CHALLENGES 2005-2006: Les richesses minières congolaises sont toujoursaussi convoitées

MONGBWALU, Nord-est de la RDC, 6 jan (IPS) – Un chercheur d'or en haillons plonge dans un étang de boue à la couleur du chocolat et remonte quelques minutes plus tard avec une poignée de pierres contenant des éclats de minerai d'or.

Lui et d'autres comme lui gagnent environ 150 dollars par mois en vendant de la poussière d'or, qu'ils obtiennent en cassant des pierres, à des intermédiaires dans le Nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Le métal précieux est ensuite gardé par des miliciens et convoyé par bac, à travers le lac Edouard, à des marchands en Ouganda, selon des négociants d'or à Bunia — la capitale de la province de l'Ituri, où est situé Mongbwalu. Dans un rapport publié l'année dernière, l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch, basée à New York, a noté que l'Ouganda exporte de l'or d'une valeur de 60 millions de dollars par an, même si le pays ne produit que quelque 25.000 dollars du métal et n'enregistre aucune importation légale. La balance des exportations de l'Ouganda, selon 'le cours de l'or', est enrichie par des villageois congolais appauvris. "Nous savons que l'or de notre pays va en Ouganda, mais pourquoi devrions-nous nous en préoccuper ? Notre gouvernement ne se soucie pas de nous", a déclaré Floriment Lonema, 33 ans, à Mongbwalu. L'exploitation illégale des ressources aurifères de la RDC est, toutefois, très préoccupante sur le plan politique, puisqu'elle met en péril les efforts pour ramener une paix durable dans l'Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Divers groupes ici ne veulent pas abandonner le contrôle et l'accès aux riches gisements miniers congolais pour lesquels ils se sont combattus durant la guerre civile de cinq ans dans l'Est de la RDC, et qui a pris fin en 2002, même si la région demeure instable. Des fonctionnaires des Nations Unies ont, pour la première fois, attiré l'attention sur cette question il y a quelques années, accusant divers Etats (y compris l'Ouganda et le Rwanda voisins) de systématiquement piller les richesses minières de la RDC. En plus de déployer des troupes en RDC durant son conflit de cinq ans, l'Ouganda et le Rwanda ont également soutenu diverses factions ethniques congolaises. Les deux pays ont évoqué des motifs de sécurité pour justifier leurs actions en RDC — le Rwanda affirmant que sa stabilité était menacée par la présence de personnes soupçonnées de génocide dans l'Est du Congo. Un certain nombre de militants Hutus qui avaient participé au génocide rwandais de 1994, ont fui vers le Zaïre d'alors puisque les rebelles Tutsis ont pris le contrôle du Rwanda en cette année. Ceci a été le motif évoqué par le Rwanda pour effectuer sa première invasion du Congo en 1996, invasion qui a conduit à la chute du président zaïrois Mobutu Sese Seko. Le président ougandais, Yoweri Museveni, et son homologue rwandais, Paul Kagame, étaient "à deux doigts de devenir les parrains de l'exploitation illégale des ressources naturelles", a souligné le rapport d'un groupe d'experts de l'ONU en 2001. Au moment où commence 2006, le commerce illicite de l'or, de l'étain, du diamant, du coltan et d'autres ressources continue, alimenté par la demande des firmes européennes et de l'Asie du Sud-est, qui importent les ressources à partir de l'Ouganda et du Rwanda. "Notre or est une malédiction. J'ai perdu ma famille lorsque les milices se sont combattues pour cela", affirme Pascal Kalabo, 36 ans, un mineur qui plonge dans des trous de 18 mètres de profondeur pour en extraire du minerai d'or. "Et maintenant, je dois en trouver pour pouvoir vivre". Un ressortissant indien, négociant d'or à Mongbwalu, David Dhal, dit que les chaînes de fourniture d'or en Ituri sont très organisées, et contrôlées de l'extérieur par de riches hommes d'affaires qui utilisent des agents locaux. Le rapport de l'ONU de 2001 a énuméré plus de 30 sociétés et individus, en Europe et en Asie, qui importaient des ressources minières de la RDC via le Rwanda — et l'institution mondiale a encore montré du doigt ces firmes et individus dans un rapport ultérieur, publié en 2003. Cependant, les structures accusées ont promptement réfuté les accusations de l'ONU. "Bien que vous ne trouverez une seule compagnie travaillant dans l'Ituri, il y a des centaines d'agents indépendants sur le terrain qui travaillent pour le même patron", affirme Dhal, ajoutant que les pots-de-vin aux agents des douanes et des frontières facilitent l'exportation illégale de l'or. Dhal affirme que les compagnies minières étrangères préfèrent passer commandes à des agents au Congo plutôt que d'amener un équipement d'exploitation minière coûteux dans un pays où les tensions ethniques sont toujours à deux doigts de dégénérer en violence. Et ce, en dépit du fait que la manière actuelle de faire des affaires est d'alimenter l'instabilité régionale (environ quatre millions de personnes seraient mortes dans la guerre entre 1998 et 2002). "Personne ne veut investir dans un pays aussi instable", affirme-t-il.

"Utiliser des agents est un modèle commercial qui a fait ses preuves". Le rapport onusien de 2001 a recommandé un embargo temporaire sur les exportations de ressources minières en provenance du Rwanda et de l'Ouganda et la suspension de l'aide internationale à ces deux pays. Mais les gouvernements des pays développés se sont montrés réticents à prendre une telle mesure contre les deux pays. Malgré leur présumée mauvaise conduite en RDC, Museveni et Kagame ont été salués comme faisant partie d'une nouvelle génération de dirigeants africains qui aident le continent à rompre avec son triste passé. Le rapport de l'ONU de 2001 a allégué que l'exploitation minière au Congo avait enrichi les officiers de l'armée ougandaise et des proches parents du président Museveni. Au Rwanda, les exportations minières ont financé l'armée, a indiqué le document. L'étude faite l'année dernière par Human Rights Watch a dit que ni l'Ouganda ni le Rwanda n'avaient pris des mesures pour garantir la légalité de leurs importations minières, même après les allégations de l'ONU. Selon certains observateurs en RDC, il y aura très peu de pressions sur la communauté internationale pour qu'elle cesse d'importer les ressources illégalement extraites du pays tant que les politiciens congolais eux-mêmes — dont certains sont également accusés de profiter de l'exploitation illicite des ressources – n'agiront pas. La RDC est actuellement dirigée par un gouvernement transitoire présidé par Joseph Kabila. Des élections — les premières du pays en 45 ans — devraient se tenir avant juin. Sur une note plus optimiste, toutefois, la Cour internationale de justice de La Laye a décidé, vers la fin de l'année dernière, que l'invasion du Congo par l'Ouganda était illégale, et a ordonné que Kampala paie des réparations pour avoir illégalement exploité les richesses minières de la RDC et avoir tué des milliers de civils. Un procès similaire contre les invasions du Congo par le Rwanda est toujours pendant devant la même cour. Pascal Busha, âgé de vingt neuf ans, entrevoit également un avenir beaucoup plus brillant que certains de ses amis mineurs de Mongbwalu. "Nous sommes exploités, mais le Congo est un pays riche", affirme-t-il, accroupi à côté d'un seau rouge, plein de pierres en voie d'être cassées.

"Les rebelles sont partis et les élections arrivent. Ce pays appartient enfin à son peuple".