ENERGIE-CAMEROUN: Un projet de barrage sur le Lom ne satisfait pas les ONG

YAOUNDE, 27 jan (IPS) – A quelques mois du démarrage des travaux de construction d'un barrage hydroélectrique sur le fleuve Lom, à environ 350 km à l'Est de la capitale, Yaoundé, certaines Organisations non gouvernementales (ONG) qualifient le projet de "dangereux", pour les communautés riveraines.

"Quoique louable, le projet de Lom, dans sa forme actuelle, accélèrerait la dégradation du niveau de vie des populations locales", affirme à IPS, Dieudonné Thang, Secrétaire exécutif de Global Village, une ONG basée à Yaoundé. Selon Thang, les populations n'ont pas été consultées, ni même informées, et ne savent pas quels en seront les impacts à long terme sur leur biotope. "Le projet a été présenté aux communautés locales d'une telle façon que leur refus s'apparenterait à une rébellion", rapporte Nongni Bakker, juriste environnementaliste à Global Village. Lom Pangar provoque le désenchantement chez les populations de la province de l'Est parce qu'elles ont déjà été abusées lors de la construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun, ajoute-t-il. "Ces projets qui visent à accélérer le développement sont généralement à l'origine de l'appauvrissement accru des populations, la dégradation de l'environnement et les violations des droits humains", fait remarquer Paul Zemdjio, du Programme intégré de lutte contre la pauvreté, une ONG basée à Yaoundé. Environ 40 à 80 millions de personnes dans le monde ont été expulsées de force de leurs terres pour faire place à des barrages. "Il est prouvé que l'expérience a été dévastatrice pour beaucoup d'entre elles, du point de vue économique, culturel et psychologique", ajoute-t-il. "Nous ne sommes pas contre l'édification de ce barrage qui peut être un facteur de développement", a indiqué à IPS, Terri Hattaway, de l'ONG américaine International Rivers Network – en séjour au Cameroun. "Notre vœu est que le gouvernement tienne compte des aspirations de tous ceux qui seront affectés par la construction du barrage et que ceux-ci participent au processus de décision". Les populations affectées par la construction du barrage, doivent en être les principaux bénéficiaires, estime Hattaway. La construction du barrage de Lom Pangar, renchérissent certaines ONG de défense de l'environnement telles que Global Village, le Cercle pour l'environnement et le développement, la Fondation camerounaise pour l'action rationalisée et de formation sur l'environnement et le Centre international pour la promotion de la récupération, bouleversera le mode de vie de près de 30.000 habitants autochtones, notamment, les Baka et Bakola, qui sont des peuples pygmées. Selon ces ONG qui relaient les points de vue des populations locales, celles-ci ont des positions mitigées. Pour certains, le barrage peut aider au développement de leur région, la plus pauvre du Cameroun en termes d'infrastructure de développement. D'autres, par contre, estiment que ce barrage ennoiera leurs terres, les plantes médicinales et leurs vestiges ancestraux auxquels elles sont viscéralement attachées. De plus, font observer les ONG, le barrage inondera la réserve de faune de Pangar-Djerem, qui a déjà été affectée par la construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun et par l'installation en 1970, de la ligne de chemin de fer Yaoundé-Ngaoundéré qu'on appelle Transcam II, qui a permis à des populations étrangères d'envahir la réserve. Ces ONG ont, en outre, encouragé les populations riveraines à présenter au ministère de l'Eau et de l'Energie (MINEE) leurs requêtes. Celles-ci ont été recensées dans une lettre ouverte, adressée le 5 janvier au MINEE. Les ONG citent en appui de leur position les souffrances diverses des communautés riveraines des barrages existants comme ceux de Mape et Bamendjing. Elles parlent de la recrudescence des maladies sexuellement transmissibles et du SIDA. Elles parlent de la présence de maladies hydriques liées à la consommation d'eau non potable, l'absence de suivi-évaluation des impacts sur l'environnement et les communautés, l'absence de terres cultivables, l'absence d'électricité dans les communautés riveraines du barrage malgré le fait qu'elles abritent depuis plusieurs décennies les équipements du barrage. Elles avancent également le poids de la dette qui sera contractée auprès de la Banque mondiale, le déplacement des populations et leur appauvrissement progressif, la destruction des écosystèmes, le partage inéquitable des coûts et avantages, la modification de l'environnement et du climat, qui seront le lot des communautés avec la mise en service du barrage prévue pour 2009. Le coût estimé du barrage, hors taxe et droits de douane, par le MINEE, est d'environ 122.641 millions de dollars. En raison de son gigantisme, ce projet dit de type 'A' comprend un réservoir de 50 mètres de hauteur, une retenue d'eau de 612 km² et une usine hydroélectrique devant produire environ 51 Mégawatts d'électricité. Il a préalablement été présenté, il y a 14 ans, mais suspendu en 1999. Il a été repris avec la restitution par le MINEE, le 21 octobre dernier, des résultats de l'Etude d'impact environnemental (EIE), préalable au démarrage des travaux. "La construction du barrage de Lom Pangar vise une meilleure fourniture de l'énergie aux populations camerounaises", explique à IPS, Dudley Achu Sama, Conseiller technique au MINEE. C'est une étape importante dans la réalisation du Plan de développement du secteur de l'énergie (PDSE) pour les années à venir. Selon le MINEE, le Cameroun, qui dispose du deuxième potentiel hydroélectrique en Afrique, après la République démocratique du Congo, prévoit dans le cadre du PDSE, une mise en valeur optimale de son potentiel actuellement sous-exploité, pour atteindre plus de 10.000 MW exportables, à l'horizon 2025. Le Cameroun n'est pas auto suffisant en énergie électrique. Il produit juste assez d'électricité pour couvrir ses besoins domestiques sans cesse croissants par ailleurs, d'où l'utilité de présent projet et la ferme volonté du gouvernement à le mener à son terme.