiale contre la torture, est “soulagé de sortir de l'incertitude. En fait, les Etats-Unis ont opté pour un NON mou : on vote non, mais on sera candidat pour être membre du Conseil…” Les questions qui se posent maintenant : la Commission pourra-t-elle traiter les dossiers en souffrance durant le temps qui reste? Iain Levine, l'un des directeurs à New York de 'Human Rights Watch', estime que cette adoption constitue une étape majeure pour la protection des droits humains. “Mais il ne s'agit que d'un premier pas. En fait, le travail commence vraiment maintenant”.

Cette position est semblable à celle de Louise Arbour, Haut-commissaire aux droits de l'Homme. Pour elle, le vote massif des Etats membres en faveur du projet marque “un changement de culture”, qui offre l'opportunité d'un renouveau dans le respect des droits humains. En revanche, Reporters sans frontières (RSF), réitère ses critiques : “Ce compromis est mauvais puisqu'il n'empêchera pas les Etats prédateurs de siéger au sein de ce futur Conseil”, déplore son dirigeant Robert Ménard.

Contrairement à Amnesty International ou Human Rights Watch, Ménard considère que les améliorations du nouvel organisme sont insignifiantes, tout comme les enquêtes menées par des rapporteurs indépendants, qui doivent être reprises par le nouveau Conseil.

“Nous avons toujours été plus critiques que ces ONG et nous sommes fiers d'avoir été exclu de l'enceinte de l'ONU pendant une année pour avoir dénoncé la présidence libyenne de la Commission des droits de l'homme”, rappelle encore le dirigeant de RSF.

Adrien-Claude Zoller, directeur de 'Genève pour les droits de l'Homme', une ONG de formation des défenseurs des droits humains, souligne un autre point problématique : “C'est la première fois qu'un organe des Nations Unies n'est pas adopté à l'unanimité. Un dangereux précédent!” *(Carole Vann et Frédéric Burnand sont journalistes à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).